Nous vivons dans un monde où le harcèlement sexuel est soudain mis en lumière. Pendant mon expérience aux Etats-Unis comme professeur et directeur dans une école privée, j’ai connu le harcèlement sexuel. Il est inconcevable que je sois le seul à avoir été harcelé ou dragué au travail. Cependant, je n’en ai jamais parlé avec mes collègues. Aujourd’hui, dans ce contexte particulier, je me rappelle mes expériences personnelles. Les écoles d’élite privées américaines (et j’imagine peut-être aussi les françaises) pensent être des bastions de la pensée libre et de la pensée sociale progressiste. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

Dans une certaine mesure, surtout au début de ma carrière à Los Angeles, j’ai trouvé une certaine sécurité en étant ouvertement gay. J’ai appris à prendre quelques précautions, comme ne jamais me retrouver seul dans mon bureau porte fermée avec un étudiant masculin ; je n’ai jamais invité les étudiants chez moi ; j’étais amical, mais je ne suis jamais devenu leur ami, et quand certains ont parfois essayé d’échanger sur leur sexualité avec moi, je les ai encouragés à aller voir la psychologue de l’école. Cependant, je ne pouvais me protéger aussi aisément des problèmes éventuels avec les adultes.

Piégé

À Los Angeles, je me suis retrouvé piégé dans une petite chambre avec une seule sortie par un très célèbre (et plus âgé) acteur hollywoodien qui avait un immense pouvoir sur l’école et sur la communauté locale. Il m’a touché et m’a dit combien il « admirait ma diversité ». J’étais terrifié. Il me pressait pour accepter une invitation à dîner… finalement j’ai pu m’échapper par la porte. Bien sûr, je l’ai évité pendant plusieurs années. À Seattle, un membre de la direction m’a arrêté sur un chemin et m’a posé des questions sexuelles très embarrassantes et déplacées. Qu’aurais-je pu faire ?

Mark, pourquoi parler de ta sexualité dans une réunion ?

À New York, j’ai été par deux fois dragué par des pères qui avaient bu trop de vin ou de whisky. Une fois, l’un d’eux m’a dragué (il était très beau, soit dit en passant), puis il est entré dans le taxi avec moi. Ce fut un trajet pénible et je l’ai repoussé tout en espérant qu’il ne se souviendrait ensuite de rien de tout cela. Après tout, j’étais le professeur de son fils.

Il faut souligner que j’ai dénoncé certaines de ces choses à mes responsables. Mais ils ne les ont pas prises sérieusement. En fait, ils ont même ri et m’ont regardé comme si j’étais fou. Personne ne croyait que des hommes puissent poser des problèmes à d’autres hommes. Un de mes responsables m’a dit « pourquoi parler de votre sexualité dans notre réunion d’école ? ». Fait intéressant, même lorsque des collègues étaient présents et ont pu constater des comportements déplacés, ils ont regardé ailleurs. L’auraient-ils fait si j’avais été une femme ?

Discrimination

Heureusement, j’ai trouvé le succès en tant qu’écrivain juste à ce moment et je n’ai pas eu besoin de continuer dans l’éducation. Mais qu’est-ce que cela dit sur le statut des enseignant-e-s ou des directeurs-trices d’école LGBT ? Restez dans le placard ?

Sans aucun doute, cependant, la pire expérience a été celle que j’ai eue avec une des meilleures agences de recrutement spécialisées dans l’enseignement privé. Heureusement, c’était juste au moment où mon travail d’écrivain commençait à me donner assez de célébrité pour travailler en tant qu’écrivain. J’ai senti quelque chose de bizarre concernant cette agence. Apparemment mon dossier n’était transmis qu’à de drôles d’écoles. J’ai parlé au directeur. Il m’a dit qu’il venait d’envoyer mon dossier à un établissement dont je n’avais jamais entendu parler. Alors je lui ai demandé pourquoi il avait envoyé mon dossier à cette école inconnue ? Il m’a dit, « parce qu’ils sont très libres dans leur pensée ». Aucun de mes collègues qui me connaissaient comme professeur d’anglais ou directeur d’école ne m’aurait décrit comme « très libre dans ma pensée ». C’est seulement après avoir raccroché le téléphone que j’ai réalisé ce qu’il voulait dire. Il avait envoyé mon dossier à ces établissements parce que j’étais gay.

Après avoir continué avec des écoles « étranges », j’ai organisé une conférence par téléphone entre le responsable de l’agence et le directeur général. J’ai les confrontés et je leur ai dit que j’avais le sentiment d’être victime d’une forme de discrimination. Le directeur général a dit, « eh bien j’avoue avoir dû faire quelques sélections prudentes et indispensables parce que je suis conscient de votre « situation » ». Dire que j’ai été horrifié par cette réponse serait un euphémisme.

Et en France ?

Cette situation doit sembler familière également pour les enseignants gays en France. Je serais surpris si, en lisant mon expérience, les professeurs gays français n’y voyaient un reflet de leur propre expérience. Le harcèlement sexuel des gays ainsi que la discrimination à leur égard sont des aspects quotidiens de la vie, mais ces sujets sont rarement exprimés. Peut-être, étant donné la mise en lumière actuelle du harcèlement, pourrons-nous bientôt parler du harcèlement concernant les LGBT ?