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Mercredi 9 novembre, réveil 6h55, l’excitation d’un matin un peu spécial : enfin du neuf dans la routine. Aujourd’hui est-ce que j’écoute le Patrick Cohen habituel du matin, ou, suprême audace, décidé-je d’allumer la télé ? Le jeu en vaut bien la chandelle, même si au fond de moi la petite voix me dit que le résultat va être ennuyeux, torché rapidement. Hillary présidente. Une femme présidente, le sens de l’histoire. Le sens de MON histoire. Des droits LGBT qui avancent. Mais j’avoue que c’est pas vraiment ça qui me passe par l’esprit. Je pense plutôt, un chouia honteusement, une continuité ennuyeuse.

J’allume la télé et je lance d’abord BFM TV par automatisme embarrassé, après m’être rappelé qu’iTélé c’est mort, muerto. Je regardais à une époque comme tout le monde, mais tout le monde a oublié. Puis je me souviens qu’il y a maintenant le France Info de la télé. En regardant cette chaîne, je me dis benoîtement, que je ne suis pas au service du Grand capitalisme ou du Grand libéralisme. C’est ma mini-résistance à moi, la résistance futile du pékin lambda. Laissez-moi au moins ça.

J’avoue, j’ai eu un moment de frisson honteux en lisant dans le bandeau du bas « Trump gagne plusieurs états-clés »… Comme un shot d’adrénaline au milieu de l’ennui annoncé. J’en ai perdu l’espace d’un instant mes jambes encore endormies, et je m’assoie comme une personne âgée. La sidération d’un Brexit, d’un 11 janvier, d’un 13 novembre ou d’un 11 septembre, c’est une date de plus à mon agenda de sidérations. Le choc est moins long, car faut bien le confesser, on finit par s’habituer.

Bon, alors Trump est président, si si c’est sûr, car il vient de nous causer dans le poste qu’Hillary l’avait appelé et félicité. Il nous tient tous par la chatte. François Hollande, notre Président-légitime-à-nous, a annoncé qu’il ne perdrait pas de temps pour commencer à échanger avec lui. Ah ben ça quelle surprise. Moi qui attendais qu’on coupe les ponts, qu’on dise ah ben non on bosse pas avec le Jean-Marie yankee, ou qu’on envoie le Charles De Gaulle en baie de New York. Ah ben non, en fait je suis toujours dans le monde réel. Et rien n’a explosé pour l’instant. Le shot d’adrénaline fut de courte durée.

Me rassurer d’abord. Heureusement c’est la faute à l’Homme blanc sous-diplômé et redneck du Wisconsin, anti-gay anti-tout. Ah ben non, flûte, visiblement c’est pas que ça. Apparemment 42% des femmes ont voté pour Trump. Et près de 30% des latinos ont voté pour le Donald. Sais pas pour les LGBT mais mieux vaut pas savoir, trop de choc en un seul jour. Seuls les blacks ont gardé la tête froide. Ah mais hé, ho, l’abstention était de près de 50%. Ouf je respire. Mais dites moi, ça veut pas un peu dire que ces vilains abstentionnistes auraient inconsciemment espéré la victoire de Trump, sans vouloir en porter la responsabilité ? Oups.

Bref, des losers ces Américains, après ces losers de Brits. Ça en fait un tas de losers sur la planète, heureusement en France on est mieux lotis. On a des politiques de qualité, et pas de campagnards blancs anti-gay et anti-tout. Heu. Je finis mon triturage de cerveau à me demander : moi glorieux urbain-éduqué-bobo-gay ET français, aurais-je pu, pourrais-je, par ennui et perte d’espoir en le monde faire le même geste honteux que ces millions de pauvres bougres et bougresses qui ne sont pas allés voter mardi ? Non bien sûr ! enfin joker, je ne veux pas répondre, j’ai mal au crâne. Et hop un efferalgan.

Crotte, que ce résultat est ennuyeux quand même. Après ces considérations profondes, je reprends mes esprits, je décide de passer à autre chose et de penser à mes considérations purement égoïstes A MOI : l’avancement des droits des LGBT, l’avancement de la condition des femmes, l’amour entre les peuples, entre les femmes et les femmes et surtout entre les hommes et les hommes. Alors je cherche sur internet, et je trouve, ô suprême satisfaction, que le Donald n’est pas vraiment LGBT-phobe, enfin je crois. Il a donné pour le SIDA dans les années 80, et il a dit « je suis de New York, je connais beaucoup de gays, et ce sont des gens formidables ». Un peu à la Morano vous me direz, je ne suis pas raciste, regardez ma meilleure amie, elle est plus noire qu’une Arabe. Mais bon c’est toujours bon à prendre.Trump embrasse PenceEt puis sur les trans il a eu cette curieuse phrase en référence à la polémique en Caroline du Nord « si Caitlyn Jenner venait à la Trump Tower à New York, elle pourrait utiliser les toilettes de son choix ». Bon, ouf. Ah mais attention, il y a son evil vice-président Pence, un représentant de la branche évangéliste conservatrice la plus dure. Trump clamse, et hop, à nous Pence. Appétissant.

Jeudi 10 novembre, réveil 6h55. Back to the routine, Patrick Cohen à la radio. La révolution n’a pas eu lieu. La guerre en Syrie continue, la grève à iTélé aussi, le réchauffement climatique aussi, et Nicolas Sarkozy se présente toujours à la présidentielle. Ouf, tout va bien, pas de panique, la vie continue.

 

 

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