Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice

Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne.

Le roman

Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences faites aux femmes qui ont largement leur place dans ce roman restent malheureusement d’actualité.

Dans cette série, les livres ont tous en commun de ne pas être que des policiers. En effet, nous ne sommes pas seulement immergé-e-s dans l’enquête de Lauren, mais aussi dans sa vie personnelle et quotidienne de femme lesbienne new-yorkaise, fanatique du chocolat. Nous faisons donc la connaissance de sa compagne, de ses voisins et de ses ami-e-s, lesbiennes ou gays pour la plupart. Nous circulons dans les rues et cafés de Greenwich Village. Nous rencontrons la mère de Lauren, névrosée et alcoolique, et sa belle-mère qui, tout en se montrant amicale et en apparence ouverte, a du mal à placer les couples homosexuels au même niveau que les couples hétérosexuels.

Scoppettone ajoute à ce cocktail une pointe d’émotion et de réflexion plus sociologique en abordant le thème de l’épidémie du sida à travers l’histoire du beau-frère homosexuel de Lauren. Il ne faut pas oublier qu’en 1991, lorsque Tout ce qui est à toi est publié, l’épidémie bat son plein aux Etats Unis et que l’issue en est toujours fatale. La façon dont sont décrits les « fantômes » au regard hanté qui peuplent New York et en particulier son quartier gay, a quelque chose d’à la fois douloureux et angoissant. L’autrice en profite pour glisser au long de ses lignes une critique acerbe de l’administration Reagan, qui fut notoirement homophobe et pour le moins inactive concernant l’épidémie du sida. Elle semble l’accuser, à travers son héroïne, d’avoir considérablement augmenté les inégalités sociales aux Etats Unis.

Loin de faire de ce roman une énième sombre affaire de viol et de meurtre dans un contexte sordide, Scoppettone, en utilisant un humour parfois sarcastique mais souvent touchant, nous offre une histoire aux personnages attachants. Cette série fait surtout figure d’exception par la place qu’elle accorde au lesbianisme. L’existence même de romans policiers dans lesquels une lesbienne n’est ni la victime, ni la coupable, sans pour autant se cantonner à un personnage secondaire, méritait d’être signalée.