À travers la France, les départements plus ou moins obscurs et les villes pleines d’enfants désabusés, accro aux jeux vidéo en solitaires, et aux parents trop pressés et occupés, le petit cirque familial tente bravement de survivre. Composé d’une modeste ménagerie de trois singes capucins coquins, d’un couple de zèbres loin de chez eux et d’un unique cheval-star monté et dressé par sa belle cavalière.

Monsieur Loyal, Aldo propriétaire et père de famille, entouré de sa fille aînée Alina la cavalière, de son gendre Peter vétérinaire responsable de la ménagerie et dresseur de zèbres, de son fils cadet Anton acrobate, et de sa fille cadette Anita maîtresse des singes capucins et également acrobate. Les deux clowns, les frères Marco et Enzo, sont des proches de la famille.

Qu’il s’élève dans les airs ou qu’il subjugue le public par ses acrobaties sur le sol, le corps d’Adonis d’Anton est un ravissement pour les yeux…

Tous ces gens dans l’abnégation dévoilent des trésors de courage et d’adresse pour faire vivre le petit cirque. Plus d’une fois Aldo, acculé par les dettes, a voulu vendre à perte son petit cirque. Sa famille a toujours réussi à le persuader que ce cirque est leur raison d’être. Leur foyer. Leur héritage. La troisième génération, les enfants d’Alina et Peter y vivent et s’y épanouissent. Donc, au fil des destinations, le petit cirque offre un spectacle varié ambitieux et drôle.

Vivre en microcosme n’a pas que des avantages. Les vies personnelles et sentimentales sont reléguées au second plan. Anita, secrètement amoureuse d’Enzo depuis toujours, se désespère de pouvoir un jour attirer son attention autrement que dans l’amitié et la complicité. Marco, lui l’amoureux éconduit d’Anita, ne peut lui révéler la véritable nature de son petit frère. Elle en serait anéantie. Mais un jour il faudra bien qu’elle comprenne et l’admette. En attendant, Enzo n’a d’yeux que pour le beau et aérien Anton. Comment pourrait-il avouer à ce garçon séducteur et courtisé son . Qu’il s’élève dans les airs ou qu’il subjugue le public par ses acrobaties sur le sol, le corps d’Adonis d’Anton est un ravissement pour les yeux. Le beau visage triste d’Enzo grimé de blanc et de rouge ne réussira sans doute jamais à l’atteindre. Résigné, le pauvre Enzo se contente parfois d’aventures d’un soir dont il culpabilise dès le lendemain matin. Pourtant proches depuis tant d’années, Anton sera toujours inaccessible.

Un soir de plus où Anton revient d’une soirée passée avec une belle jeune fille il rejoint Enzo fumant sur les marches de son camping car. Une cigarette et Anton remarque :
« Pourquoi t’as toujours l’air triste ? On dirait que tu veux pas profiter de la vie. Fais comme moi !
– Tu trouves vraiment que j’ai l’air triste ?
– Ah oui ! C’est dommage parce que t’es très mignon. Sors, rencontre des gens en dehors du cirque.
– J’ai pas envie. Il y a ici tout ce que je veux et tout ce que j’aime.
– Et t’aimes qui ? »
Interloqué par cette question d’Anton, Enzo ne peut que le regarder muet. Croiser son beau regard vert est une souffrance. Il se lève brusquement et préfère s’éloigner de l’objet de son amour et de sa punition. Anton le rattrape en le retenant par le bras :
– Tu me fuis maintenant ! Qu’est-ce que je t’ai fait ?
– Rien ! C’est jusque que… non rien !
– Je croyais qu’on était amis. Si tu veux rien me dire tant pis. Bonne nuit !
– Attends Anton, j’aimerais te le dire mais j’y arrive pas.
– C’est si compliqué que ça ?
– Non mais je sais pas comment tu vas réagir alors… bon je me lance. Depuis longtemps je suis amoureux de toi. Je sais que t’aimes que les filles mais je pense tout le temps à toi. Je te regarde tout le temps quand tu voles.
– Je sais. Tu crois que j’ai pas remarqué depuis le temps. Et peut-être que moi aussi je te regarde. Je vois ce qui se cache sous ton costume de clown et c’est beau.
– Te moque pas de moi ! Je suis sérieux !
– Moi aussi ! »
Et pour avérer ses dires Anton donne à Enzo un baiser. Un baiser rêvé et sublimé. Jamais il n’aurait pu imaginer qu’un tel garçon aimant autant les filles pourrait s’intéresser à lui. Lui, un pauvre clown anonyme et invisible. Pas si invisible semble-t-il. Le sublime Anton l’a remarqué alors qu’il croyait être discret.
« Tu t’es pris la tête pour rien Enzo. Si tu me l’avais dit plus tôt on serait ensemble maintenant.
– Anton je comprends pas.
– C’est simple je sors pas qu’avec des filles. J’adore les beaux mecs comme toi. Viens ! »
Tendrement, le tenant par la main, Anton entraîne Enzo vers son camping car. Ce dernier ne réalise toujours pas. Tant de temps perdu alors que son amoureux secret est comme lui. Qu’il éprouve le même désir que lui. À l’abri du monde, dans la promiscuité de la minuscule chambre, les futurs amants s’embrassent, s’admirent, se découvrent et se donnent enfin l’un à l’autre. Qu’ils sont beaux tous les deux. Touchants et passionnés.

Leur relation étant dorénavant officielle, elle n’a choqué personne ni provoqué aucune réaction négative. Même Aldo, le père d’Anton, voit cet amour d’un bon œil. Seule Anita est bouleversée. Elle ne se doutait absolument pas que son frère et son meilleur ami étaient gays. Marco sera là pour la réconforter.

Le petit cirque familial continue bon gré mal gré ses représentations à travers le pays.

La morale de cette , s’il devait en avoir une, est qu’il ne faut pas perdre de temps en conjectures et dire et vivre les choses importantes. La vie est trop courte et trop précieuse.

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Béatrice Benyounes

Volontaire au Centre LGBT depuis près de deux ans, je me suis totalement intégrée à la communauté LGBT. Récemment élue au CA et au Bureau je me sens encore plus investie au Centre.