Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l’univers littéraire, il s’imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d’éclat, de scandales, de provocations… à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos.

Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif – ou l’inverse – surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d’une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart… tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l’adoubèrent, pendant que dans le même temps l’association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré.

Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l’association.

Les écrits de Dustan (moins d’une dizaine de textes d’autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu’il dirigea au sein de la maison d’édition aujourd’hui défunte Balland, ne furent pas, loin s’en faut, des succès de librairie, mais devinrent la danseuse de pacotille d’une intelligentsia parisienne à l’affût de nouveautés…

Nous ne jugerons donc pas ici les écrits du sieur Dustan, mais nous nous attarderons sur sa biographie publiée il y a peu, intitulée Dustan Superstar… signée par Raffael Enault.

Fruit d’une documentation prodigieuse et d’un engagement admirable de l’auteur, cette biographie retrace, sur le mode chronologique, les faits d’arme de Dustan. Une enfance dans une famille bourgeoise, des études brillantes qui le mèneront à l’ENA, une sexualité indéfinie mais le choix de privilégier l’hétérosexualité pour garantir sa réussite sociale, sa première expérience homosexuelle dans un jardin public puis l’addiction au sexe hard dans les backrooms, la découverte de sa séropositivité qui le plonge dans un profond désespoir, jusqu’à sa nomination à Tahiti où il vit une liaison avec un métisse sud-américain séropo. Sa décision de se mettre en longue maladie pour écrire, puis créer cette collection littéraire.

On découvre un personnage trouble, complexe, très névrosé et revanchard.

Le portrait n’est pas vraiment emballant, le personnage Dustan se dessine comme un mauvais génie. Passons.

Mais certaines prises de position de l’auteur, Raffaël Ernault, sont carrément ignobles et témoignent d’un parti-pris qui appelle une contradiction radicale. Quand il dit que le bareback est militant, quand il prétend que les zaps d’Act-Up (des actions médiatisées contre les laboratoires, les politiques…) équivalent peu ou prou à une fatwa, quand il assène qu’Act-Up était en perte de vitesse quand l’association s’est attaquée à Dustan… est-il dans l’objectivité ou dans une dénonciation malveillante ? Chacun trouvera la réponse…

Au moment où 120 battements par minute le long métrage de Robin Campillo rend un hommage vibrant à l’association de lutte contre le sida, cette biographie résonne comme un brûlot à charge. Dommage, car encore une fois, Raffaël Enault a fourni un travail considérable…

Dustan Superstar,
Raffaël Eynault
Robert Laffont