Hugues DEMEUSY : Bonjour Tazzio, comment es-tu venu à la photo ?

Tazzio Paris : Par le biais du dessin, à travers mon goût pour les visages. J’ai commencé à utiliser une caméra pour étudier les expressions et la mobilité des traits. Je voulais réaliser une série d’animation dont j’avais écrit le scénario et m’inspirer de vrais visages. Le projet n’a pas abouti et je suis passé à la photo, moins onéreuse à produire qu’un film.

Les garçons et les filles dont tu captes la présence ont-ils quelque chose à part ?

C’est leur capacité à provoquer chez moi le désir de vivre un moment de partage, hors du temps… qui me fascine. Pour le temps d’un shooting. Certains modèles sont créatifs, c’est stimulant. J’aime bien improviser et expérimenter. Parfois avec des matières, de la couleur ou des accessoires.
Les raisons qui poussent les modèles à poser sont très diverses, aussi, je prends le temps d’échanger, ça conditionne la façon dont se déroule la prise de vue. Il arrive que la complicité se prolonge au delà du premier shooting. Je photographie certains modèles depuis presque dix ans.

Comment les rencontres-tu ?

Les réseaux sociaux sont une manne qui semble inépuisable en matière de visages nouveaux et je m’en sers. J’essaye de voir au-delà de l’image que chacun s’applique à mettre en scène

Mais je privilégie les rencontres inopinées, dans la vraie vie, au-détour d’un couloir de métro, dans un bar… partout… Il arrive aussi que ce soit le modèle qui me sollicite et cela peut réserver d’heureuses surprises.

Emmènes-tu tes modèles dans ton univers ou t’inspires-tu du leur ?

Pour être franc, je préfère les détourner de leur univers. Ce que montrent les modèles m’intéresse, mais cela n’interfère jamais directement dans mes réalisations. Le plus souvent, ils vont incarner des personnages que nous construisons ensemble ou que je plaque sur eux et qu’ils acceptent d’endosser le temps du shooting.

Ambiguité, identité, genres… ces mots te parlent ?

Oui. Par essence, la photographie est un médium ambigu. Je ne crois pas en une objectivité photographique. Je me sens libre de travestir, transfigurer ou de tenter de sublimer la réalité. Il y a cette phrase de Duane Michals « Photographier la réalité, c’est photographier le néant ». Je vois la photographie comme une intime réalité.

Pour ce qui est de l’identité ou du genre, ces mots relèvent d’une terminologie trop administrative. J’espère un monde où tout un chacun ira où bon lui semble, nu, en collant, en jupe ou en pantalon!

Vers quel horizon voudrais-tu te diriger ?

J’expose en ce moment la pochette de « Gold In The Ashes » à New York suite à l’invitation de la photographe Jessica de Vreeze et j’aimerais bien poursuivre une collaboration avec elle aux Etats Unis.

Je suis dans une phase où je reconsidère mon approche photographique. Je devrais même dire « radicalement » ! Le formatage visuel engendré par les réseaux sociaux me plonge parfois dans un sentiment « d’aquoibonisme ». Dans quelle mesure la chasse aux clics influence-t-elle notre travail ? Faut-il faire le choix de renoncer à ces outils de diffusion quand on est photographe, ou au contraire concevoir une production spécifique pour ces médias ? Voilà quelques-unes des questions que je me pose. Je réfléchis à la façon de développer une idée de série qui devrait m’entraîner sur une voie tout à fait nouvelle pour moi. Un projet assez peu « Instagramable », plutôt destiné à être vu en galerie…

Où peut-on voir ton travail ?
Hugues Demeusy
Grenoblois d'origine, je viens à Paris pour vivre ma vie et apprendre la publicité. Je travaillerai dans la communication jusqu'à ce que ma vie soit bouleversée par le sida en 94. Depuis, je m'adonne avec frénésie à mes passions : la littérature, le cinéma, l'écriture, la mer.... J'ai découvert le Centre LGBT rue Keller en 2001 !