Suite de l’article publié en décembre 2016

GLAAD

GLAAD (Gay & Lesbian Association Against Defamation) est une association américaine qui existe depuis 1985. Elle a été créée par un groupe de journalistes et écrivain.e.s suite à la façon dont la crise du VIH et du SIDA était traitée par les médias. Je n’ai pas le temps d’entrer dans le détail de ce qu’a fait GLAAD pendant toutes ces années, mais vous trouverez une super chronologie ici.

GLAAD se concentre toujours aujourd’hui sur les médias, pour augmenter la représentation des personnes LGBTQ et améliorer la qualité de cette représentation. Cette association veille à ce que les journalistes n’emploient pas les mauvais mots pour parler des personnes LGBTQ (par exemple, ne pas dire qu’être gay est un « choix » ou un « mode de vie »). GLAAD met à disposition des journalistes des guides de mots à utiliser ou à bannir. Elle veille également à ce que la fiction (télévisuelle mais aussi cinématographique) inclue des personnages LGBTQ (GLAAD a retenu cette terminologie), mais aussi des personnages racisés, des femmes (eh oui eh oui), ou encore des personnes en situation de handicap.

glaadCette association absolument inexistante enFrance, a une énorme influence sur la fiction aux Etats-Unis. En plus de tout ce travail, GLAAD décerne également chaque année des prix (un peu comme les Oscars… en plus inclusif) aux meilleurs films, acteur.rices, mais aussi aux journalistes. Cette cérémonie n’est sûrement pas aussi suivie par le grand public que les Oscars, mais de grandes stars font le déplacement chaque année pour recevoir leur prix et prononcer de beaux discours inspirants dont seul.e.s les américain.e.s ont le secret (genre celui de Kerry Washington, ou Shonda Rhimes – juste la femme la plus puissante de la télé américaine-, ou Laverne Cox <3)

Je pourrais parler de GLAAD pendant des heures, please allez voir leur site et si vous voulez monter le GLAAD français vous savez où me trouver.

LE RAPPORT

Tous les ans, GLAAD produit un rapport qui s’appelle « Where we are on TV ». Le principe est simple : GLAAD compte tous les personnages récurrents et réguliers des séries américaines diffusées sur les grands networks (et là vous vous dites que vous avez bien fait de lire mon article le mois précédent), sur le câble et sur les services de streaming.

Le rapport 2016-2017 est disponible ici. Je ne vais pas reprendre tous les chiffres mais aborder les points que GLAAD a mis en avant dans ce nouveau rapport.

Les grands networks (ABC, CBS, The CW, Fox, NBC), comptent 43 personnages LGBTQ réguliers et 28 récurrents, ce qui fait 4,8% des personnages. Ce chiffre n’a jamais été aussi haut. 4% de ces personnages LGBTQ sont transgenres. Mais ne nous emballons pas trop vite : seulement 17% de lesbiennes (pour 49% d’hommes gays). Pourquoi seulement 17% ? Eh bien parce que 26 personnages féminins bi ou gay sont morts en 2016, tous les détails dans cet article de Slate. Oui, ça casse un peu l’ambiance, surtout quand ces morts ne servent qu’à faire avancer un autre personnage. On trouve aussi 23% de femmes bisexuelles et 7% d’hommes bisexuels. Petite bonne nouvelle quand même : 58% de personnages blancs, ce qui est plus bas que pour les chaînes du câble et les services de streaming.

LES PERSONNAGES

Sur le câble 142 personnages sont LGBTQ en tout (92 réguliers et 50 récurrents). Dans cette catégorie, il y a plus d’hommes transgenre (4) que de femmes transgenre (2), ce qui n’arrive jamais puisque les hommes transgenre sont le plus souvent très peu représentés à la télévision. Le reste de la répartition reste assez classique : 46% d’hommes gays, 20% de lesbiennes, 25% de femmes bi et 7% d’hommes bi (eux aussi peu souvent représentés). Pas mal non ? Pas si vite : 72% des personnages LGBTQ du câble sont blancs.

Au sein des services de streaming (Amazon, Hulu et Netflix) 45 personnages réguliers et 20 personnages récurrents sont LGBTQ. Mais attention : 43% de ces personnages sont (roulement de tambours) des femmes lesbiennes, et 23% sont des hommes gay. 11% sont des femmes transgenre, et malheureusement les hommes transgenre ne sont pas représentés dans cette catégorie. 20% sont des femmes bisexuelles, 6% des hommes bisexuels. Là aussi, 71% de ces personnages sont blancs.

Au passage : sur ces 3 catégories, il y a 44% de femmes, 36% de personnes de couleur et 1,7% de personnes en situation de handicap (le plus haut jamais trouvé). Cette catégorie prend également en compte les personnages atteints du VIH).

La situation dans ces 3 catégories n’est pas idéale (mais je ne sais pas trop à quoi ressemblerait une situation idéale). Les pistes d’amélioration proposées par GLAAD sont intéressantes, mais je pense que c’est le moment de prendre un peu de recul. Il n’y a pas si longtemps, trouver des personnages LGBTQ à la télévision, c’était un peu comme chercher Charlie sauf qu’il n’était vraiment dans l’image qu’une fois sur 30. Voici le lien vers le classement 2005-2006. Sur tous les personnages : 12 hommes gay, 3 lesbiennes, 1 personne bisexuelle et aucune personne transgenre. Yup. Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça un peu déprimant.

LA REPRÉSENTATION

Mais au fond, pourquoi c’est important la représentation ?

Dans le rapport 2016-2017, GLAAD donne ce chiffre très intéressant : 84% des américain.e.s apprennent des choses sur les personnes transgenre via les images qu’ils.elles voient dans les médias. Si ces 84% voient des personnages mal écrits, ou qui meurent, je ne vous dis pas les dégâts pour les personnes transgenres en général. Ce pourcentage est sûrement plus bas pour les hommes gays, les lesbiennes et les personnes bisexuelles. Pourtant, les clichés ont encore la vie dure. GLAAD signale rapport après rapport que la représentation des personnes bisexuelles dans les séries véhicule encore bon nombre de stéréotypes : personnes non-dignes de confiance, manipulatrices, et qui n’ont pas de sens moral. Les personnages bi sont rarement (en fait, jamais, il me semble) en position d’être le héros ou l’héroïne d’une histoire.

Ces clichés et stéréotypes (qui seront le sujet du prochain article) circulent déjà dans la société et même dans nos propres communautés. Les relayer au plus grand nombre, surtout au sein de populations déjà LGBT-phobe, c’est renforcer des critères de discrimination. Écrire des personnages forts, multidimensionnels, et qui soient à la fois LGBTQ et racisés (si si ces personnes existent) c’est aussi lutter contre les stéréotypes.

Les nombres dans cette enquête sont importants. La qualité de la représentation l’est également.

Enfin, faire mourir des personnages LGBTQ (déjà peu nombreux), c’est envoyer un message plus que douteux. Je ne suis pas en train de dire que les personnages LGBTQ à la télévision doivent être immortels. Je dis que les morts violentes seraient peut-être à éviter et les suicides aussi. Quand les personnages LGBTQ ne représentent que 4,8% dans personnages dans la télévision grand public, nous nous y attachons d’une manière différente. Ils.elles sont notre chance d’être représenté.e.s et de faire partie d’un espace public qui reste violent (les chiffres de SOS homophobie le montrent).

Je vais m’arrêter ici pour ce qui est de la représentation, des stéréotypes et des clichés, qui seront le thème de l’article suivant.

PS : bonne année pleine de séries à tous et toutes !