Dans la mise à nu, son dernier roman, Jean-Philippe Blondel dont on avait adoré Une saison à Paris, raconte les retrouvailles entre un professeur d’anglais en fin de carrière et un des ses élèves devenu peintre.

Jean-Philippe Blondel explore dans ses livres les relations intimes qui se créent entre des personnages ayant des parcours très éloignés, et qui bouleversent leur vie.

Et même s’il s’en défend dans l’interview qui suit, il crée des caractères d’homosexuels qui ont un rôle important voire crucial dans la suite de l’intrigue.

Rencontre avec un auteur secret peu bavard mais dont les romans sont des joyaux…

Jean-Philippe Blondel

Hugues Demeusy : Dans la mise à nu, un vieux professeur d’anglais retrouve un de ses anciens élèves devenu peintre à succès. Ils vont vivre une expérience extraordinaire ?

Jean-Philippe Blondel : Oui, ils vont entreprendre une expérience peu commune – le professeur va devenir le modèle de son ancien élève et poser pour lui. Ce tête à tête va les obliger à se regarder, à se considérer, à se jauger et à dévoiler des pans de leurs passés – et également à comprendre la demande du peintre.

On a le sentiment que la confrontation de votre personnage identifié comme hétérosexuel va entraîner sa remise en cause, cela par la relation qu’il va entretenir avec son élève, lui, homosexuel ?

L’altérité, c’est aussi ça: avoir des orientations différentes. Louis Claret, l’ex-professeur, va être confronté à cette altérité – et pas seulement en passant, mais en posant, pendant des heures. Il y a de quoi déstabiliser et remettre en perspective. Louis va en apprendre davantage sur Alexandre Laudin, le peintre, et cela va éclairer son existence d’une façon différente.

En fait, c’est un peu comme si le personnage homosexuel avaient une influence « positive » sur son professeur, qu’il lui ouvrait les yeux sur ce qu’il ne voulait pas voir ?

On apprend sans cesse les uns des autres. On s’enrichit de l’expérience des autres, surtout lorsqu’ils se situent loin de notre propre champ d’expériences, qu’ils viennent de continents différents, qu’ils aient des idées différentes des nôtres, ou une orientation sexuelle différente. C’est ce que dit Claret, à un moment : Claret croit en l’autre, en ce qu’il nous apporte et donc, bien sûr, l’altérité a une influence positive sur lui, comme sur tout être humain qui l’accepte.

Avez-vous vous même eu une expérience de ce type ?

Non. Mais j’aime énormément la peinture et j’ai beaucoup pensé à David Hockney en écrivant ce livre. A Lucian Freud aussi. Et à Bacon.

Les caractères homosexuels sont récurrents dans vos romans ? Qu’apportent-ils ? Servent-ils de ressorts romanesques ou sont-ils plus que cela ?

En fait, je ne me dis pas « tiens, je vais créer un personnage homosexuel ». Je suis plutôt pour le droit à l’indifférence – que l’orientation sexuelle ne soit pas un sujet pertinent, point, on aime qui on veut et c’est tout. On ne poserait pas la même question sur les personnages hétérosexuels et je rêve d’un moment où cette question ne sera plus posée (désolé !)


La mise à nu
Jean-Philippe Blondel
Buchet Chastel