Ouvrons tout d’abord la biographie « officielle » du Grand-Couturier, la version définitive de celle qui, peut se targuer du titre de biographe en chef du Maître : Laurence Bénaïm. Déjà édité à plusieurs reprises, ce pavé de presque 700 pages est la référence ultime pour découvrir Saint Laurent, suivre sa carrière… ses amours, ses amitiés… bref pour être incollable sur tout l’univers Saint-Laurent. C’est aussi le portrait d’une époque qui couvrent plusieurs décennies, marquées par de profonds bouleversements économiques, sociologiques et dans les mœurs, qu’accompagne voir anticipe les collections haute-couture, le prêt à porter, les parfums, les produits dérivés Yves Saint Laurent. Souvent précurseur, souvent copié, le style Saint Laurent se conjugue à une existence douloureuse, à une personnalité complexe, autodestructrice, qui est largement évoquée par l’auteur.

Laurence Benaïm compose une biographie exhaustive, abordable, pointue certes mais pas du tout réservée aux modeux, qui pourrait se dévorer comme un polar, même si son poids est parfois un handicap pour la lecture dans le métro ! (c’est du vécu)…

Le deuxième livre qui enrichit notre connaissance de Saint-Laurent, c’est la biographie de Pierre Bergé, le compagnon, le duéttiste, le pygmalion de Saint Laurent. Elle est signée de l’ancien avocat Yann Kerleau qui travailla dans le luxe, chez Gucci et Saint Laurent, avant de se consacrer à la littérature. Il a donc vécu ‘de l’intérieur », l’entreprise Saint Laurent ; c’est avec un regard d’homme d’affaires et de financier qu’il transcrit la trajectoire exceptionnelle de cet ambitieux aventurier qui infiltrera la haute société parisienne. Média, couture, politique… il n’aura de cesse d’imprimer son nom et d’entreprendre de nouvelles aventures, comme s’il voulait défier ses contemporains et être partout le meilleur. Sa vie privée et sentimentale, étroitement imbriquée avec les affaires, est largement traitée dans cette biographie qu’on pourrait qualifier d’à charge, parce que l’auteur ne cherche pas à justifier les stratégies parfois démoniaques mises en œuvre par Bergé.

On est ici assez proche du portrait fait par le cinéaste Bertrand Bonnello dans son film Saint Laurent, qui « trahissait » Pierre Bergé, en montrant les manigances de l’homme d’affaires.

Le « meilleur », le plus personnel, le plut touchant, c’est sans aucun doute, le roman de Marianne Vic, la nièce de Saint Laurent, intitulée magnifiquement Rien de ce qui est humain n’est honteux ! Outre que le titre devrait être adopté par tous les psychanalystes, ce livre singulier, magnifiquement écrit, aborde de front la malédiction familiale qui pèse sur la famille Mathieu Saint Laurent. Les femmes de cette caste sont en effet victimes de viols… C’est en tout cas le cas de la mère de Saint-Laurent, et de celle de Marianne Vic, la sœur du grand couturier. On imagine le traumatisme vécu par ses enfants non désirés, nés d’un viol donc. Marianne analyse les méandres de sa vie, marquée par la relation complexe à sa mère, qu’i n’en a que le nom… et nous éclaire sur la névrose d’Yves qui éprouve un amour/haine pour cette mère, presqu’une honte indicible pour cette femme qu’il vénère et déteste tout à la fois… Ses collections parlent pour lui et on y retrouve, suivant l’analyse de Vic, les marques et les stigmates de cette relation toxique.

Yves Saint Laurent
Laurence Benaïm
Grasset


Pierre Bergé sous toutes les couture
Yann Kerleau
Albin Michel


Rien de ce qui est humain n’est honteux
Marianne Vic
Fayard

et en bonus une archive de 1971 :
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