Des initiatives porteuses d’espoir dans une Pologne peu favorable aux droits LGBTQI

Lors de la soirée d’inauguration, Adam Bodnar, qui a les fonctions de ‘Défenseur des droits’ en Pologne, détaillait et déplorait les discriminations touchant les LGBTQI en Pologne. Il dénonçait également avec force les récents projets de modifications de la constitution visant à soumettre le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif, tout comme les projets de loi limitant les droits des femmes notamment en matière d’avortement.

A Chaber, de l’association KPH (Campagne Contre l’Homophobie), principale association LGBTQI polonaise, indiquait le lendemain en séance d’ouverture que la politique très conservatrice du gouvernement polonais dominé par le parti Droit et Justice (PiS) de Jarosław Kaczyński, avait motivé la volonté de son association d’accueillir la conférence de l’Ilga Europe à Varsovie.

Lors de cette même plénière, Urszula Kuczynska, co-organisatrice de la Marche noire (Black Protest), a partagé son combat féministe qui a vu des dizaines de milliers de femmes polonaises vêtues de noir protester à l’automne 2016 contre un projet de loi à l’initiative des organisations « pro-vie » , visant à interdire complétement l’avortement, y compris en cas de viol, de grossesse, menaçant la vie de la femme enceinte ou de graves pathologies constatées sur le fœtus.

Dans un contexte national difficile, toutes ces voix de protestation sont l’illustration d’une société civile en mouvement et donnait de l’espoir aux militant-e-s associatifs LGBTQI réunis à Varsovie.

Une visibilité et une structuration accrues du mouvement intersexe européen

Les représentant-e-s d’associations intersexes étaient nombreu-s-e-s à la conférence, notamment membres de l’Organisation Internationale intersexe (OII Europe) et notons que Loé Lis représentait pour la France le Collectif Intersexe et Allié-e-s .

Lors d’un atelier dédié, le rapporteur général sur les droits des personnes LGBTI du Conseil de l’Europe, Piet de Bruyn, a parlé de la résolution pour ‘Promouvoir les droits humains et éliminer les discriminations à l’égard des personnes intersexes’, adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en octobre 2017. Cette résolution du Conseil de l’Europe aborde en 8 points et de façon pédagogique les principales revendications des associations intersexes en particulier l’interdiction des actes chirurgicaux de « normalisation sexuelle » sans nécessité médicale ainsi que les stérilisations et autres traitements pratiqués sur les enfants intersexes sans leur consentement éclairé.

Le Conseil de l’Europe invite les parlements nationaux à œuvrer activement, avec la participation des personnes intersexes et leurs organisations représentatives, pour traduire dans les faits les recommandations de la Résolution européenne. Espérons que les Parlementaires français seront -rapidement – à l’œuvre sur le sujet.

Le mouvement lesbien en force après le succès reconnu de l’European Lesbian Conference

A Varsovie, l’initiative de la tenue à Vienne de la 1ère Conférence lesbienne européenne (ELC) en octobre 2017 avec près de 400 participantes a été saluée.  L’ELC représente un événement complémentaire des conférences généralistes comme celles de l’ILGA Europe permettant d’aborder plus en détail des problématiques rencontrées plus spécifiquement par les lesbiennes.

La question de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) qui est une revendication forte des associations LGTQI françaises en particulier du Centre Lesbien Gai Bi & Trans de Paris Ile-de-France, de l’Inter-LGBT,  et de l’Association des Parents e futurs Parents gays et Lesbiens (APGL), toutes trois présentes à Varsovie, était bien sûr à l’agenda tant à Vienne qu’à Varsovie.

L’activiste féministe et lesbienne française, Alice COFFIN, présente à Varsovie, et cofondatrice de l’ELC espère que la prochaine édition de l’ELC pourra se tenir en 2019, date à laquelle –espérons-le – la PMA sera ouverte à toutes les femmes en France.

Les travailleurs du sexe LGBTQI prennent la parole

Parmi les sujets sur le devant de la scène à la conférence de l’ILGA Europe, figurait la question des droits des travailleurs/euses du sexe LGBTQI.

De nombreux/euses membres de l’International Committee on the Rights of Sex workers in Europe  (ICRSE) ont participé au débat et animé un atelier.

L’ILGA Europe est aussi en cours de réflexion sur une meilleure prise en compte des droits des travailleurs/euses du sexe LGBTQI.

Des activistes et travailleurs/euses du sexe, parmi lesquels les Français membres du STRASS, Thierry Schafauser et Marianne Chargois, ont même animé une soirée Performances intégrant des courts métrages documentaires faisant état des conditions de vie souvent difficiles des travailleurs/euses du sexe du monde entier.

Réfugiées LGTQI et ouverture de l’ILGA Europe sur l’Asie Centrale

La question des réfugié-e-s LGBTQI était également très présente à Varsovie en séance plénière et en ateliers, avec la présence par exemple de plusieurs réfugiés tchétchènes et de  l’Association française pour la Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et transsexuelles à l’Immigration et au Séjour (ARDHIS).

En effet, de plus en plus d’associations LGBTQI européennes généralistes y compris dans des villes moyennes d’Europe viennent en aide aux réfugié-e-s LGBTQI et essaient de se former pour mieux les accueillir notamment en nouant des partenariats avec des associations d’asile non-LGBTQI.

Notons aussi que l’ILGA Europe a accepté d’accueillir officiellement en son sein des associations LGBTQI d’Asie centrale notamment du Kirghizistan, du Kazakhstan, et du Tadjikistan.

En effet, la situation LGBTQI dans ces pays de l’ex-URSS est malheureusement assez proche de celle rencontrée en Russie (qui relève de l’ILGA Europe), et le russe restant souvent une langue commune, les associations de ces pays trouvaient mal leur place au sein d’ILGA Asia et souhaitaient stratégiquement rejoindre l’ILGA Europe, ce qui a donc été entériné.

Enfin, sachez que si la conférence de l’ILGA Europe de l’automne 2019 se tiendra à Prague, celle de l’an prochain se tiendra en octobre 2018 à Bruxelles, avec la volonté de peser sur les élections européennes de mai 2019.

Espérons en effet que les futures institutions européennes continueront à soutenir les droits des personnes LGBTQI et à inciter les Parlements nationaux à œuvrer en ce domaine.