Simon Bocanegra : photographe clandestin…

Orphelin né à la fin de la guerre à Lyon, il est baptisé du nom de ce célèbre opéra de Verdi ! Une entrée en matière en fanfare ! Simon Bocanegra cultive tout d’abord son corps, avant de s’occuper de son esprit ! Il est strip-teaser à New-York.

C’est à l’âge de 20 ans qu’il réalise ses premiers portraits en s’appropriant un appareil photo dans un vestiaire à Hawaii.

…devenu portraitiste des nuits Parisiennes les plus folles

De retour en France en 1978, l’année de l’ouverture du Palace, il est très vite adopté par Fabrice Emaer. Cet hôte nous rappelle que « le Palace, c’est d’abord un théâtre. C’est aux gens d’assumer leur théâtralité. À la fois acteurs et spectateurs d’eux-mêmes. »

À travers l’univers flamboyant de ce lieu unique, il devient accro au glamour de la mode. Désertant les podiums des défilés, il leur préfère l’effervescence des backstages où règne un climat d’impériosité propice à la montée en puissance de son désir. Il a besoin de cette proximité pour créer un contact avec son modèle, aussi furtif soit-il. À l’inverse des paparazzis, il n’y a dans son œuvre aucune image volée. Précurseur, il photographie l’envers du décor.

Désormais invité permanent des soirées parisiennes, Son Nikon est son passeport et la nuit est son cadre. Autodidacte de haut vol, il se promène toujours avec un livre en poche. Il lit Oscar Wilde et retient cette déclaration paradoxale :

« La beauté est pour moi la merveille des merveilles. Seuls les superficiels ne jugent pas d’après les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, non l’invisible. »

Paul Steinitz, à l’origine d’un collectif protéiforme d’artistes, l’invite à New York pour exposer à la Prisunic Gallery ses portraits de personnalités parisiennes parmi lesquelles figurent Christian Lacroix, Erté, Roger Vivier… Sur place, il rencontre et photographie les belles de nuit sur le trottoir de la 14ème rue, qui deviennent ses potes. Spontanément, il les intègre à son projet. Ces filles transsexuelles sont exposées à côté d’icônes de la mode dans d’immenses boîtes lumineuses, unique éclairage de cette galerie avant-garde, ancienne halle de boucherie située dans le quartier du Meat Marke

Quand la nuit se déplace à Londres, il se rendra régulièrement aux folles soirées Kinky Gerlinky, club gay où les drag queens défilaient dans des tenues extravagantes.

Son ami Édouard Baer lui offre une caméra avec laquelle il fera un documentaire sur le mythe underground Quentin Crisp, homosexuel flamboyant et militant qui, dès les années 30, à lui tout seul, était une Gay Pride. Tout au long de sa vie, son impératif catégorique aura été « Sois toi-même et cela puissamment. »

Le 12 décembre 2011, avec l’élégance qui le caractérise, Simon Bocanegra nous tire sa révérence.

Une galerie de « monstres » sublimés

Les clichés réunis dans le beau livre qui lui est consacré, qu’expose la  Galerie du Passage, nichée dans un superbe passage près des Halles, sont baignés d’une aura singulière.

Saisis dans l’immédiateté de l’instantané, mais transcendés par une dose d’éternité, les masques tombent et révèlent la vérité de ces inconnus tout comme de ces célébrités d’un instant. Ils deviennent des bijoux précieux, des icônes flamboyantes, les lumières de la nuit.

La magie du photographe fabuleux qu’était Simon Bocanegra déborde de son objectif… et illumine notre présent.

Galerie de l’instant

http://www.galeriedupassage.com/