À Corbeau

 

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Cheveux courts, l’air androgyne, elle capture mon regard aussitôt que j’entre dans le bar.

Elle s’assoit toute seule, dans un coin, avec un verre de mojito dans la main. Ses yeux brillent d’un vert frais, comme les feuilles de menthe. La flamme tremblante de la bougie projette une lumière tamisée sur son visage. Elle a l’air d’attendre quelqu’un, ou quelque chose.

Toutes les autres filles se fondent dans le décor.

 

 

Je vais vers elle. On commence à papoter. Elle raconte ses relations avec des hommes et des femmes. Elle est actuellement en couple avec un homme bisexuel, qui a de temps en temps envie d’être pris par une femme en gode-ceinture. Ce jeu d’inversion de rôles lui plaît.

« Mais, » ajoute-t-elle, « ça n’a rien à voir avec le plaisir entre femmes … une femme, c’est un corps de douceur absolue. Le corps d’une femme, c’est un corps plein de collines et de vallées. Tu caresses le corps d’une femme comme tu caresses du regard un paysage de Normandie. »

Elle me regarde. Ses doigts effleurent mon poignet. « Samedi soir, je vais aller à une soirée fétichiste en croisière sur la Seine. Tu viens ? »

Je lui dis que malheureusement je n’ai pas de vêtement sexy.

« Ce n’est pas compliqué. Tu viens chez moi et je te prête quelque chose pour t’habiller. On pourrait aussi prendre un verre avant de partir. »

J’accepte son invitation.

Deux heures avant la soirée, j’arrive chez elle. Elle vient ouvrir la porte avec un pantalon cuir noir, très serré, qui montre parfaitement les rondeurs fermes et sensuelles de ses fesses. Cela fait palpiter mon cœur.

Elle me donne une robe rouge en latex, et me propose de me changer dans sa chambre.

Sur le mur de sa chambre, un tableau de Marie Laurencin « Les biches ». L’alliance entre le monde féminin et le monde animal crée une ambiance étrange et mystérieuse.

 

Marie Laurencin, « Les biches », 1923

 

À côté de son lit, j’aperçois un coffret entrouvert. Par curiosité, je l’ouvre. Je découvre une panoplie de jouets sexuels : des vibromasseurs, des fouets en cuir, des menottes, des pinces à tétons …

Je suis tellement absorbée que je n’entends pas qu’elle se glisse derrière moi et passe ses bras autour de mon cou.

« Il pleut, » elle me murmure à l’oreille, « tu veux encore sortir ? Je t’ai préparée un mojito très corsé. »