• Grégoire Ier, dit le Grand (540-604), 64e pape ; selon lui, la punition de Sodome par le soufre et le feu montre par analogie la puanteur et la souillure de la chair et de ses désirs pervers

• édition de la Loi salique entre le IV et le VIe siècle. L’un de ses buts étaient de mettre fin à la faide, la vengeance privée chez les Francs, les Saliens puis chez les quatre grands du royaume des Francs : Wisogast, Arogast, Salegast, Widogast ; après Clovis, elle sera remaniée par Charlemagne (798) et les successeurs. Rédigés en latin et comportant de forts emprunts au droit romain, ses 65 ou 100 titres portent sur les sujets les plus variés : un individu tué par faide devait voir sa tête plantée sur un pieu de fortification ou au bout d’une lance par son meurtrier afin que ce dernier fût signalé aux autorités ; tarifs que doit payer la partie coupable à la partie lésée, toucher la main d’une femme : amende de 15 sous, toucher une femme de la main au coude : 30 sous ; toucher une femme du coude à l’épaule : 35 sous; toucher une femme jusqu’au sein : 45 sous…

Les mariages incestueux sont interdits, cet article permit l’éviction des oncles et cousins de la famille royale de la succession. À l’égard de la terre salique, aucune portion de l’hérédité ne sera recueillie par les femmes ; mais l’hérédité tout entière sera dévolue aux mâles. Quiconque aura enlevé une femme mariée, pendant la vie du mari… Quiconque aura abusé, par violence, d’une jeune fille de condition libre, sera condamné… Quiconque aura coupé la chevelure d’un jeune garçon, sans la participation de ses parents, sera condamné… Quiconque, après avoir demandé une fille en mariage, en présence des siens et des parents de la fille, refusera ensuite de l’épouser, sera condamné à payer… L’éviction, au XIVè siècle, des femmes du trône par les Capétiens fut permise par un article isolé de son contexte et non du pouvoir qu’elles exercèrent notamment lors des régences…

Apparition des règles monastiques et des pénitentiels pour la sanction des « fautes ». Ainsi, celui de Colomban de Luxeuil, moine missionnaire irlandais : Si quelqu’un a commis de fait un péché parmi les péchés les plus importants, s’il a commis un homicide ou le péché de sodomie, qu’il fasse pénitence pendant 10 ans, si un moine a forniqué seulement une seule fois, qu’il fasse pénitence pendant 3 ans, si cela était plus souvent, pendant 7 ans (…) Un an de pénitence au pain et à l’eau au père ou à la mère qui abusent de leur enfant…

• 693 le XVIe concile de Tolède affirme (paragraphe 3) : Le progrès du sodomisme rend nécessaire la promulgation de peines sévères. Si un évêque, un prêtre ou un diacre se rend coupable de ce péché, il sera déposé et exilé à tout jamais. En outre, l’ancienne loi en vertu de laquelle les pécheurs de cette espèce sont exclus de tous rapports avec les chrétiens, sont battus honteusement, dépouillés de leurs cheveux, et exilés, continue à rester en vigueur. S’ils n’ont pas fait une pénitence suffisante, on ne devra pas, au lit de la mort, leur accorder la communion.

• 789 1er capitulaire de Charlemagne : pénitence dure et stricte pour ceux qui pèchent contre la nature avec des quadrupèdes ou des mâles (!)

• 803 8e capitulaire de Charlemagne : adultère, fornication, luxures sodomitiques et inceste comportent la même peine que le sacrilège [la mort]

sous l’impulsion de Louis Ier le Pieux (roi de 814 à 840) les monarques francs se convertissent à la monogamie par soucis religieux et pour s’opposer aux coutumes des Barbares

914 Empire Byzantin, premières traces écrites du mot lesbienne dans un commentaire théologique pour faire référence à des relations entre femmes

• Odon de Cluny, ordre de Saint-Benoît, Si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, la vue des femmes leur soulèverait le cœur : cette grâce féminine n’est que saburre, sang, fiel. Quand nous ne pouvons toucher du doigt un crachat ou de la crotte, comment pouvons nous désirer embrasser ce sac de fiente ?

• Décret de Burchard, v. 965-1025, évêque et auteur d’un recueil de droit canonique en 20 volumes, le Collectarium canonum ou Decretum. Extraits du Pénitentiel de Théodore : Une femme forniquant par quelque moyen, soit avec elle-même, soit avec une autre, qu’elle fasse pénitence pendant trois ans. …  Si une religieuse a forniqué avec une autre religieuse à l’aide de quelque instrument, qu’elles fassent pénitence pendant sept ans. … Celui qui a forniqué comme un Sodomite, s’il est esclave, et s’il a été châtié par le balai, qu’il fasse pénitence pendant 2 ans, s’il est libre et marié, 10 ans, s’il est un simple particulier, 7 ans. Le laïc marié, s’il a une telle habitude, qu’il fasse pénitence 15 ans. S’il est dans les ordres, et s’il a une telle habitude, qu’il soit dégradé de manière à ce qu’il fasse pénitence comme un laïc. Celui qui, d’autre part, a forniqué avec un frère naturel, à cause d’un si sale mélange, qu’il s’abstienne de toute viande, et qu’il fasse pénitence pendant 15 ans, et s’il est clerc, il doit être, en plus, chassé.

