Sondages, évaluer par les chiffres ce que l’on ne parvient à formuler par les mots

62% des Français-e-s sont défavorables à l’abrogation de la loi Taubira, ouvrant le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels. 65% souhaitent que cette loi soit maintenue par le-la prochain-e président-e de la république. 63% considèrent que les familles homoparentales constituent « une famille à part entière ». 59% sont pour l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes. 76% des électeurs-trices socialistes sont pour le maintien de cette loi, de même que pour la reconnaissance des enfants nés de mère porteuse à l’étranger (GPA). 54% des sympathisant-e-s du parti Les Républicains se montrent défavorables à l’abrogation de ladite loi, tandis que les partis Debout la France et Front National comptent chacun une minorité de 45% de sympathisant-e-s y étant opposé-e-s. Ainsi, 60% des sondé-e-s estiment par ailleurs que Marine Le Pen, présidente du Front National, demeure toujours hostile au maintien et à l’ouverture de droits aux couples homosexuels.

 Des sondés favorables à davantage de droits pour les homos 

Ces différentes données sont issues des résultats d’une étude réalisée par l’Ifop sur la période du 23 au 30 août sur un échantillon de 2274 personnes. Intitulée « Les Français, l’homoparentalité et la question des droits des homosexuels dans la campagne présidentielle », cette étude a été commandée par l’ADFH (Association des familles homoparentales) à l’institut de sondage dans le but de traduire en terme quantitatifs la sensibilité des électeurs-trices français-e-s sur ces questions à l’heure où s’ouvre la campagne pour les primaires.

Ce que relève ce sondage, de même que le fait qu’il soit commandé par l’ADFH, est en soit relativement positif : une majorité des électeurs-trices se montre favorable à l’ouverture de droits supplémentaires aux personnes homosexuelles, et de ce fait, ne souhaitent pas l’abrogation de la loi Taubira. Ces données ne sont pas orientées pour le compte de la Manif pour tous et leurs sympathisant-e-s comme l’étaient ceux qui résultaient de l’enquête établie par l’institut Opinion Way en mai dernier, et de fait, traduisent une réelle prise de conscience des citoyen-ne-s quant aux problématiques rencontrées par les personnes homosexuelles et/ou les familles homoparentales au quotidien.

 Toujours pas de légitimité pour les droits des homos 

Cependant, ces résultats doivent également nous interpeller dans ce qu’ils disent du rapport que la politique, et plus globalement les acteurs-trices des débats sociétaux entretiennent avec ces questions et entendent par là nous démontrer. La question des droits accordés aux homos demeure toujours d’actualité. D’un point de vue sémantique, cette proposition revêt une signification problématique sur plusieurs aspects : nous nous interrogeons toujours sur la légitimité d’accorder des droits aux personnes homosexuelles. Sur la nécessité ou non de considérer les individus comme égaux. Sur le fait de devoir prendre en compte la sexualité d’une personne pour juger si oui, ou non, cette personne pourra être considérée comme égale d’une autre.

Trois ans après la promulgation de la loi, le «mariage pour tous» demeure un sujet d’actualité que l’on retrouve au cœur des programmes de campagnes présidentielles

Trois ans après la promulgation de la loi ouvrant le mariage civil aux couples homosexuels, le «mariage pour tous» demeure un sujet d’actualité que l’on retrouve au cœur des programmes de campagnes présidentielles. Tou-te-s les candidat-e-s se sentent ainsi le devoir de se positionner sur ces questions, notamment quant à l’ouverture de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de femmes, qui faisait partie intégrante du projet de loi initial. Si la gauche souhaite s’engager sur l’élargissement de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, comme le rappelait récemment Mme Rossignol, la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, à droite le positionnement des candidat-e-s est bien différents. M. Alain Juppé, candidat aux primaires LR, rappelait son opposition à l’ouverture de la PMA et de la GPA dans un entretien accordé au quotidien La Croix en juillet dernier, se disant également fermement opposé à la légalisation de la gestation pour autrui qu’il considère comme étant un « saut anthropologique » qu’il ne faudra jamais franchir. Se montrant également hostile à l’inscription des enfants nés de GPA à l’étranger au registre de l’état civil, M. Juppé s’oppose ainsi à la jurisprudence de la cour de cassation et de la cour européenne des droits de l’homme, laquelle statue pourtant que dans l’intérêt de l’enfant, la France ne peut s’y opposer. François Fillon, premier ministre sous le mandat de Nicolas Sarkozy, s’impose quant à lui comme le candidat de la manif pour tous. Mercredi 21 Septembre, une assistance composée en grande majorité de militants de Sens Commun -la branche politique de la manif pour tous- est ainsi venue écouter M. Fillon au Cirque d’Hiver (11ème arrondissement), lequel était secondé par Madeleine de Jessey, figure de la manif pour tous et porte-parole de Sens Commun. Rappelant son positionnement contraire aux fondements de la loi Taubira, M. Fillon a ainsi fait la promesse, s’il est élu, de repenser la question de la filiation. Ce texte consisterait à figer le principe qu’« un enfant est toujours le fruit d’un père et d’une mère », à interdire l’adoption plénière aux couples homosexuels et à réserver la PMA aux couples hétérosexuels stériles. Si Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno le Maire ne souhaitent pas revenir sur la loi Taubira, le second reconnaît être contre l’ouverture de la PMA aux couples de femmes. Ne perdons pas de vue qu’au moment des débats sur l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, NKM se montrait fermement opposée à la mesure, qu’elle est aujourd’hui la seule candidate de droite à défendre. Jean-Frédéric Poisson, connu pour ses positions anti-avortement, est quant à lui le seul candidat de cette primaire à réclamer l’abrogation pure et simple de la loi Taubira et l’interdiction à l’échelle mondiale de la GPA.

 Des lois qui dictent toujours notre identité 

Nous constatons également avec beaucoup d’amertume ce déclin éthique lorsqu’il s’agit de traiter des questions relatives au genre d’un individu, comme nous en avons récemment eu le triste exemple avec le projet de loi de « simplification » de la procédure de changement d’état civil pour les personnes trans dont le texte déjà imparfait est désormais plus que stigmatisant. En conclusion, si les principes démocratiques de notre société nous accordent la liberté d’exprimer des opinions allant à l’encontre des positions cis-normatives, nous demeurons tristement contraint-e-s par les lois qui nous privent, incontestablement, d’être, de faire, de vivre et d’agir comme nous le jugeons essentiel pour nous.