Une biographie de plus sur le grand couturier ?

Ça aurait pu être une biographie de plus, consacrée à la carrière du couturier, après qu’en 1947, Christian Dior présente la première collection de sa maison de couture nouvellement fondée avec l’aide de l’industriel Marcel Boussac.

L’auteur, François-Olivier Rousseau a décidé de raconter le long parcours de celui qui cherchait sa voie et qui a exercé différents métiers loin de de l’univers de la Mode.

Quelle trajectoire que celle de cet enfant né à Granville, au bord de la Manche, au début du siècle dernier. Fils d’industriels locaux, créateurs entre autres de la fameuse lessive Saint-Marc et de l’eau de Javel Dior (on est loin des fragrances subtiles de la Haute Couture !), le jeune Christian est très attaché à sa chère maman.

Pilier du Bœuf sur le toit !

Il s’inscrira à Sciences Po pour lui faire plaisir, mais à Paris. Il fréquentera alors le lieu névralgique de tous les plaisirs d’alors, rendez-vous des artistes en devenir et des célébrités de l’époque, le Bœuf sur le Toit, aux relents d’avant-gardisme où l’on croise Cocteau, Max Jacob, et d’autres artistes phares des années folles.

Christian Dior, qui n’a pourtant encore fait ses preuves est adopté par la bande du Bœuf sur le Toit et en devient l’un des meneurs. Peu assidu à ses cours, il s’associe avec un homme d’affaires et ouvre une galerie dans le triangle d’Or des Champs-Elysées. Beau succès pour le jeune homme qui baigne alors dans l’avant-garde picturale qui célèbre Picasso, Dali…

Mais la grande crise arrive avec son lot de ruines, de catastrophes économiques et humaines. Un malheur arrivant rarement esseulé, on diagnostique une infection pulmonaire au jeune homme qui part au Pays Basque faire une cure. Là, allongé sur une chaise longue au soleil, il dessine ses premiers croquis de mode !

Puis il découvre Ibiza, encore pittoresque et peuplée de pêcheurs, où il séjournera dans la solitude et la précarité. Il y vivra sa première liaison avec un jeune paysan.

Entrer dans le monde de la couture par la petite porte

De retour à Paris, grâce à sa bande d’amis, il fait une incursion dans le milieu de la mode, en vendant quelques dessins à une modiste.
Il est ensuite engagé par Robert Piguet avant que la guerre n’éclate. Mobilisé, Il est affecté dans une ferme où il restera quelques temps avant d’être démobilisé puis de rejoindre la Riviera où se sont repliés les artistes connus…

Le New-Look, enfin

De fil en aiguille, toujours porté par l’émulation de ses amis, il ouvre sa propre maison, et va présenter cette fameuse collection révolutionnaire baptisée New-Look. Une grande figure de la mode est née.

On est très loin donc d’une biographie consacrée à une icône de la mode, réservée à un public de « fashionista » en manque. Ici, il arrive que le futur grand couturier mette les mains dans la terre et que ses ongles soient sales…  C’est donc le portrait avec quelques retouches d’un homme comme les autres, dont le destin sera pourtant hors du commun !

Pour devenir Christian Dior, il faut emprunter bien des chemins de traverse !

Cerise sur le gâteau, l’éditeur nous exonère du cahier central de clichés en noir et blanc, dont sont gratifiés tous les ouvrages biographiques sur les célébrités. Encore une preuve, qu’on est ici bien loin de la bio classique ! Ouf.

Devenir Christian Dior
François-Olivier Rousseau
Allary Editions