• Décret de Gratien, moine bénédictin, ses Canons de l’Église latine : Concordia discordantium canonum, ou Décret de Gratien devinrent le fondement du droit canonique et ce pour huit siècles, jusqu’en 1917. L’idée principale est que les actions déshonorantes contre nature sont reconnues comme plus graves, plus graves même que la fornication et l’adultère. Gratien classe la sodomie avec l’inceste, la fornication, la bestialité, dont la pénitence est encadrée par un laps de temps de 7 années…

• 1049 le texte rendant compte du synode de Reims, sous le pape Léon IX, décrit au canon 12 : On prononça ensuite l’excommunication contre les sodomites et contre les nouveaux hérétiques qui se montraient dans les Gaules, et aussi contre tous ceux qui accepteraient d’eux une charge ou un service, ou bien qui voudraient les défendre.

• 1051 Pierre Damien prieur rédige le Liber Gomorrhianus, Livre de Gomorrhe, envoyé à Léon IX, dans lequel il dénonce les vices du clergé et en particulier les pratiques homosexuelles de certains de ses membres. Selon lui, les pratiques homosexuelles offensent la nature humaine, la droite raison, la présence de l’Esprit Saint dans l’âme et témoignent d’une possession diabolique. Elles constituent le pire de tous les vices. Ces pratiques ouvrent les portes de l’enfer. Elles poussent à la révolte contre Dieu, séparent des anges, éloignent de la vertu et rongent l’âme en secret. Elles obligent à vivre dans l’hypocrisie et font perdre la dignité humaine !

• 1059 synode de Latran Léon IX pense que Pierre Damien va trop loin.

• 1092 à Tours, les habitants chantaient dans les rues les mœurs de l’archevêque, surnommé Flora, accusé par la rumeur publique d’avoir eu l’évêque d’Orléans comme succube

• XIe siècle
– dans La Chanson de Roland, texte anonyme, quand Olivier l’ami de Roland meurt dans ses bras, il lui dit : A i celle mot l’un a l’altre ad clinet. / Par tel amur as les vus desevred. (Après ces quelques mots, ils s’embrassent l’un l’autre. Les voici séparés en cet élan d’amour.) Cet amour fait écho à d’autres dans La Chanson, Yvon et Yvoire, Gérin et Gérier, qui meurent ensemble.

• 1102 le synode de Londres déclare au canon 28 : La sodomie est frappée d’ex-communication et au canon 29: Tous les dimanches, on proclamera cette sentence d’ex-communication dans toute l’Angleterre

• 1120 le concile de Naplouse  prévoit la peine de mort sur le bûcher pour les sodomites : Si quelque adulte a été reconnu s’être souillé volontairement du dérèglement de Sodome, tant activement que passivement, qu’il soit brûlé entièrement (ch 8) ; Si quelqu’un a subi une première fois le crime sodomite et qu’il l’a caché, s’il s’est laissé souillé une seconde fois et qu’il ne l’a pas exposé à la justice, là où cela a été reconnu, qu’il soit jugé comme Sodomite (ch 10) ; Si quelque Sodomite, avant d’être accusé, s’est repenti, et que, conduit par la pénitence, il a renoncé par serment à cet abominable dérèglement, qu’il soit reçu dans l’Église et jugé selon la sentence des Canons. Mais s’il est retombé de nouveau dans ce [dérèglement], et qu’il veut de nouveau faire pénitence, qu’il soit, certes, admis à la pénitence, mais qu’il soit banni du Royaume de Jérusalem (ch 11). Et cinq des ses canons ont trait aux relations sexuelles entre chrétiens et musulmans : si une chrétienne a des relations sexuelles volontaires avec un Sarrasin, tous deux seront jugés pour adultère ; si elle a été violée par lui, elle ne sera pas tenue pour coupable, mais le Sarrasin sera fait eunuque. Ces canons seraient empruntés aux lois byzantines interdisant les relations sexuelles entre maîtres et esclaves, bien que le droit byzantin, plus sévère, sur cette question prévoyait la peine capitale.
– Les peines prévues pour l’adultère sont la castration et l’expulsion pour l’homme, la mutilation du nez et l’expulsion pour la femme

