Le premier expert de l’ONU sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre !

Vitit Muntarbhorn
Vitit Muntarbhorn

Vitit Muntarbhorn, le tout nouvel expert indépendant accrédité officiellement par l’ONU sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre (acronyme ‘SOGI’ en anglais) a prononcé un discours vibrant et passionnant. « L’ONU donne la parole à notre message global pour les personnes LGBTI: Traiter les gens décemment, respectueusement, avec bienveillance, humainement quelles que soient leurs origines, nos origines ».

 

Rappelons que la nomination de cet expert de l’ONU a relevé d’une longue lutte, plusieurs pays membres de l’ONU s’étant coalisés à plusieurs reprises pour essayer de la bloquer, heureusement sans succès. Son discours fédérateur a été très apprécié des participants, d’autant plus que de nationalité thaïlandaise, il était en terrain connu. (Visible ici)

La Banque Mondiale et le PNUD s’ouvrent aux questions LGBTI aux côtés du HCDH

Outre l’ONU, la Banque Mondiale était officiellement représentée par Clifton Cortez, qui est depuis octobre 2016, le 1er Conseiller officiel sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre au sein de cette agence de développement de l’ONU.

ILGA Conférence

Clifton Cortez travaille en étroite collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) à la mise en place d’un Indice d’inclusion LGBTI.

Cet indice d’inclusion LGBTI prend en compte 5 grandes dimensions : la participation politique et civique, la santé, la sécurité personnelle et la violence, l’éducation, et le bien-être économique.

Suki Beavers du PNUD souhaite que le PNUD travaille avec les gouvernements, la société civile, les universités, le secteur privé, les organisations multilatérales et d’autres partenaires pour collecter, générer, et analyser des données sur l’inclusion des personnes LGBTI, à travers cet indice. Signalons que Clifton Cortez et Suki Beavers, qui sont intervenus le 11 janvier dernier, lors d’une débat co-organisée par l’association Solidarité Internationale LGBTQI et le Centre LGBT Paris IDF, font part d’un manque de données à leur niveau concernant la France.

L’Examen Périodique Universel de l’ONU : un levier pour les droits LGBTI y compris en France

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un mécanisme d’examen des Nations Unies permettant aux Etats membres de l’ONU de passer en revue la situation des droits humains dans chacun des Etats membres de l’ONU, chaque 4 ans ½ -5 ans. Cet examen traite également des questions relatives aux droits des personnes LGBTI. Si les organisations non gouvernementales ne peuvent pas participer à l’examen, elles peuvent en revanche, avant l’examen, soumettre des informations et des recommandations écrites au Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme (HCDH).

Diana Carolina Prado Mosquera
Diana Carolina Prado Mosquera

L’EPU de la France ayant lieu cette année, les associations LGBTI françaises peuvent ainsi transmettre leur rapport écrit au HCDH jusqu’au 29 juin 2017.

Pour Diana Carolina Prado Mosquera, Responsable du programme EPU de l’ILGA, l’EPU a par exemple été très utile pour faire progresser récemment les droits LGBTI en Grèce, aux Pays Bas, au Surinam, au Honduras, au Mozambique, aux Seychelles, aux îles Fidji etc..

Présence de l’ambassadrice française des droits humains et du MAEDI à Bangkok

Pour la 1ère fois lors d’une conférence mondiale de l’ILGA, l’Etat français était représenté par une diplomate de premier plan : l’ambassadrice française des droits humains : Patrizianna Sparacino-Thiellay.

Signalons qu’en raison de la récente mort du roi, les organisateurs de l’ILGA, en concertation avec l’Etat thaïlandais n’ont pas souhaité l’expression à la tribune des représentants d’Etat étrangers présents. Ainsi le message vidéo envoyé par Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires Etrangères et du développement international (MAEDI) n’a pu être finalement diffusé en séance plénière. (ici)

Conférence ILGA

Outre sa présence à la conférence, l’Ambassadrice des droits humains a convié les militant-e-s LGBTI francophones à une rencontre à l’Ambassade de France à Bangkok à laquelle ont pu participer notamment le Centre LGBT Paris Ile-de-France, l’Inter-LGBT, Rainbow Solidarité, Solidarité Internationale LGBTQI, l’association franco-cambodgienne Destination Justice, l’association tunisienne Damj, une association burundaise et PanAfrica ILGA…

Lors de cette rencontre à l’ambassade, les participants ont pu faire part de leur regret que l’Organisation Internationale de la Francophonie soit très timide sur la question des droits LGBTQI, contrairement à l’Organisation du Commonwealth par exemple, beaucoup plus préoccupée par le respect des droits LGBTQI parmi ses membres. Les participants français ont aussi exprimé leur souhait que le Fonds LGBT présidé par Expertise France soit prioritairement destiné aux associations LGBTQI du monde francophone.

La présence francophone à la conférence de Bangkok

Conférence ILGA
Conférence ILGA Bangkok

L’association française Solidarité Internationale LGBTQI (SIL) a organisé deux ateliers ouverts à tous-t-es les francophones lors de la conférence de l’ILGA World. Elle a fait le constat que les associations de pays francophones, notamment d’Afrique avaient peu accès aux grands événements et conférences internationales LGBTQI par rapport à leurs homologues anglophones.

De fait, à Bangkok, très peu de militant-e-s LGBT d’Afrique francophone étaient présents, bien plus étaient originaires d’Afrique anglophone. Lors de l’un des ateliers, SIL, s’appuyant sur un récent rapport du Global Philanthropy Project, constatait et regrettait que les associations LGBTQI francophones, notamment d’Afrique, aient un accès plus restreint aux financements internationaux que leurs pairs anglophones.

Conférence ILGA Bangkok
Conférence ILGA Bangkok

La présence officielle de la diplomatie française à Bangkok représente un signe d’espoir qui permettra peut-être aux ambassades locales des pays francophones de renforcer leur soutien aux associations LGBTQI qui œuvrent souvent dans un contexte difficile sur place, notamment en Afrique.

Il est vrai que l’instrumentalisation par les opposants à la cause LGBTQI de l’homosexualité et des questions de genre comme un « vice occidental importé » ne facilite pas la tâche des militant-e-s locaux du Sud… et des associations et gouvernements du Nord qui voudraient leur apporter du soutien.

Côté gouvernance de l’ILGA, la stabilité était de mise, avec la réélection des 2 co-secrétaires sortant-e-s, Helen Kennedy (Egale- Canada) et Ruth Baldacchino (MGRM- Malte). La prochaine conférence de l’ILGA World se tiendra pour la 1ère fois de son histoire en Océanie fin 2018, plus précisément à Wellington en Nouvelle-Zélande.

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Hervé Caldo

Membre du conseil d’administration du Centre LGBT Paris Île-de-France, représentant du Centre auprès de l’ILGA.