Le 2 octobre 1985, Rock Hudson meurt à Los Angeles, à l’âge de 59 ans. Un choc immense se propage immédiatement dans le monde entier. Parce que cet icône du Hollywood des années 50, ce beau mec qui faisait tomber les filles, ce républicain conservateur, a révélé deux mois plus tôt qu’il était gay, et atteint du sida. Il incarne à jamais la première victime people connue de tous (Klaus Nomi, disparu dès septembre 83, a ouvert le bal, mais reste moins connu du grand public)…

Le 25 juillet, donc, Rock Hudson a fini par sortir du placard, à l’occasion d’une interview accordée au journaliste Taryn O’Connor. Il a avoué être atteint par cette terrible maladie, qui commence tout juste à faire des ravages, et pour laquelle n’existe encore aucun traitement. L’acteur n’y cache pas qu’il ne pèse plus que 55 kilos et se décrit comme « une épave à la dérive ». Une vraie confession, où il parle de sa vie comme d’un péché à expier : « Je suis sincèrement désolé pour l’inquiétude et le mal que j’ai pu communiquer. Le remords et l’amertume me rongent depuis longtemps, je paie cher le péché d’orgueil qui m’a conduit à cacher mon cauchemar » ! Une vie privée qu’il a toujours jusqu’à présent tue coûte que coûte, conscient que révéler son homosexualité alors qu’il était en pleine gloire lui aurait brutalement fermé les portes de tous les studios. Dans la foulée, il raconte aussi à sa biographe Sara Davidson tous les détails de sa vie passée, l’obligation de tout maîtriser pour ne rien laisser présager, les doubles lignes téléphoniques, les photographes qu’il faut éviter à tout prix…

Mais aujourd’hui, alors que la fin est proche, il est temps pour lui de mettre ses affaires en ordre, de faire le point sur sa vie, d’être vrai. En 1985, cette double révélation fait l’effet d’une bombe ! Les médias se focalisent bien sûr sur le sida, et l’homosexualité de l’acteur passe finalement au second plan. En France par exemple, seuls Libération et Le Monde la relatent…

Taza, fils de Cochise (1954)

Après un dernier séjour à Paris, l’acteur rentre définitivement à Los Angeles. Aucune compagnie n’acceptant de le transporter, son équipe est contrainte de louer un 747 privé pour traverser l’Atlantique ! Et finalement Rock Hudson disparaît dès le 2 octobre. Selon ses dernières volontés, une grande réception d’hommage est donnée à son domicile le 19 octobre, réunissant plus de 300 personnes, supervisée par son amie Liz Taylor. Le lendemain, seuls 35 invités proches partent en mer disperser les cendres du disparu.

La tempête médiatique ne s’arrête pas après ces obsèques. En janvier 1986, l’actrice Linda Evans annonce qu’elle va subir des examens sanguins pour voir si elle n’a pas été contaminée. En 1985, elle était en effet la partenaire de Rock Hudson dans le feuilleton Dynasty, et avait dû échanger un baiser à l’écran avec lui, sans savoir qu’il était atteint du sida. Bien sûr, le test se révèlera négatif et « Krystle » passera à autre chose…

Rock Hudson, 1976

Mais c’est surtout un jeune inconnu de 31 ans qui va défrayer la chronique. Dès le mois de novembre 85, Marc Christian explique qu’il a été le dernier compagnon de Rock Hudson, avec lequel il vivait depuis 2 ans. Et il réclame pas moins de 10 millions de dollars de dommages et intérêts à son exécuteur testamentaire, alors que l’acteur a légué la totalité de sa fortune à une fondation. Ce dernier en effet lui aurait caché sa maladie, maladie qu’il n’aurait finalement apprise qu’en juillet, suite au fameux interview-révélation. Pour lui, les secrets de Rock Hudson n’étaient pas moins qu’une tentative de meurtre ! Dès lors, Marc Christian enchaîne les interviews, à la télé et dans la presse, aux Etats-Unis et en Europe.

L’affaire durera encore plusieurs mois, jusqu’à ce que, le 17 février 1989, le tribunal de Los Angeles donne finalement raison au plaignant, allant même bien au-delà de ses attentes. Après que le procès a étalé au grand jour la vie du couple, ses manies, ses querelles, sa vie sexuelle, Marc Christian se voit finalement attribuer la somme de 21,75 millions de dollars, en compensation de sa « souffrance morale » (entre temps, ses tests de dépistage du sida se sont révélés négatifs) ! A 10 voix contre 2, le jury estime « scandaleuse » la conduite de l’acteur disparu. Le jeune homme profitera encore quelque temps de cette décision pour relancer son exposition médiatique, enchaînera à nouveau les plateaux télé (en France, il choisira l’émission « Stars à la barre » sur Antenne 2), avant de retomber dans l’anonymat…

Sources : Gai Pied Hebdo n°189 (12 octobre 1985), n° 202 (11 janvier 1986), n°211 (15 mars 1986), n°239 (11 octobre 1986), n°358 (23 février 1989)…