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Olivier : Salut Fabien, alors dis-moi, d’où tu viens ?

Fabien : Je viens du sud, d’Aix-en-Provence exactement. A mes 18 ans, je suis venu à Paris pour être acteur. Je le suis devenu mais j’ai toujours eu cette envie de passer derrière la caméra : je voulais être acteur pour pouvoir créer, mais être comédien c’est inventer au service de quelqu’un… Un réalisateur est beaucoup plus créatif au final… Aujourd’hui, à bientôt 30 ans, je veux choisir et faire ce que j’ai envie de faire ! (sourire)

Peux-tu nous parler de ton projet de court-métrage ?

20170304_154546C’est un scénario que j’ai écrit en octobre pour le concours de scénario du festival Nouveaux Cinémas, je voulais travailler avec eux depuis longtemps : chaque année ils choisissent un nouveau réalisateur, ils l’aident à produire le film et le diffusent en juin. Cette année c’est moi !

Pourquoi es-tu passé par ce concours ?

Je me suis dit, avec raison, qu’un réalisateur de 30 ans, est déjà périmé sur le marché s’il n’a pas commencé plus tôt. La plupart des nouveaux réalisateurs sont très jeunes, et commencent après le lycée… En plus les producteurs étaient frileux, surtout sur ce type de sujets. Tous m’avaient dit non, il me semble… J’étais content de trouver une équipe (Cine qua non/Cinefac) qui n’avait pas froid aux yeux !

Comment l’idée de ton scénario a germé dans ta tête ?

Il y a quinze ans, j’ai découvert ma tante atteinte d’Alzheimer : le choc était tellement violent qu’il y’a eu un avant et un après. Je me souviens d’avoir eu une discussion sur la condition des personnes malades avec mes parents ce jour-là. J’ai été très marqué. Récemment j’ai fait un bilan des moments importants de ma vie pour écrire mon one-man show et le souvenir m’est revenu ! Je l’ai mis sur le papier et voilà. Comme pour mon one-man, je n’ai pas écrit pour être comique. J’aime bien parler de grands sujets d’actualité en y mettant de la comédie ou de l’absurde exacerbé pour pointer un problème. Je crois que c’est ma « patte », ça me parait assez clair maintenant.

Quel est le thème ?

20170304_154612(0)Aujourd’hui en France ce n’est pas possible et surtout tabou de choisir de mourir quand on est malade. Et ce n’est pas toujours le choix du patient qui est pris en compte… Ici, j’ai choisi de parler d’une mère de famille qui annonce son projet de suicide dans un restaurant chinois… Et évidement ses enfants ne l’entendent pas de la même oreille… Ça tourne au règlement de compte devant des clients qui ne savent plus où se mettre…

Pourquoi est-ce que tu as pris l’angle de l’humour pour parler des sujets de la maladie, de la fin de vie et de l’euthanasie ?

J’ai vu énormément de films qui parlent de ce sujet, quasi tous sont tristes et durs. J’aimerais pouvoir en parler de manière joyeuse pour justement toucher plus de gens. Au final l’humour est bien plus terrifiant qu’un film pathos et attendu… Dans la vie, les moments les plus tragiques peuvent être très drôles.

Dans le film, la sœur est lesbienne et le frère se cherche… Quel lien tu fais avec la sexualité et l’identité ?

Filmographie de Fabien

Is this now – Réal. Joe Scott – 2016

French touch – Réal. Xiaoxing Cheng – 2015

Liebmann – Réal. Jules Hermann – 2015

100% cachemire– Réal. Valérie Lemercier – 2012

Une pure affaire – Réal. Alexandre Coffre – 2010

Q – Réal. Laurent Bouhnik – 2009

Ce qui est intéressant dans cette situation c’est que cette famille, heureuse en façade, essaie de briser toutes les barrières sociales, quel meilleur moment que le dernier pour tout se dire ? La fille fait d’ailleurs son coming-out… Les réactions sont différentes, le père est mal à l’aise, la mère regrette d’apprendre ça le jour de sa mort et le fils ne sait trop quoi en penser… Lui-même est peut-être bien gay, bi ou hétéro. Chacun a sa vision de la sexualité mais on en parle rarement en famille (rire) ! Pour la serveuse je voudrais jouer sur l’androgynie : de manière générale les personnages ont une double-facette.

Y a-t-il une double-facette chez toi ?

Forcément, voire plus… On est heureusement complexe en tant qu’humains : je trouvais important de parler de l’ambiguïté, les gens veulent nous mettre dans les cases, moi j’aime avoir mon jardin secret !

Où en es-tu dans le tournage ?

On cherche encore un lieu, un restaurant chinois ou asiatique. On a peu d’argent pour défrayer mais on est motivés ! D’ailleurs, on fait un crowdfunding sur KissKissBankBank, on a besoin de 4 000 euros. Je suis content car c’est bien parti pour l’instant. J’ai des partenariats avec Actu-gay, Genres, Pink TV (etc.) Mon projet a été bien accueilli dans la communauté LGBT. J’ai aussi contacté des banques et mécènes éventuels mais ils sont très frileux. On a reçu beaucoup de non pourtant il y a une belle visibilité en juin à Paris pour un court métrage. Sinon le casting est bientôt fini. J’ai essayé de voir beaucoup de gens : je veux trouver la perle rare.

De quoi as-tu besoin aujourd’hui ?

Si quelqu’un connait un restaurant chinois ou asiatique pour le tournage, qu’il n’hésite pas à me contacter. On peut même tourner de nuit pour ne pas gêner le service. On recherche de l’argent aussi bien sûr, les gens peuvent être coproducteurs avec le crowdfunding. Des figurants bénévoles (l’ambiance sera sympa je le garantis). Et enfin on cherche une tenue chinoise ou asiatique traditionnelle. Et le/la styliste avec : y a de la place pour tout le monde ! (rire)

Ok super, on sera tous là (rires) Et quand et où sera présenté ton film ?

Il sera présenté en film d’honneur au festival Nouveaux Cinémas en juin aux Arènes de Lutèce, à l’UGC 19 et dans d’autres cinémas parisiens et en région.

Et à quand un long métrage ?

J’ai déjà écrit le scénario. Je le garde encore un peu secret. Ça reste dans la même veine, un sujet dramatique mais traité de manière comique voire absurde.

Et Fabien l’acteur ?

Ça prend du temps d’être réalisateur mais j’arrive à faire les deux. Je travaille beaucoup à l’étranger. Liebmann qui est sorti en janvier en Allemagne a fait la Berlinale et s’est retrouvé finaliste aux Teddy Awards ! J’ai aussi eu deux prix d’interprétation pour un film franco/chinois. Ce sont essentiellement des films d’auteur engagés, pour moi ça vaut le coup de défendre ces films-là.

Affiche du film French Touch
Affiche du film Liebmann

Page de crowdfunding sur Kisskissbankbank

Pour contacter Fabien, fabienara1@gmail.com16

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Olivier Guérin
Rédacteur en chef de GENRES. J'aime la diversité, le foisonnement d'idées, rencontrer des gens et les faire converger, les mystères, la folie, la pensée chinoise, le Japon, et plus que tout, le fromage. Pour me contacter, refgenres@centrelgbtparis.org

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