Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. »

Pousser les portes de ce bar un peu louche, tourner le verrou de la chambre meublée de cet hôtel miteux, fureter, dans d’interlopes dédales, à la rencontre de ces garçons de joie, bourgeois et loubards, s’aventurer au plus près de ces marins et militaires qui se côtoient et s’enlacent, suivre dans une rue mal éclairée, presque dans l’obscurité, ces garçons qui se vendent. Une histoire secrète, une licencieuse introspection de l’amour tarifé entre hommes, là où se croisent souteneurs, clients et prostitués, dans des relents des vapeurs de hammams ou des remugles de vespasiennes aux murs ornés d’une littérature fleurie, là où prennent corps les mots et les visions de ces hommes qui semblent surgir des « Querelle » ou « Pompes funèbres » de Jean Genet, l’auteur rencontrera d’ailleurs, entre 1944 et 1945 Roland Caillaud, alors acteur de cinéma, et qui signe ses dessins érotiques d’une toile d’araignée, ces mêmes dessins, cachés, dont on aime imaginer qu’ils ont pu passer entre les mains de figures de premier plan de la scène artistique parisienne, Jean Cocteau, Jean Marais, Christian Bérard… Marins, légionnaires, libertins, travestis, dans une iconographie et des sujets abordés, qui semblent comme tracer les contours, comme une sorte de préhistoire, aux thématiques des travaux d’artistes comme Tom of Finland, ou plus proche de nous, les matelots et les « Jolis voyous » de Pierre et Gilles, ou encore la récente exploration historico-photographique des tasses de Marc Martin…

Ainsi, dans cette nouvelle exposition, aux courbes soignées et non dénuées de tendresses des dessins de Roland Caillaux (1905-1977), répondent les silhouettes nerveuses et les obsessions vivaces de l’allemand Ernst Hildebrand (1906-1991), l’accrochage mettant en effet, particulièrement en avant, deux importants ensembles de dessins de ces deux artistes, et qui sont pour la première fois reproduits dans le livre et proposés à la vente à la galerie.

crédits

  • Hammam El-Hatab, 1943, Roland Caillaux, mine de plomb, 32 x 24 cm (détail) © Galerie Au Bonheur du jour, Paris
  • couverture du livre « Garçons de joie » Marin coquin, 1943, Roland Caillaux, mine de plomb, mis en couleur par Alain Stoeffer, 32 x 94 cm © Galerie Au Bonheur du jour, Paris

le livre

Garçons de joie

  • textes de Nicole Canet et Marc Devimoy
  • préface de Frédéric Mitterrand
  • éd. Galerie Au Bonheur du Jour
  • édition limitée à 1000 exemplaires (numérotés à la main)
  • 352 pages
  • 290 illustrations
  • 79 €

l’exposition

Garçons de joie

  • du 21 février au 12 mai 2018
  • Galerie Au Bonheur du Jour
  • 1 rue Chabanais
  • 75002 Paris
  • tél +33 (0)1 42 96 58 64
  • du mardi au samedi, 14h30-19h00
  • www.aubonheurdujour.net