La société du mystère

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« Mais quel trouble est le mien – admettez-le aussi –, depuis que vous m’avez amené à me poser cette question : ce qui est le plus insupportable aux artistes n’est-il pas précisément ce qui leur est le plus salutaire ? »

Dominique Fernandez reprend et développe dans son nouveau roman, cette question qu’il se pose depuis un certain nombre d’années, une « libération » n’est-elle que positive ? dans les arts ? – « L’art trop abondant, trop riche, étalé avec trop de confiance, l’art uni comme un tapis de gazon […] s’en rassasier jusqu’à la nausée, pour trouver dans son dégoût un encouragement à rompre avec ce modèle » – pour les homos « la grande famille de la queue » ?

Un livre rare du XVIe siècle est découvert chez un antiquaire, Les Mémoires du peintre florentin Agnolo di Cosimo dit Bronzino, celui-là dont une œuvre, Limbes, mit un jour Stendhal, dans l’église Santa Croce, en extase…
Nous sommes à Florence, en pleine Renaissance. Bronzino, élève de Pontormo, au dessin quasi osbessionnel, et l’un de ses jeunes amants, comme cela était fréquent dans les ateliers des artistes, écrivit le récit de sa vie de peintres au milieu des grands artistes, son maître travaillât avec Vinci, André del Sarte, … et des politiques, les Médicis et les papes, de ce qui serait un jour l’Italie.
Bronzino, ami de Benvenuto Cellini, devient le peintre officiel des Médicis tout en s’affranchissant habilement des contraintes que le durcissement des prudes dogmes catholiques face à la Contre Réforme imposent aux créateurs un carcan qui les contraint à crypter, chiffrer, coder et contrefaire.

Nous sommes donc peu à peu introduit.es dans cette « société du mystère », comme ils s’appelaient entre eux, qui contourne la censure et atteint au sublime par la transgression : l’envers de la Renaissance à Florence telle que le vernis officiel nous en a légué l’histoire.
Ces périodes scandaleuses où les œuvres commencent à être élaborées à partir de vrais corps, de corps vivants… Ils ne sont plus des copies de copies. Dans les œuvres, les hommes se dénudent à Florence, les femmes à Venise, comme avant le « péché originel », et un Donatello ose un nu intégral grandeur nature, « mais en chapeau et bottines ! ».
Une homo-socialisation plus présente, plus forte à Florence, société du mystère, de la « queue ». Mais, quelle est cette société du mystère et, surtout, de quel mystère nous parle-t-il ? « Voulez-vous dire, mon Père, qu’une vie de hors-la-loi profite plus à l’œuvre d’art qu’une vie rangée ? » demande alors Bronzino au père qui l’accompagnât…

Fernandez et le plaisir de son style et de sa profondeur !

La société du mystère,
Dominique Fernandez
Éditions Grasset 978224686313 23,00 €

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