C’est un premier film déroutant que nous propose Bertand Mandico. Le genre de ses héros (cinq garçons de bonne famille, brutaux, meurtriers, embarqués pour un voyage initiatique…) y est mis à mal, comme un facteur inhérent à la trame fantastique de cette aventure. C’est une œuvre franchement « queer », une épopée mythologique futuriste, qui sort totalement des sentiers cinématographiques battus. que nous vous conseillons vivement.

Adossé à des références allant de Truffaut au gore, au film muet en noir et blanc, au fantastique avec effets spéciaux, aux films de pirates ou encore à Fassbinder, ce long métrage ne peut laisser indifférent d’un point de vue formel.

A l’abordage pour une découverte d’un nouveau genre !

Nous reproduisons cet entretien qui vous aidera à y voir plus clair et vous donnera certainement envie de voir cet ovni cinématographique !

Dans votre film, le protagoniste central, un scientifique devenue femme plaide pour une féminisation du monde pour le pacifier mais vous allez dans une direction encore plus ambigüe…

C’est une utopie naïve, cette idée de féminisation pour rendre les choses plus douces, une vision très 19ème siècle. C’est l’exploration de l’entre-deux qui m’intéresse, le moment où on évolue, s’adapte, on oscille… Cette idée s’est retrouvée dans la direction d’actrices : au début, elles étaient ravies de jouer les garçons, mais à un moment donné, elles voulaient laisser leur personnage au vestiaire, redevenir elles-mêmes en dehors du plateau – pour l’équipe, elles étaient les garçons en permanence… Au moment où les garçons deviennent femmes dans le récit et qu’elles doivent aguicher les marins, je me souviens leur avoir dit « vous êtes maintenant redevenues des filles, lâchez tout ». Et ce
qu’elles ont fait m’a semblé totalement faux. Cela m’a questionné et elles voyaient mon trouble, je leur avais donné une très mauvaise indication. Je leur ai demandé finalement de ne pas changer leur jeu : « vos personnages sont devenus des femmes mais jouez toujours comme les garçons que vous étiez ». C’était vraiment la clé de ces personnages que d’être dans un entre-deux.

Que ce soit dans la présence des fluides corporels ou la confusion des genres, vos courts métrages – et maintenant Les garçons sauvages – sont traversés par l’idée de fluidité…

C’est la mécanique organique vivante qui me motive, la communion de fluides, les fusions, les métamorphoses : les passages de frontières, les zones non marquées… Je travaille cela de façon obsessionnelle, inconsciente. Les garçons sauvages n’est pas un film à thèse, c’est plus de l’ordre de la pulsion : un luisant objet du désir. Mes idées me disent où je me trouve, mais elles ne m’indiquent pas où je vais.

Propos recueillis par Léo Soesanto

L’ensemble de l’entretien est à retrouver ici.