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Un livre qui nous rend content-e-s d’avoir appris à lire ! Comme le jaillissement des profondeurs de l’obscurité, de la connerie, de la dictature, de l’intégrisme religieux… La vie tout à coup surgit dans la joie des mots et des phrases. Quel style !
Une vie, certes, et quelle vie ! Née en Iran, scolarisée au lycée français de Téhéran, Négar Djavadi est obligée de « fuir » son pays à pieds et à cheval avec sa mère et ses deux sœurs, le père est déjà exilé. La famille n’aime pas le nouveau fascisme – Révolution islamique, 1979, seconde invasion arabe – pas plus que le précédent – celui de Reza Pahlavi, le Shah – et cette haine est réciproque !
Après des études de cinéma en Belgique, des œuvres de cinéastes et des prix, puis des scenari, elle écrit son premier livre. Elle a 47 ans, et son livre déjà trois prix ! Elle a toujours écrit pour le cinéma, la télévision, des pièces de théâtre, aussi.
Désorientale est le récit d’une vie, de la sienne, de celle de sa famille et de celle de son pays d’origine. Kimiâ, son héroïne, maintenant française, J’imprime Paris de mes empreintes. Elle devient ma ville ; un territoire libérateur et insidieux, lesbienne, vit et aime Anna, artiste, Sa basse en bandoulière, sa bouche collée au micro, elle était puissante et déchaînée, habitée par une colère contagieuse… Elle veut un enfant par PMA. Elle a trouvé un homme sympa, qui lui donnent ses spermatozoïdes par l’intermédiaire du service de pointe de l’Hôpital Port-Royal où ils s’associent tous deux pour mentir bien.
L’exil, le « JE », nouveau après ce « DÉ » du titre… Il y a chez moi l’élan absurde du héros de La Rose pourpre du Caire de Woody Allen, qui s’élance hors du cadre et s’évade dans un monde en couleur où il imagine que l’oubli est possible. Je cours sans cesse après le présent. Mais le présent n’existe pas.
Ce « Je » de lieux totalement différents et contradictoires (femmes en Iran !!!), multiple, oui, mais non schizo puisqu’elle fait un faux grand écart, elle peut comme son héroïne vivre deux mondes à la fois et non entre deux, d’ailleurs, n’est-ce pas le lot de nombreuses lesbiennes ? Et puis elle interpelle les Français : Laissez-moi m’intégrer. Elle a raison. On nous renvoie sans cesse à nos origines, c’est pourtant quelque chose de lointain. On m’a par exemple demandé si j’avais d’abord écrit mon livre en persan. Comme si la langue française était inatteignable. Et comme si nous restions à jamais ce que nous avions été.

Désorientale,
de Négar Djavadi
Éditions Liana Levi – 9782867468346 – 22 € – ePub : 9782867468377 – 16,99 €

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