Lorsque l’on se penchera, un jour prochain, sur l’histoire du bon et du mauvais goût, du beau et du laid, il ne faudra surtout pas oublier de faire un détour par l’atelier des artistes Pierre et Gilles. En attendant, 2017, c’est assurément l’année Pierre et Gilles, c’est l’année qui célèbre 40 ans de création et la construction d’une œuvre commune identifiable au premier coup d’œil, 40 ans pour la réalisation d’un ensemble d’images devenues cultes, photos témoins d’époques glamour ou fabrication d’icônes en devenir, célébrités et anonymes cohabitent dans le panthéon du photographe Pierre Commoy et du peintre Gilles Blanchard. Superstars des foires d’art contemporain, ou leurs photographies repeintes, toujours des pièces uniques impressionnent immanquablement, les artistes ont aussi réalisé un important nombre de pochettes de disques, Étienne Daho, Amanda Lear, Arielle Dombasle… des affiches de film, des couvertures de magazine, initiant déjà ce dialogue entre un art, disons à vocation muséale, et la culture populaire. Ainsi l’œuvre de l’inséparable binôme, intrigue au moins autant qu’elle fascine. Et il est vrai que chercher à décrire leurs travaux, c’est frôler l’overdose d’oxymores, kitsch et sophistiquée, pop et classique, naïve et engagée, profane et sacrée, luxueuse et populaire, bricolée et précise … et ce ne sont là que quelques uns des termes les plus essentiels qui peuvent commencer à cerner un univers beaucoup moins lissé qu’il n’y paraît. Comme un éloge de l’ambivalence, les artistes ne décrivent ils pas leurs images habitées par « autant de douceur que de violence » ? C’est, au fil des années, une écriture spécifique que les artistes ont inventé, un processus qui emprunte autant à la , leurs prises de vue et mise en scène ne rappellent elles pas les séances de pose des studios de photographes du XIXème siècle, qu’à la plus grande tradition picturale, avec un penchant même, pour un certain académisme, classicisme, ce sont en effet, les grands thèmes théologiques, mythologiques, mais aussi des célébrités pop portraiturées façon rois et reines, des nus académiques, les icônes religieuses dont ils ont, entre autres, livré leur vision réenchantée dans une grande série. C’est par la confusion et le décalage que les artistes donnent à voir des images qui jamais ne peuvent laisser indifférent. Inaugurée il y a quelques jours, par un maire de la ville entre temps devenu le Premier ministre du pays, et juste après la rétrospective, il y a quelques mois, au musée d’Ixelles, l’exposition du Musée Malraux au Havre, la ville natale de Gilles, invite à l’introspection dans cette œuvre, abondamment nourrie de messages et de références, un parcours riche et foisonnant, puisque au côté d’un ensemble emblématique de leur travail issu de grandes collections publiques et privées, les artistes ont imaginé une installation spécifique pour le musée, un accrochage en résonance avec l’histoire et l’imagerie véhiculée par la ville portuaire, et puis aussi, il serait incomplet d’évoquer le travail de Pierre et Gilles, sans s’arrêter, sur ces figures de naufragés, de marins et matelots, comme rescapés d’un roman de Genet, d’un film de Fassbinder, ou juste fantasme errant dans le port du Havre… Un ouvrage édité pour l’occasion accompagne l’exposition « Clair-obscur ».

de haut en bas :

  • Les deux marins – Autoportrait, 1993 – Pierre et Gilles – photographie peinte – pièce unique, 69 x 87 cm – Musueum of Fine Arts, Houston, Gift of Manfred Heinting, The Manfred Heinting Collection, 2002.1841. © Pierre et Gilles
  • Pour toujours (Modèle : Stromae), 2014 – Pierre et Gilles – photographie peinte – pièce unique, 162 x 130 cm – Collection particulière. © Pierre et Gilles
  • Dans le port du Havre (Modèle : Frédéric Lenfant), 1998 – Pierre et Gilles – photographie peinte – pièce unique, 101 x 124 cm – Collection particulière. © Pierre et Gilles

Clair-obscur, Pierre et Gilles

  • Textes de : Sophie Duplaix, Michel Poivert, Marc Donnadieu
  • illustrations couleur
  • édition bilingue français-anglais
  • 272 pages
  • Éditions Racine
  • 29,95 €
  • exposition jusqu’au 20 août 2017, au MUMA au Havre, http://www.muma.lehavre.fr