1er décembre 1988, le monde se lève contre le SIDA

« Dites au monde ce que vous faites contre le sida ». C’est le slogan de la première Journée mondiale contre le sida, organisée le jeudi 1er décembre 1988, après que le principe en a été décidé en juin au cours du IVe Congrès international sur le sida à Stockholm…

Le monde entier mobilisé

Placée sous l’égide de l’OMS, cette journée doit symboliser les actions des associations, des particuliers et des pouvoirs publics dans le cadre de la lutte contre le sida, partout à travers le monde. Plus de 700 manifestations diverses sont prévues aux quatre coins de la planète. Des présidents, des premiers ministres, des ministres de la santé et de hautes personnalités prévoient des déclarations sur les radios et les télés. Réunions, colloques et forums sont organisés pour réfléchir sur le droit, l’éthique, les progrès scientifiques, la recherche, les modifications de comportement, les soins de santé, les rapports entre le sida et les domaines sociaux, médicaux et sanitaires… Et la journée est enfin consacrée aussi aux malades et aux séropositifs, ainsi qu’au souvenir des milliers d’hommes et de femmes emportés par la maladie.

Associations et médias en campagne

Paris participe bien sûr à l’événement, qui coïncide peu ou prou au quatrième anniversaire de l’association Aides. Une manifestation gaie se tient à 18h au Champ-de-Mars, sous la tour Eiffel, organisée entre autres par David et Jonathan, le Gage, Rando’s et HES, afin de signifier la réalité homosexuelle du sida. Libération, le Nouvel Observateur et le Quotidien de Paris lancent quant à eux la campagne « Le sida, j’en parle » : des pages de témoignages, dessins et poèmes sont affichées toute la journée au Trocadéro, sur l’esplanade des Droits de l’Homme.

De 13h à 22h, deux autobus prêtés par la RATP abritent des associations dans le quartier des Halles, l’un près de la fontaine des Innocents, l’autre sur le parvis de Beaubourg. L’Eglise Saint-Eustache, quant à elle, laisse ses portes ouvertes toutes la nuit du 1er au 2 décembre, pour accueillir une veillée œcuménique organisée conjointement par les catholiques, les protestants et les musulmans…

Prime time

Seuls quelques centaines de courageux se retrouvent au Trocadéro. Le ministre de la Santé, Claude Evin, n’a pas organisé la moindre manifestation…

Arcat-Sida tient un colloque « Sida : quels enjeux ? » au Centre Georges Pompidou, en présence de Jack Lang, alors ministre de la Culture. Et l’Association pour la prévention du sida collabore avec la Fondation Danièle Mitterrand pour une collecte de fonds dans les écoles destinée à l’achat de seringues et de préservatifs pour les pays africains… La radio Futur Génération propose une journée non-stop sur le sida, avec les interventions de Barbara, Daniel Defert, Line Renaud, Georges Sarre, Michèle Barzach… Et à 20h40, TF1 propose en prime-time une soirée « Vivre avec le sida », animée par Martine Allain-Régnault et Jean-Pierre Foucault, afin de porter le témoignage d’acteurs de la lutte et de malades, et d’informer le grand public, notamment les 15-25 ans…

Au final, le résultat de la journée sera mitigé. Seuls quelques centaines de courageux se retrouvent au Trocadéro. Le ministre de la Santé, Claude Evin, n’a pas organisé la moindre manifestation, se contentant d’assister à la soirée de TF1. Laquelle soirée fait néanmoins 23% d’audience. Mais le mouvement est lancé. Et surtout, la mobilisation et la couverture médiatique ont permis d’accroître la visibilité de la maladie et un certain rapport de proximité avec le grand public…