À l’origine de ce film, il y a l’histoire de votre demi-frère, de sa transition, de ses opérations. Et pourtant le film déjoue tous les pièges redoutés du documentaire…

Le documentaire n’est pas mon genre de prédilection. J’en produis mais, en tant que réalisateur, j’ai besoin de passer par la fiction qui est pour moi une métaphore du réel et une digestion de la réalité. C’est une manière de regarder en arrière. Quand Coby, mon demi-frère, a amorcé sa transition en 2010, il m’a demandé de faire un film sur cette période de sa vie. À l’époque il avait déjà posté ses vidéos sur Youtube et je savais qu’il y aurait cette matière première et pourtant, j’’hésitais. Je ne savais vraiment pas quoi faire de tout cela. Je redoutais ce cinéma du réel qui consistait à suivre quelqu’un, à filmer toutes ces étapes plus ou moins dramatiques. Donc j’ai décliné la proposition. et puis cinq ans plus tard, après avoir suivi de loin son évolution – puisque je vis en France et lui aux Etats-Unis -, après avoir vu ce qui se passait, les répercussions sur le cercle familial, j’ai eu a sensation de pouvoir justement arriver à la fiction. J’avais enfin cette digestion dont je parlais précédemment. Du coup c’est moi qui ai initié le projet.

Quelle était alors l’idée directrice de votre approche ?

Le cinéaste doit avoir un regard. Je ne voulais surtout pas tomber dans le piège du « spectacle » de la condition humaine. Mettre en scène la souffrance. J’avais le sentiment que ce parcours intime avait transcendé toute cette famille. Depuis que Coby a fait sa transition, il y a quelque chose qui circule mieux dans cette famille. Il a libéré une énergie.

C’est votre famille, cela vous confère donc une proximité mais aussi une responsabilité. Comment avez-vous géré cela sur un plan artistique ?

Cette proximité a été un frein. Je me sentais trop proche de cette histoire et je redoutais un film familial. Mais c’est devenu un avantage. Car cette proximité m’a donné de la légitimité auprès de mes interlocuteurs et m’a sans doute permis de trouver plus aisément de l’argent pour faire le film. et puis quand nous sommes arrivés sur place avec Georgi Lazarevski – un complice de toujours qui prend en charge l’image alors que je m’occupe du son – j’ai découvert en filmant des enjeux auxquels je n’avais pas pensé. et le fait que ce soit moi qui tienne la caméra a provoqué quelque chose que n’aurait pas généré de la même manière un cinéaste extérieur…

Entretien réalisé pour le Dossier de Presse du documentaire. Pour lire la suite, http://www.epicentrefilms.com/fichier/206/dossier_de_presse.pdf

Documentaire en salle le 28 mars 2018.
Distribution Epicentre Films