Novembre 1981, première crise à radio Fréquence Gaie

Parmi les jeunes qui écoutent aujourd'hui Radio FG, peu connaissent son histoire et savent qu'elle fut l'un des tout premiers médias LGBT. Thomas nous relate les débuts de Fréquence Gaie...

Radio Fréquence Gaie à la Marche des fiertés 1981 - revue Masques
> Temps de lecture : 3 min

Revenons au début des années 80, et aux débuts de feu la radio homo parisienne…

En juillet 1981, l’association Fréquence Gaie est créée, anticipant la libération de la bande FM et l’autorisation des radios libres, promises par le nouveau Président, François Mitterrand. Elle est soutenue par Patrick Oger, qui finance les installations et la location d’un petit appartement rue de Belleville. La diffusion commence dès le 10 septembre, et c’est un vrai succès. Très vite, plus de 100 personnes participent à l’animation de la station, qui au bout de 6 mois sera écoutée par 40.000 auditeurs chaque semaine et rentrera dans le peloton de tête des radios libres les plus écoutées en Ile-de-France…

Mais en interne, la situation se tend très rapidement. De plus en plus de collaborateurs reprochent à leur nouveau président son culte du secret : il s’obstine à garder l’anonymat (officiellement, on ne doit parler que de « Patrick O. » dans les médias), ce qui est vécu comme une trahison ; sa gestion des comptes reste opaque, ce qui éveille les soupçons. De plus, l’association n’a officiellement que 3 membres : un président, un secrétaire et un trésorier. En novembre, ces deux derniers jettent l’éponge et se retirent. Patrick O. reste seul aux commandes. Il commence à sentir la menace d’un putsch, et voudrait bien se voir rembourser les 100.000 francs qu’il a, seul, investis dans la radio. Aussi convoque-t-il une Assemblée Générale, afin d’élire enfin un bureau. L’élection a lieu, mais les administrateurs ne parlent toujours pas de rembourser les sommes engagées par leur Président. Ce dernier lance alors le tout premier putsch de l’histoire de Fréquence Gaie : il déclare l’annulation de l’élection et convoque immédiatement une nouvelle AG !

Le dimanche 22 novembre 1981, la nouvelle assemblée tourne court. A leur arrivée, Patrick Oger réclame à tous les participants un droit d’inscription. Le ton monte, les insultes fusent. Le président contesté finit par interdire de studio la moitié des animateurs, avant de s’enfermer lui-même dans « sa » radio et d’appeler la police à l’aide, prétextant que de dangereux gauchistes le menacent, lui et « sa » station ! L’antenne finit par s’interrompre. Elle ne reprendra qu’une semaine plus tard. Une troisième AG sera bientôt convoquée, personne ne sera exclu, et Patrick O. sera remboursé…

Cette première crise ne sera pas la dernière pour Fréquence Gaie. Putschs internes, changements de propriétaires, violents conflits, interruptions plus ou moins longues, se sont succédé sans fin, sans parler des changements de noms… L’histoire se reproduit notamment le vendredi 4 mai 1984. La veille, là encore, le conseil d’administration de l’époque, se sentant menacé, a démissionné 80 des 150 animateurs de la radio. Afin de prévenir toute contestation, cinq administrateurs profitent de la nuit pour s’emparer du matériel de diffusion et du standard téléphonique. Tout est transporté dans le local où est installé l’émetteur de la station. Les cinq putschistes s’enferment à double tour, et l’antenne est interrompue. Ils ne seront finalement délogés que dans la nuit suivante, et la diffusion reprendra immédiatement, dans des conditions de crise un peu folkloriques… Le studio de diffusion ne sera à nouveau disponible que le dimanche soir vers 23h. La radio reprendra son cours, en attendant ses prochains soubresauts…

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