Avant même l’élection de François Mitterrand à l’Elysée, l’année 1981 est marquée par le premier défilé d’envergure, l’ancêtre des Gay Prides qui seront organisées par la suite. Le samedi 4 avril se tient à Paris la « Marche Nationale pour les Droits des Homosexuels et des Lesbiennes ».

Cet événement est organisé par le CUARH, né en juillet 79, durant la première Université d’Eté Homosexuelle de Marseille. Alors que la gauche a enfin la possibilité d’arriver au pouvoir, la coordination a décidé de s’affirmer comme une force avec laquelle les politiques devront désormais compter. Une candidature homosexuelle a d’abord été envisagée, mais il se serait agi d’une simple opération médiatique, qui n’aurait pas obtenu les 500 parrainages requis. Le CUARH a donc finalement opté pour une démonstration publique, en appui à une lettre ouverte à tous les candidats et candidates. Les revendications sont claires : l’abrogation de l’article 331 aliéna 3 du Code Pénal ; l’extension à l’orientation sexuelle des lois contre le racisme ; la dissolution du groupe de contrôle des homosexuels de la préfecture de police. En bref, lutter pour les droits et libertés des homosexuel(le)s.

Les préparatifs ont été intenses. 20 000 affiches ont été placardées dans la plupart des villes de France. 20 000 dépliants ont été mis à disposition dans les lieux commerciaux homos. 100 000 tracts ont aussi été distribués dans les gares, métros et centres commerciaux, à destination du grand public. Des cars ont été réservés en province pour venir grossir les rangs parisiens. Au total, 150 000 francs sont investis dans l’opération. Un appel financier a bien été lancé auprès des propriétaires de bars et boîtes gais. En vain.

Le jour J, la marche est un succès. L’objectif, fixé à 10 000 participants, est atteint. Le parcours part à 15 h de la place Maubert. Au-delà des militants impliqués de longue date, habitués à défiler localement chaque année dans des manifestations de bien moindre ampleur, la marche du 4 avril est parvenue à mobiliser les homos et lesbiennes citoyens, mais même quelques cuirs. Tout le monde ou presque s’est finalement déplacé pour soutenir l’initiative du CUARH en faveur des droits ! Après un crochet par Bastille, les premières lignes arrivent 2 h plus tard sur le plateau Beaubourg, où un meeting est organisé. Et le soir, les festivités se poursuivent à la Mutualité, avec Juliette Gréco en invitée d’honneur.

Dès le lendemain, la presse parle de cette « manifestation à l’américaine ». Certes, peu de journaux ont envoyé des journalistes sur place et la plupart relaient juste la dépêche de l’AFP. Mais certains quotidiens régionaux publient malgré tout quelques photos. L’occasion aussi pour certains médias de se laisser aller. La palme revient au Méridional, à Marseille, qui parle de « fête de la pédale triomphante » et de « grande manifestation exhibitionniste ». Ou au Quotidien de Paris qui n’a vu dans l’événement que de prétendus clones sortis d’un ghetto imaginaire, et disserte carrément sur « un état psychique défaillant ». Mais qu’importe. En 1981 comme en 2013, une certaine presse peut bien en faire des tonnes ; les lesbiennes et les homosexuels parviennent malgré tout à se mobiliser quand il s’agit de la lutte pour leurs droits. Et marquent l’histoire contemporaine quand leur place dans la société est en jeu…