Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine à l’Université d’Angers, pose des questions fort intéressantes : pourquoi tant de photos sans auteurs, sans noms de ces femmes déguisées ? travesties ? transgenres ? actrices ? jouant ou posant lors de fête ?

Elle rappelle ce très ancien interdit pour les femmes, cf. la Bible, les bûchers de la fin du Moyen Age pour celles qui comme Jeanne d’Arc contrefaisaient l’homme et, plus tard, les nombreuses amendes ou les demandes d’autorisation pour le port du pantalon à la Préfecture de Police de Paris… Quelques exceptions historiques, telles Madeleine Pelletier qui se sentait travestie quand elle était habillée en femme et affirmait : Mon vêtement dit à l’homme : je suis ton égale. Surtout ne jamais remettre en cause cette hiérarchie, cette identification immédiate des sexes sauf pendant le Carnaval, parenthèse « a-sociale » où tous les interdits, une fois l’an, semblaient levés.

Isabelle Bonnet note, elle, que les photos des hommes de ce livre sont des images d’un travestisme domestique, celui des hommes dans ‘la’ maison, heureux entre amis.
Et pourquoi autant de photos ? Si le miroir est un reflet, la photo est une ‘preuve tangible’, celle de la ‘fille de l’intérieur’. Comme le remarquait Barthes, L’essence de la photographie est de ratifier ce qu’elle représente.

Dans ce Mauvais Genre, trois groupes de photos, 1880-1920, 1920-1950, 1950-1980, photos datées par la marque du papier photographique (!), Velux ou Kodak, datation « industrielle » !

Livre touchant entre joie et tristesse…

Mauvais Genre,
de Sébastien Lifshitz

sous-titre Les travestis à travers un siècle de photographie amateur, avec deux textes de Christine Bard et Isabelle Bonnet

Éditions Textuel – 978 2 84591 556 9 – 45 €