Beignets de tomates vertes, le film (1991)

« Beignets de tomates vertes » fut publié en 1987 sous le titre « Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe ». Ce roman est le plus célèbre des ouvrages écrits par Fannie Flagg, il connut dès sa parution un franc succès. Il figura pendant plus de six mois sur la liste des meilleures ventes du New York Times et son adaptation cinématographique valut à Fannie Flagg une nomination aux « Academy Awards ».

« Beignets de tomates vertes » est un voyage dans le temps et l’espace, qui nous emmène dans le sud des Etats-Unis, région d’origine de l’autrice, entre les années 1920 et la fin des années 1980. La narratrice, Ninny Threadgoode, nous fait vivre à travers le récit qu’elle fait à son amie Evelyn, l’histoire de Whistle Stop, une petite ville de l’Alabama, perdue en bordure de chemin de fer.

Ce sont, en fait, plusieurs histoires qui sont rapportées en parallèle dans ce roman. En point d’orgue, on trouve la romance entre Idgy Threadgoode et Ruth Jamison qui se déroule de la fin des années 1920 à la fin des années 1940. Lorsque Ruth vient passer un été à Whistle Stop, Idgy est un garçon manqué qui vit à l’écart de la communauté depuis la mort de son frère. Entre Idgy, l’effrontée, un peu sauvage, et la douce et paisible Ruth, c’est un véritable coup de foudre. Si l’histoire d’Idgy et Ruth connaît des accidents de parcours parfois graves, l’amour que les deux jeunes femmes se portent ne sera jamais remis en question.

On ne peut toutefois réduire « Beignets de tomates vertes » à l’histoire de Ruth et Idgy. Ce serait oublier un peu vite, en arrière-plan, toute la description de la vie de la communauté de Whistle Stop à cette époque. De plus, la rencontre, à la fin des années 1980, entre Ninny et Evelyn Couch, femme au foyer presque cinquantenaire, effacée et malheureuse, va provoquer une métamorphose qui prend toute sa place dans le roman.

En nous faisant suivre la vie de la famille Threadgoode, et en particulier d’Idgy, la charmeuse d’abeilles, de leurs amis, amours et voisins, ce roman aborde bien des thématiques. Le problème du racisme et, plus généralement, les relations entre les personnes de couleur et la population blanche dans le sud des Etats-Unis sont au cœur du récit. L’histoire nous permet d’avoir un aperçu de l’évolution de ces interactions sur une soixantaine d’années.

Le vieillissement et ses problématiques sont traités avec beaucoup de finesse à travers la vision très directe de Ninny, l’octogénaire pragmatique, mais aussi à travers les perturbations que la ménopause inflige à Evelyn. C’est avec une certaine simplicité, presqu’une évidence, que la fin de vie et le respect de la dignité de la personne sont également abordés, notamment lors de la maladie de Ruth.

Enfin, si à aucun moment le livre ne présente de relation charnelle entre Idgy et Ruth, le thème lesbien est tout de même bien présent. Le foyer que forment les deux femmes avec Buddy, l’enfant de Ruth, est décrit et considéré comme une famille. De même, les mots qu’elles prononcent l’une pour l’autre ne laissent aucun doute sur la nature de leur amour. Il est à noter que la relation lesbienne qui unit Idgy et Ruth ne semble jamais être considérée comme un problème par la communauté ou par la famille d’Idgy. L’amour entre ces deux femmes, que tout semble opposer, est si évident que personne n’ose apparemment remettre en cause le bienfondé de leur union.

Fannie Flagg

Fannie Flagg, dans ce roman, présente une vision sans concession et pourtant empreinte d’une certaine nostalgie, du Sud rural des Etats-Unis. On y croise aussi bien l’amour et la solidarité que l’étroitesse d’esprit et l’intolérance. Peut-être est-ce parce que la bourgade est vue au travers des yeux de Ninny, une âme bonne et généreuse à l’optimisme infatigable, mais on aurait presque envie de s’arrêter au Whistle Stop Cafe pour goûter à ces fameux beignets de tomates vertes.

Texte rédigé par l’équipe des Plumes du Salon du Livre Lesbien.

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