Un jour d’attente

Il y a huit ans déjà que j’ai terminé le lycée.

Une profonde solitude m’envahit. Un autre de ces moments horribles qui, de part en part de mon être, me fait découvrir à quel point l’humain est le plus pitoyable des terriens. Mon corps continue d’avancer dans ce chemin de ruelles qui ne sait pas changer de paysage. Toujours gris ; terne et sans vie pour la saison. Nous sommes à Paris au mois d’avril et il est treize heures. Il commence à pleuvoir. L’eau se constitue en de petites flaques éparpillées sur toute la route. En regardant mes chaussures prendre l’eau, j’avance encore. En pleine déréliction, je pense à mon amie. En tout cas c’est comme ça que je la considérais. Le souvenir de notre conversation me revient.

Nous sommes en fin d’après-midi, a mon retour des toilettes, je vois Camille conclure un discours. Juste le temps de m’asseoir qu’elle finit. Elle retourne à sa place en me souriant. Ses dents et la forme de ses lèvres auraient plu à n’importe quel autre garçon. Mais moi, je suis différent. C’est évident, je ne m’intéresse pas à ce genre de choses. Voilà, le coup de la sonnerie retentit. Les autres âmes me faisant office de camarades se pressent pour rejoindre la porte de sortie mais, pas la fille aux dents blanches qui m’a souri, je ne sais pas trop pourquoi. Scotché à ma place sans trop savoir pourquoi, une sorte d’envie instinctive. Elle aussi reste à sa place. Elle n’a pas l’air de se décider, moi non plus…
Peu après. Je décide de me lever pour sortir. Elle a dû m’entendre. Cette fille aux dents blanches se lève très vite et se retourne à la même vitesse. Pour n’avoir qu’une direction. Le pauvre élève resté dans la classe.
Elle ralentit.
La fille semble exprimer avec son corps une attitude que je ne connais pas. Son parcours dégagé, sa gestuelle fluide et agréable a regarder. En s’arrêtant sur ses yeux, reflétant une vive capacité d’esprit, on peut aisément l’imaginer tenir un pistolet dans la main droite. À l’affût de sa cible de courte apparition, à la moindre modification de perception des couleurs PAM ! La balle fuse, percute la cible créant un impacte parfait.
Elle est maintenant proche de moi. Sur tout le chemin son sourire est bien présent, et plus grand que d’habitude.
L’air de vouloir formuler une demande elle arrête de sourire. Après quelques seconde d’hésitation elle se remet à sourire… Je ne m’étais pas trompé.
– Veux-tu que l’on fasse un bout de chemin ensemble aujourd’hui ? Tels sont exactement les mots qui sont sortis de sa bouche. Je viens d’entendre des choses que je ne croyais pas possibles. Elle reste plantée, fixe, sans plus bouger, à attendre très sagement ma réponse.
Sans trop de conviction je lâche enfin un : « Si tu veux. »
son visage transparaît la satisfaction.
– Alors oui. On peut y aller ? Répond-elle.
– Un moment s’il te plaît. Laisse-moi me remettre de mes émotions. Tu sais je ne parle pas beaucoup aux gens et commence à ressentir de la peur pour ce qu’il peut arriver.
Je tourne les yeux dans toutes les directions afin de chercher un quelconque signe de réconfort là où il peut se trouver. Et d’un coup, naturellement. Sans fixer mon regard sur un objet, je me sens plus à l’aise. Plus aucun doute. Plus de peur. Je me souviens m’être mis à sourire. Je prends mon sac à dos sur les épaules, et nous nous dirigeons vers la porte.
Durant un long moment aucun son ne sort de notre bouche. Arrivés à quelques rues du lycée derrière nous. Mon amie dit alors.
– Je suis ravie que tu aies accepté de me raccompagner.
Phrase étonnante qui trahit à moitié son inexpérience avec les garçons. Enfin… Je le pensais ! A l’époque, je me disais que j’avais enfin trouvé quelqu’un comme moi. Il n’en paraissait rien. Je réponds avec amabilité et nous nous engageons dans un échange où chacun répond à l’autre avec franchise et sourire.
On s’entend à merveille ! Un instant plus tard, mais, qui en réalité fait trente minutes. Incroyable le temps passé avec elle ! Nous arrivons à une maison à l’angle de deux rues d’un autre quartier. On se quitte, avec la certitude réciproque de se retrouver le lendemain au lycée.
Il n’en fut rien. Le matin, je suis déjà là et il n’y a personne. Pas de fille. Sans doute ne s’est-elle pas réveillée ?

