Si Patricia Highsmith (1921–1995) est surtout connue pour ses romans policiers, fins thrillers psychologiques, qui inspirèrent le cinéma d’Alfred Hitchcock, son deuxième roman, intitulé Carol, est le roman d’une passion lesbienne mettant en scène deux personnages principaux féminins répondant respectivement aux noms de Therese et Carol.

Carol (The Price of Salt en langue originale) est un roman publié en 1952. Le manuscrit en ayant d’abord été refusé par son éditeur en raison de la hardiesse du sujet, Patricia Highsmith décida de le faire paraître sous le pseudonyme Claire Morgan. Finalement, en 2015, le livre a été adapté au cinéma par Todd Haynes. Le film britannico-américain retrace fidèlement l’histoire du livre.

carol kate blanchett
Kate Blanchett dans le film Carol

Therese est une jeune femme vendeuse dans un grand magasin au rayon des jouets, mais ce travail n’est qu’alimentaire car elle rêve en réalité de créer des décors de théâtre. Richard est un ami proche. Tellement proche qu’il est, en fait, profondément épris de Therese. Cependant, rien n’y fait car elle ne se sent pas séduite ni attirée par lui, même si elle a de la sympathie pour lui et qu’elle apprécie sa compagnie.

C’est un jour, alors qu’elle travaille au magasin, qu’elle aperçoit pour la première fois Carol qui vient acheter une poupée pour sa fille, Rindy. Carol est une femme mariée en instance de divorce. Elle est belle, fortunée et mystérieuse, et Therese est sous son charme.

Une romance naissante entre deux femmes mise à mal par un mari jaloux puis par la société américaine puritaine des années 40

L’histoire d’amour entre les deux femmes débute dans la pudeur, par des jeux de regards incertains, et progresse doucement vers une passion plus envoûtante. Toutefois cette relation se complique lorsque le mari de Carol, Harge, la découvre et qu’il use de chantage en menaçant Carol de révéler cette histoire pour s’assurer d’avoir la garde de leur unique fille, à la prononciation effective de leur divorce.

Nous suivons donc cette romance naissante entre deux femmes, qui sera d’abord mise à mal par un mari jaloux puis par la société américaine puritaine et bien-pensante de la fin des années 40 et du début des années 50, dans laquelle les gays et lesbiennes ne pouvaient afficher leur personnalité et leurs préférences.

Patricia Highsmith
Patricia Highsmith

En effet, ce livre nous montre la difficulté psychologique d’être une femme et d’aimer une autre femme à cette époque. Il était quasi-impossible de se confier sur ses attirances envers les personnes de même sexe, et tout simplement impensable de vivre que ce soit une passion naissante ou un amour profond au grand jour, au vu et au su de son voisinage, de son employeur et de ses collègues ou même de ses amis, tant à la campagne que dans une grande ville ; à New York, en l’occurrence. Cela était très loin de ce que la société américaine moraliste d’alors pouvait supporter.

Ce livre, bien plus qu’une simple romance, est un témoignage de la complexité, à l’époque, de vivre en accord avec son identité et ses principes sous le regard et les jugements d’autrui ; de l’obligation à correspondre à un certain modèle de citoyen conforme à l’idée que s’en fait la société, au risque de devoir se défaire de sa propre personnalité avec ses propres goûts ou, pire, de devoir passer à côté de sa vie en devant rentrer dans un moule.

Toutes les batailles pour la reconnaissance et l’égalité ne sont pas gagnées, et la tolérance n’est pas ancrée dans toutes les mentalités de nos jours, mais nous pouvons mesurer le degré de liberté que nous avons atteint aujourd’hui, à travers ce livre notamment.

Si le chemin à parcourir jusqu’à l’acceptation totale des couples de même sexe, voire leur banalisation, et leur égalité effective par rapport aux couples hétérosexuels est long, au moins une partie en a déjà été faite, et nous pouvons espérer que cela n’est encore qu’un commencement.


Texte rédigé par l’équipe des Plumes du Salon du Livre Lesbien.

Vous souhaitez proposer une performance, un atelier ou une animation lors du prochain Salon du Livre Lesbien ou d’une soirée organisée dans le cadre du SLL ? Envoyez vos propositions à l’adresse : salonlivrelesbien@centrelgbtparis.org

carolCarol, les eaux dérobées
Patricia Highsmith