Comme le tableau d’une époque révolue ! Un autre moment de notre histoire, celui des lesbiennes en costard et cravate… La vie mouvementée de Frede est parfaite pour l’illustrer.

Après des études écourtées d’art et de peintre, celle qui est alors Suzanne ou Jeanne Morin gagne sa vie en peignant des décors pour les Folies bergères où triomphe Mistinguett… Un autre monde où elle fait aussi, sans enthousiasme, elle, la « garçonne », de la figuration. Muette, elle plaît et on lui conseille Le Monocle, la boîte homo de Frankie, où se retrouve toute la clientèle de Montparnasse, du Select à La Coupole, en 1932. À cette époque, les boîtes sont Liberty’s, Yeddo, Clair de Lune, Chez Tonton, et, pour les lesbiennes, moins nombreuses, Le Fétiche, de Moune Carton, La Vie parisienne, de Suzy Solidor rue Ste-Anne.

Elle change de look, de nom, endosse un costume horrible à porter tant il est amidonné, dit-elle ; mais elle plaît, se plaît ; elle a 20 ans. Elle rencontre Anaïs Nin, le bordel avec son amant Henry Miller, le Select

Et puis 4 ans d’amour et 20 ans d’amitié, sa rencontre avec Marlène Dietrich qu’elle partagera ensuite avec l’écrivain allemand Erich Maria Remarque qui avait le suprême avantage, selon et pour Dietrich, d’être impuissant…

En 1938 elle ouvre son propre lieu à Notre-Dame de Lorette, La Silhouette, un 23 décembre; 24 ans, un cabaret-dancing-féminin avec entraîneuses. Régulièrement, elle ouvrira des lieux sur la côte, vers Antibes, l’été ; elle s’installera avec Lana, la copine de Sacha Guitry, chez lui (!). Après une rupture difficile, elle ouvrira, ce qui sera son triomphe, Le Carroll’s, rue de Ponthieu.

Avec Zina, une princesse, elle défit l’ordonnance du préfet de police de 1949 : dans tous les bals, et établissements et lieux publics, il est interdit aux hommes de danser entre eux. Frede, elle, danse. Succès…

Elle fera débuter de nombreux et nombreuses artistes : Mouloudji, Catherine Sauvage, Philippe Clay, Aznavour, puis Dalida, Rika Zaraï, Jean-Jacques Debout… Ouvrira un mini-Carroll’s sur la côte et fera se côtoyer Marlo Brando et Orson Welles.

Elle s’installe avec Miki à Neuilly et doit déménager sans succès foudroyant Le Carroll’s, rue Ste-Anne, le « lieu » en 1960. Restent Moune à Pigalle, Elle et Lui, rue Vavin, avec le lien du Caroussel pour les travestis, La Roulotte, à Pigalle avec Lulu…

Et, septembre 1970, sera la fin de la nuit…

Denis Cosnard, un passionné de Patrick Modiano, a rencontré Frede dans Remise de peine, l’un de ses romans, et n’a eu de cesse ensuite de reprendre le chemin de cette lesbienne hors pair !!!!! Et, en prime, quelques photographies…

Frede,
Denis Cosnard
Éditions des Équateurs – 978-2-84990-499-2 – 20€

PARTAGER
Martine Laroche

Beuh ! importance ?
Lesbienne âgée de toujours et militante depuis 68 !