Une rencontre, une révélation, une belle journée d’été

Une belle journée d'été, en plein mois de juillet. Une balade sur la plage, seule, le regard au delà de l'espace temps. Le sable chatouille mes pieds et m'en masse la plante. Un délice ! Dans le lointain, j'entends les rires des personnes jouant et riant dans la mer. Je ne les vois pas ou du moins, je ne distingue des formes floues. Je suis mal voyante et seuls mes 4 autres sens me guident sur le chemin...

Je me doute bien que les gens que je croise s’éloignent de quelques pas pour me laisser passer. Merci à eux ! ‘Merci à eux‘. Je les entends qui me disent : « Excusez-moi » et je souris, heureuse de cela.

Laissez-moi me présenter un peu plus. Je m’appelle Gabriella, j’ai 20 ans et suis mal voyante. Je suis venue ici avec ma famille à Bormes les Mimosas pour les vacances. Quelle joie ! Je suis d’un naturel calme mais dans un environnement de confiance, je suis tout autre et ce, malgré mon handicap visuel. J’aime faire la fête, du sport et passer du temps avec mes proches. Du haut de mes 20 ans, je n’ai jamais eu de relation amoureuse avec personne… même pas un béguin. Je sais que mes proches, notamment mes parents, s’en inquiètent mais moi je ne m’en préoccupe pas. Je profite de la vie et c’est très bien ainsi.

Mes proches, due à ma très mauvaise vue, notamment, m’attribuent la capacité de détecter l’aura des personnes, la bonté de leur âme ainsi que ce qui les caractérise dans leur essence

Je me promène donc le long de la plage, quand tout à coup, j’ai l’intime intuition qu’il faut que je m’arrête un instant. J’ai les pieds dans l’eau qui me caresse doucement la peau. Ma canne blanche se trouve dans ma main droite. J’attends un instant… puis touchée par une force invisible, je me remets en marche, le sourire au lèvres. Seulement j’avance plus vite que précédemment, et cela ne semble pas me surprendre…pourtant, en temps normal cela surprend la personne à qui cela arrive… mais moi, non. Je marche donc plus rapidement, comme si je savais que je devais rejoindre quelqu’un ou quelque chose. Je fais le bout de plage restant et m’arrête de nouveau. J’avance doucement ma canne, je suis en bas des rochers. Je reste là sans rien dire ni rien faire puis mon sourire s’élargit. Une présence est face à moi. Au doux parfum dont les effluves me parviennent aux narines, je puis deviner qu’il s’agit d’une jeune femme. Je sens qu’elle me regarde mais je reste néanmoins silencieuse et elle le respecte. Merci, belle inconnue.

Mes proches, due à ma très mauvaise vue, notamment, m’attribuent la capacité de détecter l’aura des personnes, la bonté de leur âme ainsi que ce qui les caractérise dans leur essence. En elle, je sens de la gentillesse, la joie de vivre, l’amour qu’elle porte pour son prochain. J’ai envie de m’approcher pour mieux la voir et la découvrir sur le plan physique mais je n’ose pas. Quelque chose en elle m’intimide, une inconnue…alors je reste là, savourant cet instant rempli de magie. Finalement, je m’apprête à m’en retourner pour retrouver mes proches, ne sachant pas comment me comporter…lorsque j’entends une voix d’une douceur infinie, en parfaite harmonie avec ce que j’ai ressenti en elle. Je me laisse faire.

« N’ayez crainte mademoiselle. Vous pouvez vous approcher compte tenu de votre vue. Si besoin, je me décrierai. »

Surprise par cette voix d’une douceur extrême, je l’écoute avec passion, oubliant sur le moment de répondre. Je sens que quelque chose en moi se passe, tel un vent de bonheur. Je m’approche donc davantage en tâtonnant et lui dis:

« Merci mademoiselle. Vous semblez en hauteur, je ne perçois que vos jambes, bien que je vous accorde que ce soit flou, je suis mal voyante depuis ma naissance, il y a de cela 20 ans. »

« Je suis navrée pour vous, vraiment. Oui, en effet, je suis en hauteur, sur un des rochers près desquels vous vous trouvez. Attendez, je vais vous aider à vous hisser. »

Au moment, où je voulais protester, je sens des bras me hisser avec douceur mais fermeté et me poser sur les rochers. Je me retrouve alors dans les bras de cette charmante inconnue pour qui notre soudaine proximité ne semble pas poser le moindre problème, bien que rapide. Quelque peu gênée pour ma part, je fais le geste de m’écarter tout en faisant attention de ne pas tomber du rocher. A peine séparée d’elle, je me sens mal…pourquoi ? Elle me dit alors :

« Je vous fais donc peur, pour que vous vous écartiez ainsi de mes bras ? Je pensais que vous aviez vu en moi, que je ne vous voulais pas de mal. »

Quelque chose dans sa voix m’interpelle et m’arrête dans mon mouvement pour m’éloigner d’elle. Aurait-elle compris et perçu mon don ? Est-ce pour cela que je me sens si bien près d’elle ? Néanmoins, sa voix vibrait avec une pointe de souffrance. Je comprends alors qu’en m’éloignant je l’ai attristée. Je comprends surtout que je veux la voir heureuse, je lui dis.

