Mariage homosexuel en Afrique
Mariage homosexuel en Afrique

L’Afrique du Sud est en fait une anomalie. D’abord en Afrique, où c’est un des rares pays dont les communautés et minorités sexuelles bénéficient de droits et de liberté (le mariage de même sexe y est autorisé depuis 2006, bien avant la France) au moins au niveau des pays occidentaux, traditionnellement plus libéraux en matière de mœurs. Ensuite, c’est une anomalie car, en dépit de ces avantages, la majorité des gens ne comprend pas ou ne reconnait pas nécessairement cette situation.

Première gay pride en 1990

De nombreux bars, pubs, hôtels et lieux de rencontres gays et lesbiens existent à travers le pays mais le concept de village gay comme on peut en trouver ailleurs dans le monde ne se retrouve qu’au Cap, pôle touristique majeur du pays. Cette ville est aussi à majorité métissée et blanche, contrairement à l’autre grande ville du pays, Johannesbourg, majoritairement noire. Cela en dit long sur l’inégalité de développement de la communauté LGBT dans le pays.Malgré cela, le pays a été le premier en Afrique à organiser une gay pride en 1990. La première « Soweto Pride » en 2004 fut un événement marquant de l’histoire du pays. Soweto est ce quartier noir, emblématique du pays, symbole dans les années 80 de la résistance noire à l’apartheid.

L’apartheid (mot afrikaans partiellement dérivé du français, signifiant « séparation, mise à part ») était une politique dite de « développement séparé » affectant des populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminées. Il fut conceptualisé et introduit à partir de 1948 en Afrique du Sud (Union d’Afrique du Sud, puis République d’Afrique du Sud) par le Parti national, et aboli le 30 juin 1991.

L’événement constitua une avancée importante dans la perception que les gens avaient des quartiers défavorisés comme nécessairement homophobes. Le pays organise également à chaque printemps le festival du cinéma gay et lesbien Out In Africa dans les villes de Johannesbourg et de Cape Town. L’objectif de l’événement est de déconstruire les idées fausses et la méconnaissance concernant les personnes LGBT en Afrique du Sud. Il vise à changer la manière dont les minorités sexuelles sont perçues, et à améliorer les perceptions négatives qui existent parmi le grand public.

Au Cap, De Waterkant est le quartier où on retrouve le plus de lieux LGBT, il touche le quartier des affaires de la ville, et s’y entremêlent pubs colorés et restaurants créatifs, particulièrement animés la nuit. De Waterkant ne souffre vraiment pas de la comparaison avec des quartiers LGBT de pays européens ou d’Amérique du Nord. Le Pink Loerie Mardi Gras est un événement organisé à Knysna tous les ans, c’est un festival de type carnaval qui attire la population LGBT de tout le pays.

Apartheid au sein des LGBT

Malheureusement, tout n’est pas rose au pays de « l’unité dans la diversité », la devise nationale. Si l’apartheid a été officiellement bannie en 1991, elle existe encore de fait. Toute le monde n’est pas égal en terme de santé, le VIH touche près de 20% de la population et la communauté LGBT noire est une population particulièrement à risque. La plupart des lieux LGBT sont tenus et fréquentés essentiellement par des hommes blancs. Les festivals et événements excluent encore de fait largement la communauté noire, principalement pour des raisons de richesse et de privilèges mais aussi culturelles. Les problèmes auxquels les minorités sexuelles font face dans les quartiers pauvres, principalement des Noirs, intéressent rarement les Blancs. Le festival de cinéma Out In Africa a un public limité dans sa diffusion dans la mesure où les projections de film ont généralement lieu dans des quartiers riches ou d’influence. La Pride de Johannesbourg a été le lieu de manifestations en 2012 du groupe féministe One In Nine qui cherchait a attirer l’attention sur ces inégalités. Leurs efforts ont bénéficié de très peu de soutien et d’intérêt de la part de la communauté gay privilégiée, généralement des Blancs. Mais la réaction a abouti l’année suivante à l’organisation d’une People’s Pride plus inclusive de toutes et tous. Un événement qui reconnait les problèmes bien plus profonds au sein des minorités LGBT sud-africaines très en contraste avec la pride de Johannesbourg. Malgré ces évolutions, tout reste à faire et la libération des mœurs doit encore se propager à la population dans sa globalité. L’Afrique du Sud, en plus d’être un joyau de paysages et de richesses culturelles diverses, a néanmoins beaucoup à offrir aux visiteurs LGBT, et il serait dommage de s’en priver.

Article original en anglais de Thomas Shamuyarira, traduit et complété par Olivier Guérin.