À la fin de la journée je me décide à refaire le même chemin pour aller chez elle. Arrivé au point de notre séparation je vis un panneau de couleur bleue et jaune marqué « À VENDRE ».

Marchant toujours sous la pluie, mes chaussures prenant l’eau, ce souvenir me laisse une inquiétude mêlée d’angoisse.
Je n’ai plus revécu les émotions éprouvées lors de ce moment passé avec elle. Elle me manque !
La pluie cesse, le soleil réapparaît. Enfin. Je retrouve ma bonne humeur. Une légère brise tiède se fait sentir. C’est agréable.
Je relève les yeux et vois plusieurs personnes qui marchent d’un pas semi-rapide. Les gens de Paris et leur vitesse, toute une histoire. J’essaie de me projeter plus loin dans ma trajectoire. Mon parcours se laisse difficilement entrevoir. Là où mon regard se fixe, au loin, une femme est attablée à la terrasse d’un café. Ses cheveux, cette silhouette, ne serait-ce pas elle ? Si ! J’en ai la certitude. Je cours. Toujours les yeux fixés sur elle. Je la vois sortir son porte-monnaie. Y prendre un billet et le déposer sur la table. Ce n’est pas possible ! Elle va partir et je ne la reverrai plus jamais. Je la vois qui se lève, qui part en trombe, les personnes autour d’elle la laisse passer, tel à la corrida le torero qui laisse passer le taureau par dessous la capote et se décale rapidement sur le côté. Il y a tellement de gens que je ne parviens plus vraiment à la distingué. Maintenant, elle est perdue dans la foule et moi dans ma déception. Lourd de désespoir, je ralentis le pas. Je me rapproche doucement de sa table pour y voir le ticket de caisse : couscous 9,00 sirop 2,30 total : 11,30
J’essaie de reprendre mon souffle. Mais rien n’y fait pour le moment. Je n’ai pas pratiqué de sport depuis deux ans. J’ai tout perdu. Je m’assoie sur la chaise qu’occupait celle que j’appellerai la femme aux dents blanche. Il est treize heure trente. En tout cas c’est certain, c’était bien elle. Un serveur m’aborde et me demande ce que je prends. Je lui réponds : « un souvenir fort avec son sirop au citron. » Un sourire de convenance sur le visage, il reformule en disant : « sirop de citron à l’eau ! » Il n’a pas compris. Me voila assis sur ma chaise avec ma déception comme compagne. La dernière fois, nos échanges avaient été très tendres, sa voix douce. Ça me réconforte. C’est fini, le temps de la solitude platonique. Mais, un instant après me revoilà mourant comme après la découverte du panneau « A VENDRE ».
Allez ! On se motive. Au moins, elle est vivante et c’est ce qui compte. Le simple fait d’avoir pu la revoir m’a fait très plaisir. Je bois une gorgée du sirop à l’eau. Cela me rafraîchit, j’avais la gorge sèche à cause de la course de tout à l’heure. Bref ! Où suis-je ? Je me lève pour faire quelques pas au milieu du trottoir, et me retourne pour voir le nom de l’établissement. Ah ! Ce n’est pas banal.
Je me rassois à ma place. Que faire maintenant ? Ah oui ! Mon rendez-vous de cette après-midi.