• 1179 concile de Latran III de péché mortel la sodomie devient crime, donc aucun rachat spirituel possible ; les peines sont variées selon l’âge au moment des faits et le rôle tenu pendant l’acte : mutilation, flagellation, saisie des biens, amendes, bûcher ; Ceux que l’on reconnaîtra souffrir de cette incontinence qui est contre nature, à cause de laquelle la colère de Dieu vient sur les fils de la défiance et a consumé les villes par le feu, seront, s’ils étaient clercs, chassés du clergé et réduits à faire pénitence dans les monastères ; S’ils sont laïcs, qu’ils soient soumis à l’excommunication, et qu’ils soient retranchés de l’assemblée des fidèles (canon 11)

• 1184 le concile de Vérone institue l’Inquisition épiscopale : les autorités ecclésiastiques désignent les hérétiques qui sont châtiés par le pouvoir temporel, définit l’hérésie à l’aide du droit canonique et institue l’usage du bûcher

• Pénitentiels et assimilés les textes anti-sodomites furent nombreux :

– Hildegarde de Bingen, (1098-1179), religieuse bénédictine puis abbesse, déclare que le fait pour un homme d’adopter la douceur féminine et de se comporter comme une femme avec un autre homme ou celui, pour une femme, de copier la fonction virile en s’unissant avec une autre femme, les rend, aux yeux de Dieu salis, noirs et luxurieux ; horribles, désagréables. Le péché [de transformation en son] contraire (contrario peccato) constitue la transgression des hommes la plus impure et est assimilable à tous les vices réunis. Certains spécialistes de l’histoire du christianisme, dont la pasteure protestante Kittredege Cherry, mettent en cause l’attribution de ces textes à Hildegarde et émettent l’hypothèse qu’elle entretenait une relation homosexuelle avec la nonne Richardis de Stade, en se basant sur la correspondance qu’elles échangèrent.

– Alain de Lille, vers 1120-1202, philosophe et théologien scolastique, moine cistercien, fut frappé sous prétexte de sodomie d’une peine de relégation. Il rédigea son ouvrage Liber de Planctu Naturæ ou Enchiridion de natura rerum ou Tractatus contra Sodomiae vitium, Le livre de la plainte de la Nature, dans lequel il dresse le long portrait et expose les longs discours métaphysiques et moraux de Natura. Natura se révolte particulièrement contre l’amour qui s’oppose à elle, l’homosexualité, car Vénus, subvicaire de la Nature, a trahi le plan divin, passant de son union légitime avec Hyménée (mariage) aux bras de son amant Antigamus (anti-mariage). Elle fait périr la multitude naufragée des hommes, en faisant d’eux des elles, en dévirilisant les hommes : Le sexe de genre actif se fait honte et horreur de tomber ainsi dans le genre passif. L’homosexualité hermaphrodite perd les hommes en leur faisant jouer le rôle des deux sexes. La beauté féminine est méprisée, privée de tout fruit.

– Pierre le Chantre, vers 1130 – 1197, professeur de théologie de l’école-cathédrale de Paris (avant 1173),  Verbum Abbreviatum seu Summa de Vitiis et Virtutibus – Verbe abrégé ou Somme des vices et des vertus, il consacre un paragraphe entier au vice sodomitique associé à l’homicide, ces deux péchés sont équivalents (paribus) et les deux plus grands (maximis). Les homicides et les sodomites détruisent et font périr [les hommes], comme [le font] des ennemis et [sont] des adversaires spéciaux de Dieu et du genre humain. Pour lui, Dieu a commandé à Adam et Ève de croître et de se multiplier.

– Thomas d’Aquin, 1224/1225-1274, philosophe et théologien de l’ordre mendiant des Dominicains. Canonisé ! Pour lui, la sodomie est une faute mortelle contre la nature. Or un péché mortel s’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer, (…) La sodomie est un péché plus grave que le péché de bestialité. En effet, il détourne l’homme du but que Dieu a attribué à l’union sexuelle et qui est la procréation.

– Pierre le Chantre (x-1197) théologien scolastique, professeur de théologie de l’école-cathédrale de Paris, dans son Verbum Abbreviatum seu Summa de Vitiis et Virtutibus, Verbe abrégé ou Somme des vices et des vertus, consacre un paragraphe entier au vice sodomitique qu’il associe à l’homicide. Il considère que ces deux péchés sont équivalents (paribus) et les deux plus grands (maximis)

• fin XIIe siècle Les Lais de Marie de France, recueil de douze courts récits poétiques qui glorifient l’amour courtois en anglo-normand ; un des lais, Lanval, mentionne le roi Arthur et ses Chevaliers de la Table ronde ; un autre, Chevrefoil (en) (Le Lai du chèvrefeuille), raconte une aventure de Tristan et Iseult; mais d’abord, ma langue est brisée, un feu subtile a couru en frisson sous ma peau.