Dupont et Dupond, Laurel et Hardy… et Gilbert et George qui font indubitablement partie de ces couples, fictionnels ou pas, la frontière avec ces derniers étant sur ce point parfois floue, et qui de par leurs extravagances ou leurs œuvres sont devenus aussi identifiables qu’incontournables. Sur la scène de l’art contemporain les deux artistes britanniques, ils travaillent ensemble depuis leur rencontre en 1967, n’ont eu de cesse de se mettre en scène dans leurs productions, ils se définissent eux-mêmes comme des Living sculptures, c’est par la performance qu’ils ont commencé. Contrebalançant leur apparence de bourgeois, le couple apparaissant en public immanquablement en costumes et cravates quasi identiques, le propos de leurs œuvres aux dimensions souvent grandiloquentes, peut se faire parfois cru, souvent dérangeant, flirtant avec le mauvais goût et l’irrévérence, explorant des thématiques parfois underground. La série d’œuvres qu’expose la galerie Thaddaeus Ropac dans son espace de Pantin, n’échappe pas aux codes et façon de faire des deux artistes, des formats gigantesques (l’une des œuvres, Old Beard Ruin mesure plus de 23 mètres de long) des couleurs vives cernées de noir, comme les vitraux criards d’une cathédrale pop, et la mise en scène de leurs corps. C’est à un élément au combien symbolique qu’ils se sont intéressés dans cette nouvelle série, après le drapeau anglais (Jack Freak pictures en 2008), les petites annonces gay (New Horny pictures, 2001), les symboles religieux (Sonofagood pictures en 2005)… c’est à la barbe, la barbe des hipsters et des bobos tout autant que la barbe des saints et autres idoles religieuses « La plus célèbre barbe de l’histoire est celle de Jésus-Christ » clament-ils lors d’une interview donnée à l’AFP à l’occasion de cette exposition, symbolique d’une virilité sans fards, concentré surdosé de masculinité, et c’est sur ce double tableau que les artistes déroulent leur propos, dans leur Beard pictures ils apparaissent dans des images composées avec un évident sens de l’humour et de la dérision, regards hallucinés, figures écarlates et diaboliques et allures empruntées aux grotesques et autres figures ethniques, avec des barbes constitués de feuillages, de fleurs ou encore de mousse de bière… au milieu d’une végétation tout aussi luxuriante que stupéfiante, ou entourés de fils de fer barbelés. Leur travail est désormais devenu incontournable des grands musées et des foires d’art contemporain, et en 2017, ce sont des galeries du monde entier qui exposent les Beard Pictures. Preuve supplémentaire, s’il en fallait de la force de cette esthétique, en 2016 Jeremy Scott le directeur artistique de Moschino invite les artistes à collaborer à la collection de prêt-à-porter masculin de la marque, dans une collection nommée « Art for All » reprenant et exploitant ainsi le credo des deux artistes. Une autre sorte de consécration, c’est en 2005, qu’ils représentent leur pays, le Royaume-Uni, à la 51ème biennale d’art contemporain de Venise. Un catalogue publié par la galerie commémore le cinquantenaire de la collaboration des deux artistes et revient sur cette dernière production des Beard Pictures. Deux artistes qui ne font plus qu’un, ils déclarent d’ailleurs dans ce même entretien à l’AFP : « nous sommes deux individus, mais un seul artiste ».

Crédits photos

  • Green Beard (détail), Gilbert & George, 2016, Beard Pictures, galerie Thaddaeus Ropac © Gilbert & George
  • Bearwise, Gilbert & George, 2016, Beard Pictures, galerie Thaddaeus Ropac © Gilbert & George
  • Bearding, Gilbert & George, 2016, Beard Pictures, galerie Thaddaeus Ropac © Gilbert & George

Le livre

  • The Beard Pictures
  • Gilbert & George
  • Michael Bracewell
  • éd. Galerie Thaddaeus Ropac
  • (textes en anglais)
  • 15 €

 


L’exposition

The Beard Pictures


à voir aussi