En fin de journée, je reviens dans ce boui-boui. Ma place de tout à l’heure est libre. Je m’y précipite. Le même serveur se présente a moi.
– Ce sera monsieur ?
– Un demi, s’il vous plaît.
Je regarde le ciel. Aucun nuage. Il commence à s’assombrir. Je ressens comme plus tôt une brise, mais plus froide. L’arôme de la menthe se fait doucement sentir dans le restaurant. Je repense à la femme. Très belle femme. Je me rappelle de son nom Camille Stone. Il lui va si bien. Je prends mon bloc-notes et me mets à réfléchir à ce que je pourrais écrire à son propos. J’aime écrire, jouer aussi, alors pourquoi ne pas faire un petit poème sur elle. Je vais bien finir par trouver quelque chose. C.A.M.I.L.L.E S.T.O.N.E, 12 lettres.
Plus tard voila le travail terminé.

Cela est clair que tu est belle !
Avant tout je veux être près d’elle,
Maintenant je pense à elle, la vie
Idée folle ici du pont levis.

La vision de toi, tu m’a donné
L’image d’une femme qui s’en est allé.
Et ce pont qui s’est levé bien haut.
Sait à quel point elles coulaient ; les eaux !

Tu me seras une femme aimée
Ou bien tu me seras vanité ?
Nul ne sait si je te reverrais.
Et tu la femme de ma virée ?

Bon ce n’est pas du Rimbaud ou du Prévert, mais je pense que je me débrouille. L’admirable Camille.

Le lendemain matin je me réveille dans mon lit. Je souffle. Allez mon pauvre on y vas pour cette nouvelle journée. On est samedi aujourd’hui.
Je prends un rapide petit déjeuner puis emporte avec moi un livre. Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.
Je retourne au restaurant. Toujours à la même place. Le garçon approche, je lui demande un café-Père Lachaise.
Le café arrive, j’y mets un demi-morceau de sucre. Je touille. Je patiente, j’aime le café mi-froid. Je ne sais pas pourquoi. C’est pour moi la « toute juste température ». J’en bois une petite gorgée. Sors le livre de ma poche, le mets sur la table, souffle un bon coup pour me donner de l’énergie. Puis, je tourne les pages au niveau du marque-page. Je commence à lire.
«[…] de nos jours tout le monde a forcement, à un moment ou à un autre de sa vie, l’impression d’être un raté […]» Ce n’est pas si faux ! Il y a longtemps que cette vérité s’est révélée à moi.

Ma lecture avance bien et il est maintenant assez tard dans la matinée. Je lève les yeux de mon bouquin pour souffler un peu. C’est bien là le seul marathon que je puisse faire. Un marathon de la solitude. Je reprends la course.

Ah ! Apparemment j’arrive à un passage plus propice à cette brise tiède. « […] Le doux miel de l’humaine tendresse […]». À n’en pas douter, Michel s’exprime avec talent. Je suis très content de lire cette phrase. C’est en effet un doux réconfort qui cette fois m’envahit. Je suis peut-être un peu trop sensible. Je quitte à nouveau le livre des yeux, pour les lever vers le ciel.
Aïe ! Le soleil m’éblouit mais aussitôt, une silhouette proche de moi me le cache. Le temps d’ouvrir les paupières et j’entends :
– Veux-tu que l’on fasse un bout de chemin ensemble aujourd’hui ?

