Hugues Demeusy : Comment es tu venu à la photo ?

Gaspard Noël : Mon père, féru de voyages et de photographie, nous y a initiés très jeunes, mon frère et moi. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai eu droit à mon premier petit boitier et je n’ai depuis jamais cessé de photographier.

Quel sens donnes-tu à ton travail photographique ?

J’envisage ma pratique de la photographie, que j’appelle « Autoportraits métaphysiques », comme une pratique de vie, et j’essaye d’y insuffler tout ce que peuvent m’inspirer à la fois mon quotidien, l’actualité, mes expériences personnelles, et les univers littéraires et visuels que je croise.

Je crois que la meilleure façon d’aborder mon univers, très touffu, est de le considérer comme une recherche philosophique. Par conséquent, on y retrouve principalement des interrogations sur la raison d’être de l’homme sur Terre, sur ce que pourrait être une existence juste, à la fois sage, pacifique et non-ennuyeuse. Dans cette recherche, je donne effectivement beaucoup d’importance au plaisir infini que peut nous apporter le frottement au monde et à ses éléments. Ma vision idéale de l’humain est très animale, ou divine, selon le point de vue : c’est celle d’un être jouant innocemment et inlassablement avec des puissances qui dépassent son entendement.

Tu t’auto-portraitises pour notre plus grand plaisir, souvent nu. Pourquoi ?

Je fais très peu de différence entre ma vie et ma pratique de la photographie. Ces deux traits sont pour moi inextricablement liés. Ils ont le même point de départ et le même point d’arrivée. Ma naissance et ma mort. Par cette implication absolue, ce que j’espère, c’est d’atteindre une sorte de vérité intrinsèque au fonctionnement de tout être humain. J’espère que lorsque j’exhalerai mon dernier souffle, mon travail composera une expression sincère de la vie d’un membre parmi d’autres de notre espèce.

C’est, je crois, l’objectif de beaucoup d’artistes et il y a par conséquent une multitude de chemins possibles pour essayer d’y parvenir. Le mien est celui d’une pure introspection. Je crois très fermement qu’il n’est rien que l’on peut connaître mieux que soi-même, à condition de se regarder sans complaisance, et que c’est par cette étude sérieuse qu’on peut s’approcher le plus sûrement d’une compréhension des humains dans leur ensemble. Tout en moi est commun. Mes faiblesses sont les vôtres, et vos forces sont les miennes. C’est pour comprendre, pour saisir, ce « domaine de l’humain » que je travaille toujours absolument seul.La nudité n’est pas venue tout de suite, mais elle découle de ce même désir de rapport direct avec, de sincérité, dans ma démarche. Quelle meilleure action puis-je prendre que de me débarrasser de toutes mes protections si je veux pouvoir éprouver le plus finement possible mon existence sensorielle sur notre planète ?

Par ailleurs, ce corps que je plonge au cœur du monde, il est lui aussi similaire en tous points à celui de tous mes consœurs et confrères, il est commun. Dépourvu de mes oripeaux culturels, mes expériences du vent, de la glace, de la mer, du feu, sont identiques à celles vécues par nos plus lointains ancêtres. Par ce geste simple de me déshabiller, j’accède à une universalité d’une grande profondeur !

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