« Jadis notre nature n’était pas ce qu’elle est actuellement. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux comme aujourd’hui : le mâle, la femelle, et en plus de ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, dont elle était formée. » Le Banquet, Discours d’Aristophane, Platon

C’est sans aucun doute l’un des jeux préférés des créatifs, des artistes, auteurs, des grandes muses et autres personnages originaux, et ce depuis toujours, de Platon et de son mythe de l’Androgyne, des frasques de Philippe d’Orléans, dit « Monsieur » le frère de Louis XIV, du chevalier d’Éon hier, jusqu’aux femmes en smoking de Yves Saint Laurent pour l’automne-hiver 1966, peut-être la plus iconique des créations du couturier, mais aussi les hommes en jupe sur le podium de Jean-Paul Gaultier, les créatures ambiguës de Riccardo Tisci pour Givenchy, la campagne de publicité du prêt-à-porter féminin du printemps-été 2016 Louis Vuitton, et qui se choisit comme égérie Jaden Smith, le fils de l’acteur Will Smith, un jeune homme en robe shooté par Bruce Weber (photographe dont on parle ces derniers jours pour bien d’autres choses…), qui incarne bien là cet « gender fluid » qui a déferlé sur le monde. Pour la musique, de la figure du castrat jusqu’à Mick Jagger ou David Bowie, ils sont plusieurs à s’être essayé au décalage et parfois même à la transgression. Plus près de nous encore côté mode, les propositions baroques et flamboyantes d’Alessandro Michele chez Gucci qui semble s’être affranchi de cette démarcation entre le féminin et le masculin, le mannequin « neutral » Oslo Grace aperçu aussi bien sur les podiums des collections masculine que féminine, pour les collections du printemps-été 2018 déjà pour Gucci et à Milan, pour l’automne-hiver 2018-2019 sur le podium de Moschino. L’ambivalence, l’ambiguïté, le va et vient d’un immuable et permanent cheminement qui conduirait du masculin au féminin, ou l’inverse, constitue donc le terreau de nombre de réflexions artistico-stylistiques, interrogeant tour à tour une bien pensance et un ordonnancement dont certains ne voudrait dévier, bousculant les représentations codifiées et corsetées, redistribuant les cartes et déployant l’insolent éventail de la représentation des multiples attirances, que, là encore, certains ne voudrait qu’unique et immuable. Des artistes et des muses qui allégrement brassent les attributs et représentations de la virilité, de la masculinité, de la féminité, des genres et des codes, à la renverse, distillant doutes et interrogations, inventant et proposant de nouveaux êtres insaisissables… C’est sur toutes ces notions que Patrick Mauriès, déjà auteur d’un nombre pléthorique d’ouvrages disséquant la mode et le style, revient au travers d’un livre, à l’iconographie tout aussi soignée qu’abondante, où l’on voit bien que ces interrogations semblent avoir accompagnées nombre de mouvements et d’expressions artistiques, de la photographie de mode au cinéma, de la peinture à la culture pop…

Crédits photos

  • Twins Jay and Jed Johnson photographed June 8, 1970, photographie, Jack Mitchell, 1970 (détail)
  • toutes les photos sont extraites du livre « Androgyne, Une image de mode et sa mémoire », Patrick Mauriès, éd. Thames &Hudson

Le livre


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l’interview de l’auteur sur le site du magazine l’Express : https://www.lexpress.fr/tendances/mode-homme/l-androgyne-est-il-l-avenir-de-l-homme_1953849.html