Une nouvelle vie

Il a fini de pleuvoir.
À la fin de mon couscous du vendredi au Djudjura, je me décide à prendre un dernier verre. Je me déplace pour m’asseoir tranquillement sur une table en terrasse. Ma commande arrive. Le serveur :
– Sirop de citron à l’eau pour madame ! dit-il avec le sourire.
Je réponds merci avec le même sourire.
– Je vous en prie.
On est vraiment bien dans ce restaurant. Les tenanciers sont sympas, la clientèle souvent la même mais on la voit parfois se renouveler. Certains habitués ont leurs rituels. D’autres ont leurs petits et grands caractères, on les connaît bien, ceux-là. Le café a toute une histoire.
Deux glaçons dans le verre, tout juste ce qu’il faut.
Il y avait de la pluie aujourd’hui mais ce n’est pas grave. Nous sommes en avril, il fait plutôt agréable pour la saison. Et puis maintenant il y a une éclaircie. Je croise mes jambes. Je touille mon sirop. Y prends une gorgée. Soudain, la chanson « […] » se fait entendre. C’est mon téléphone qui sonne. D’après le nom qui s’affiche, c’est madame Duprès. C’est assez étonnant qu’elle m’appelle. Je décroche.
– Allô ? Dis-je un peu bas.
– Oui bonjour madame Stone je vous appelle car vous n’êtes pas venue à notre rendez-vous. Je viens vers vous pour savoir si vous allez bien ?
– Notre rendez-vous ?! Toujours étonnée.
– Oui aujourd’hui à 13h15. dit-elle avec un professionnalisme rempli de douceur. Comme je ne vous voyais pas je me suis inquiétée !
Très gentille cette dame.
– Ah oui ! Merci. Je me dépêche, j’arrive ! Dis-je à la hâte.
– Je vous attends.
– À tout de suite. Dit avec conviction et pas des moindre.
J’avale rapidement l’intégralité de mon verre. Le repose avec force, puis prend mon portefeuille pour y sortir un billet de vingt euros. Je viendrai récupérer la monnaie plus tard. Je connais les tenanciers et ils me connaissent. Je cours.
Arrivée dans le métro, je sais que j’ai encore un bout de chemin à faire. Je suis assez agitée. Pour tenter de me calmer, naturellement je me remémore un souvenir agréable. Ô Douces années de mon adolescence :

Au réveil. Je me sens reposée. Comme à mon habitude, le matin, j’ouvre mon esprit à la vie. Tout d’abord, physiquement je laisse passer la lumière par la fenêtre. Puis, je fais mon lit. Mon grand lit. Une fois terminé, je me place devant la fenêtre, tends les bras de part et d’autre de mon corps, comme si je voulais toucher les murs opposés de ma chambre. Je tourne mes poignets. Puis tends mes doigts, paumes tournées vers la fenêtre. J’inspire rapidement un grand bol d’air, pour ensuite l’expulser tout doucement de mes poumons. Le tout : trois fois.
Je vais dans la salle de bain. Une demi-heure plus tard, j’ai terminé. Maintenant me voila prête pour le petit déjeuner. Mon père et ma mère sont déjà à table, dans la cuisine. Je leur fais la petite bise matinale. Je prends ensuite sur la pointe des pieds mon bol dans le placard. Et zou ! Dans le frigo : le lait. Les céréales sont sur la table. Je me sers.
Nul besoin de paroles dans ma famille. On se dit tout avec le regard et les mains. Ils sont en forme ce matin. Mon bol terminé, je quitte la table avec un regard d’au revoir adressé à mes parents. Ils me le rendent avec un grand sourire.

C’est le dernier jour d’école pour moi. En chemin, je me rappelle avoir pensé à mes parents : la chance que j’ai de les connaître et qu’ils m’aient élevée. Je suis gâtée. D’autres enfants n’ont pas de père ni de mère. Parfois un des deux… Cela ne les empêche pas de réussir dans la vie. Moi, on peut dire que je me débrouille bien pour l’instant : des notes excellentes, de bonnes appréciations, très sociable. Un peu parfois envie de tout faire exploser mais bon, ça on va dire que c’est normal ! Heureusement que les livres détendent. Une bonne histoire avec des intrigues intéressantes, et on vas dire que le roman fait son effet !
Je me souviens. Au début, mes parents m’ont donné quelques pistes pour bien se comporter dans la vie. Mais après, j’ai dû me débrouiller seule, c’est normal.
Je les aide de temps en temps en faisant le lien entre eux et le monde des entendants. Je leur fais la traduction avec les professeurs par exemple. Sinon, ils savent s’en sortir par eux-mêmes. Ce sont mes exemples.
Arrivée à l’école, je vois mes trois meilleures amies au même endroit comme chaque matin. Je cours vers elles pour leur faire à chacune un câlin et a une que j’aime par dessus tout, je lui fait un smac puis l’enlace. Aujourd’hui est un jour spécial. Elles vont me manquer. On se dirige ensuite vers le lycée.

