Lorsqu’un jour l’on voudra dresser l’état des lieux du bon et du mauvais goût, du propre et du sale, du bien et du mal, et tout comme l’on s’attardera évidemment aux multiples interprétations de Fontaine de Marcel Duchamp, le ready-made urinoir qui cette année a 100 ans, il ne faudra surtout pas oublier de passer aussi par le petit coin, de visiter le petit cabinet des obsessions de Marc Martin… toujours prompt à tordre les regards, à faire dévier les idées vers d’inexplorés territoires. Dans cette approche qui souvent oscille entre caresse et audace, dans des images qui toujours nous tentent autant qu’elles nous forcent, le photographe pour ce nouveau projet, un ouvrage qui accompagne une à Berlin au Schwules Museum, s’intéresse aux toilettes publiques, lieu de fantasmes et de réalité, public et privé, là où se confond le besoin et l’interdit, sur des murs où s’inscrit l’obscène et le désir à coup de marqueur maladroit. Là où s’est joué et noué, un pan de l’histoire de la sexualité entre hommes. C’est là aussi que s’emmêlent la honte et les désirs, c’est là que le bourgeois s’encanaille, là où ça glisse, là où ça s’accroche, c’est là aussi que l’on montre ce que l’on cache, où l’inverse… Lieu de mémoire d’actes aussi insolites que fondateurs, lieu où se brouille l’intime et la connivence, passage non négligeable de l’histoire d’une sexualité… le projet de Marc Martin s’entrouvre sur la compilation aussi frénétique qu’historique, de documents, archives de la police des mœurs, de traces, d’époques, de citations d’auteurs, Verlaine, Rimbaud (l’esprit de l’Album Zutique n’est pas très loin), Genet, Louÿs… et la production par l’artiste d’une nouvelle série de photographies à l’allure et à la fugacité sophistiquée. Vespasienne, tasses, pissotières, parloir, pissoir ou encore la très proustienne pistière du baron de Charlus… c’est une abondante et imagée variété de termes qui en disent long sur la multiplicité des actes et des fantasmes qu’ont pu naître en ces endroits, au travers le temps. Un endroit public, aux ombres, aux odeurs, aux lumières et atmosphères paradoxalement parfois presque compassées, et qui semblent induire une histoire, des comportements, des usages, des regards en biais, des gestes, c’est à cette narration, à caractère sexuelle, mais aussi finalement simplement humaine, sociale, que vont s’intéresser les derniers travaux de Marc Martin. Dans ce lieu des passions crues, le photographe choisit le biais de la poésie, voire de la suggestion. Lieu d’envies pressantes, et de passage impromptu ce sont sur ces instants que va s’attarder son objectif, d’une facture plus narratives qu’à l’accoutumée, ses images, ici, tout comme ses sujets, se tournent autour, rodent, capturent le trop, sont là quand les regards se croisent, pérennisent le furtif, attrapent un geste, s’emballent et déballent…

« Je voudrais rendre à ces endroits, qui ont abrité tant de frissons, leur part troublante de sensualité. Notre vieille pissotière n’a pas à rougir de son passé. » Marc Martin.

  • Crédits photos : Marc Martin, « Fenster zum Klo », Schwules Museum, 2017.

le livre :

Fenster zum Klo,Toilettes publiques, affaires privées

 


l’exposition :

Fenster zum Klo, Toilettes publiques, affaires privées

  • Schwules Museum*
  • du 17 novembre 2017 au 5 février 2018
  • Lützowstraße 73, 10785 Berlin, Allemagne
  • +49 (0)30 69 59 90 50
  • http://www.schwulesmuseum.de/

 


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