Elle prend la voix

S’achèvent les autres feux
S’immolent les costumes

La première danse chavire
Isolée au centre des fauteuils

Elle résonne noir
Ils pensent blanc

Elle prend la voix
Isolée dans les tentures
Détournée de sa migration
Suppliant leur amour

Répond le vide
Sans terre
Racines dures et formées

Le grand escalier s’éloigne
Les mots flottent comme des bouées

Vous n’étiez pas au rendez-vous
Mais elle attend

Ici même
Pas encore de voyage
Elle déjà derrière
Eux toujours devant
L’illusion du mimosa
Et des îles bétonnées
Aux assassins blonds d’amour

Pas tout de suite voûtée
Devenue centaines
Par milliers d’écume
Elle s’envole contre les barreaux
Jusqu’à l’arbre pigeon vole
Et s’envole

Elle a avalé nos violences
Pour les changer en berlingots
Nous tendions nos paniers d’osier
Elle posait tout dedans
Novembre veillait
Avions-nous compris cette méchante lueur

Le temps d’y réfléchir
Elle s’est évanouie
Même pas à Marienbad

Ses plus belles insomnies
Le temps qui joue au démonteur
Que de fruits comestibles
Croqués près des pépins

Nous
Nos bouches désespérées
Repues dès qu’elle chantait

Nous étions vénéneux
Avec nos airs de piller ses Lunes
Elle s’est effrayée

Nous étions enfin là
Nos respirations sentaient l’ivresse
La joie s’est installée
Tremblante dans son jardin

Elle parlait d’amour
Comme à chaque fois

L’aigle buvait la pluie
Elle s’est couchée entre ses griffes
Il lui donne l’enfance
Hors-la-loi parmi la guerre

Photo de Martine Roffinella

Elle y revient
Rémusat éteint sa lampe
En y regardant bien
Les cerisiers continuent de fleurir
Entre jardin de pierre et mousse furtive

Endormie
Pantin poudre sa révérence
Nous trépignons
Elle nous pardonne
De Göttingen ou d’ailleurs

Elle a gardé sa dentelle
Brodée des meilleurs mots
Nous voilà blessés
Qu’aurions-nous pu lui arracher
De cet âge tendre jamais fané

La photo est bonne
Quel besoin d’y revenir
Puisque la scène double ses mains
Comme une transparence ouverte

Y’a un arbre
Et puis une dune en croisillon
Troublée d’oiseaux de septembre
Plus loin qu’ils le disent
Plus loin que le bruit des cisailles
Contre les plumes différentes

Les autres
Le mur
Et puis pas de mur
Et puis pas de secret
Voir les autres
C’est elle
A l’abri de nos mains
Dame de nos couplets
Brune de nos élans

Africaine des amours
Gitane des partages
Rien ne lui est dû
Pourtant nous lui devons tout

Qui peut s’arrêter
Se poser sous son œil
Rester
S’éterniser
Racler sa longue échine
Jusqu’au piège de l’inceste

Nous n’avons pas confiance
Elle part sous l’arbre
Ses pleurs contre l’écorce
Ses chagrins au puits
Qu’il ne faut jamais remuer

Elle est venue ici
Désormais nous devant