« Je sens que je vous ai blessée en m’éloignant de vous. Guidez-moi que je revienne sans tomber. Ces rochers escarpés me font peur. »

Sans dire un mot, je la sens me ramener et me reprendre dans ses bras, comme tout à l’heure. C’est incroyable comme ses mouvements sont à la fois douceur et fermeté pour m’éviter de tomber. Installée dans ses bras, la sensation de bonheur de tout à l’heure m’emplit de nouveau, s’amplifie et me perturbe quelque peu. Je découvre des sentiments qui jusque là m’étaient inconnus.

Sans gêne cette fois ci, face à cette belle inconnue à la voix douce, dont je ne sais que ce que je ressens lorsque je suis proche d’elle, je me laisse aller contre son corps et pose ma tête dans son cou. Sa peau est d’une douceur infinie, tout comme ça voix… Peu de temps après, je sens ses bras se refermer sur mon dos, elle m’enlace, je suis aux anges.

Voici comment deux âmes divagant dans la douceur de l’été se rencontrent et se retrouvent unies par le hasard des rencontres… dans une union parfaite. Nous sommes restées ainsi pendant un long moment, qui pourtant m’a paru trop court tellement j’étais bien dans ses bras rassurants. L’arrivée de la fraîcheur et le souvenir de ma famille devant me chercher, m’arrachent contre mon gré à cette étreinte si douce.

« Reviens demain, je serai comme aujourd’hui sur un rocher, dit-elle avec tristesse et une pointe d’espoir dans la voix. Je m’appelle Christina. »

« Je reviendrai demain, je te le promets Christina, au revoir. Je m’appelle Gabriella. »

Ce long moment dans les bras l’une de l’autre avait eu raison du vouvoiement de politesse employé jusqu’alors. Ce soir en nous quittant, nous savions qu’un lien nous unissait pour l’éternité. Elle descend du rocher et me descend ensuite avant de me déposer un baiser sur la joue et de me laisser partir à regret.

Pourtant, un jour, alors que je m’apprête à partir à la plage pour retrouver Christina et lui annoncer quelque chose, j’entends des voix dans le salon, étrange étant donné que l’on reçoit très peu de monde en vacances. Au début, je ne fais pas attention, me concentrant sur ce que je ressens à la moindre pensée pour Christina. Un amour mais puissant à son égard. Puis petit à petit, je distingue les personnes qui parlent : ma mère, mon père, mes frangins car oui, j’ai deux frangins et…. Christina ! Mais que fait elle ici à discuter tranquillement avec ma famille ?

Je descends donc le plus silencieusement possible malgré ma canne et entre dans le salon. J’entends alors quelqu’un se lever et me prendre tendrement dans ses bras.

« Bonjour belle inconnue ! Surprise ! Tes parents m’ont invité à prendre un pot. Ils sont adorables et notre amitié et notre relation ne les dérange pas le moins du monde. Ils veulent ton bonheur et voient bien que tu es heureuse en ce moment. Ils sont heureux pour nous et tes frangins aussi ! »

J’ai reconnu la douce voix et l’étreinte de Christina. Je me sens si bien dans ses bras !! Une fois remise de ma surprise, je dis :

« Bonjour Christina ! Oui, c’est une surprise et j’en ai une pour toi aussi, j’espère qu’elle te plaira ! »

« J’en suis certaine ma douce ! »

Sur ce, je place mes bras autour de son cou, me colle d’avantage contre elle et sans aucune gêne ni honte, je pars à la recherche maladroite de ses lèvres. Elle semble le comprendre puisqu’elle me guide au niveau du menton du bout des doigts et m’embrasse sur les lèvres avec une douceur qui reflète tout son amour. Elle me prend par la taille et me caresse le visage.

« Je t’aime Gabriella, je t’ai aimé à la seconde où je t’ai aperçue face à moi, le sourire aux lèvres. »

Je n’en reviens pas, elle m’aime comme je l’aime !

« Moi aussi je t’aime Christina. Depuis la seconde où j’ai entendu ta voix et senti ce parfum que j’aime tant aujourd’hui ! Et cet amour a grandi dès que tu m’as prise pour la première fois dans tes bras ! »