Elle naît à Lesbos et vit à Mytilène au VIIe siècle avant notre ère.

Née dans une famille marchande aisée, elle instruit la jeunesse dorée au chant poétique et dit son amour pour une jeune femme dans certains poèmes. Elle aurait participé à un complot contre le tyran et doit s’exiler de Mytilène : elle se réfugie en Sicile où elle poursuit son œuvre et reprend son enseignement. Confondue avec une Sappho courtisane née à Erése, elle tombe amoureuse du jeune Phaon alors qu’elle est à l’âge mûr. Cet amour n’est pas réciproque et de désespoir Sappho se précipite depuis le Leucade dans la mer : elle disparaît ainsi sans laisser de trace mais son suicide entre dans la légende. Il se pare d’une dimension romantique et absolue qui traverse les siècles et accompagne la gloire de la poétesse.

Le talent de Sappho sera reconnu dès l’Antiquité : son poème qui saisit l’instant où la vie se retire à la vue de l’être aimé a inspiré les poètes (de Catulle, à Louise Labé et à Marguerite Yourcenar). De plus, sur le plan formel, elle instaure la strophe saphique qui désigne un rythme.

Les habitants de Mytilène érigent une statue à son effigie en son honneur en signe de reconnaissance : Sappho est lavée du soupçon d’avoir conspiré et prend la place qui lui revient dans la gloire parmi les poètes.

La postérité a fait de Sappho l’archétype de la lesbienne aimant les femmes à la folie et chantant le désir de leur corps…

L’Ode à une aimée, dont le texte nous est parvenu dans son intégralité, chante la paralysie face à l’aimée. L’émotion et la violence du sentiment amoureux sont comparables à une petite mort : Sappho exprime ce que ressent le corps amoureux ; froid, il frissonne, et chaleur de feu « une flamme a traversé ma chair » et jusqu’ à l’anéantissement final « je vois ton visage à travers la mort » écrira Renée Vivien en 1903.

La postérité a fait de Sappho l’archétype de la lesbienne aimant les femmes à la folie et chantant le désir de leur corps. La poésie a cédé à l’image qui anime le fantasme de se représenter deux femmes enlacées. Cependant, Sappho est avant tout une poétesse inspirée par les dieux pour révéler le paradoxe du sentiment amoureux, à la fois puissant et fugace, il s’empare de l’être dans sa totalité, le domine tel un dieu mais coupable de jeter le trouble, il faut le taire, le cacher au fond de soi par souci de convenance, la langue de la poétesse s’engourdit ; devient muette. Début de la mort.

Le sentiment amoureux a depuis longtemps intéressé les hommes qui l’ont considéré avec méfiance pour le désordre qu’il introduit dans une vie. La bienséance le fait taire : les poètes disent sa force à haute voix et son irrationnelle emprise.

Sappho a composé des poèmes pour toutes les circonstances de la vie ; elle chante la moisson et l’espoir d’une récolte abondante et d’autres moments de la cité. En quoi, elle se comporte comme la plupart des poètes de l’Antiquité.

Mais Sappho est aussi une pionnière : personnalité connue et appréciée de ses concitoyens, poète de talent et femme amoureuse, aimant les femmes. Les lesbiennes viennent de Lesbos.


Texte rédigé par l’équipe des Plumes du Salon du Livre Lesbien.

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