Dans la salle du dernier cours de la journée, le professeur me donne la possibilité de dire au revoir à toute la classe. Je me lève pour prendre la parole. Me place devant le bureau du prof en face de mes camarades.
A la fin de mon intervention, Adrien Daganaud revient dans la classe, et rejoint sa place. Je retourne m’asseoir en lui souriant.
Le professeur nous souhaite une bonne soirée et à demain pour les autres. La sonnerie retentit. Je stresse. Je veux à tout prix dire au revoir comme il le faut à Adrien. Je le reverrai peut-être. Allez ! Il faut y croire et pour ça je vais lui donner la meilleure image possible comme ça il pensera à moi et comme ça on se reverra. C’est obligé !
Il n’y a déjà plus personne dans la salle. À part Adrien, je le sens derrière moi. Ah ! Mais je l’entends aussi, le voila qui se lève, donc vite je me lève aussi. Je me sens d’instinct légère à ce moment-là. Fraîche, vivante. Je veux plaire. Je marche sereine vers lui. Très à l’aise. À son niveau. Ah ! Je fatigue. La journée a été dure. Je me ressaisis. Je lui demande
– Veux-tu que l’on fasse un bout de chemin ensemble aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui me prend ? J’ai été tellement franche que ça m’a étonnée. Il a ce pouvoir sur moi.
j’attends sa réponse.
Peu après j’entends un « si tu veux ». Il se décide à aller vers la sortie. On y va ensemble. Dehors, avec la lumière naturelle du soir, il apparaît plus beau que d’ordinaire. Il faut dire que je suis près de lui. Ses cheveux sont coiffés avec les doigts et son apparence un peu négligée. Mais tout son ensemble lui donne un côté charmant qu’apparemment je suis la seule à déceler. Contente pour moi. On reste un moment à ne pas s’adresser la parole puis je me lance. Vu ses réactions, il aime assez bien ma voix, tant mieux.

Nous avons discuté pendant longtemps et cela m’a été très agréable. On a du feeling lui et moi. Dommage de le quitter vraiment si tôt. J’ai été bête de ne pas lui avoir parlé avant.
Nous somme devant chez moi. Je ne lui dis rien sur mon départ.
Voilà. On se fait la bise et je lui donne un dernier sourire.

Franchissant la porte d’entrée, je vois ma mère avec ses foutus tuyaux dans le nez reliés à la bouteille d’oxygène. Elle est en phase terminale, dans son fauteuil roulant.
On a vraiment pris la bonne décision de partir en Roussillon. Cela lui fera du bien et puis c’est sa décision.
Le soir même on installe le panneau d’indication de vente de l’appartement. Puis le lendemain, on part.

Arrivés à Vernet-les-Bains nous nous somme arrêtés à la résidence du Canigou pour y prendre deux chambres pour une semaine. Mon père et ma mère ensemble, puis moi, à côté d’eux. Après s’être bien installé, on se dirige vers la place du village.
Beau cercle de dalles marbrées. Cela me rappelle des souvenirs : une fois j’ai fait de la tyrolienne, quelle incroyable sensation de liberté. Peut-être que si ma mère a choisi cet endroit, c’est parce qu’elle a été témoin de la découverte pour moi de cette sensation. Elle tourne la tête de gauche à droite pour voir ce qui a changé, mais rien exprime-t-elle, elle en est heureuse. Puis, on la met au centre de la place. On la fait tourner pour lui faire voir tout les environs. Puis, plus rien. Elle s’en est allée.
Je reste dans la région et termine ma scolarité au lycée de secteur.

Dans le métro, j’arrive à la station […]. Je descends en marchant vite. Prends la première sortie puis quelques pas plus tard, j’arrive a mon rendez-vous.
– Bonjour madame Duprès, toutes mes excuses pour mon retard, j’avais l’esprit ailleurs.
– Je vous en prie, installez-vous, respirez profondément. Nous pouvons commencer ?
– Oui, c’est parti !

Le soir même, arrivée chez moi je ne sais pas pourquoi, je repense à Adrien.

Comme chaque samedi j’ai fait la grasse matinée. On est un peu avant midi. Je sors ! Je vais au restaurant d’en bas de chez moi.
Mais qui je vois en terrasse ? ADRIEN !