Ca pourrait être la signature de ce premier film d’un jeune réalisateur istraélien prometteur, qui réussit la prouesse d’évoquer le choc des cultures, le poids des religions et des traditions avec douceur, nuances, et tendresse, si bien que le conflit qui pourrait être frontal demeure suggeré… mais avec une réserve cependant concernant l’orientation sexuelle « élastique » du héros !

Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour son métier. Mais Oren meurt dans un accident de voiture, Thomas se rend alors à Jérusalem à la recherche de réponses concernant sa mort. Sans révéler qui il est, Thomas approche Anat, la veuve de son amant, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle.

En s’inspirant d’une histoire vraie et presque banale : un homme marié et père, qui a  une liaison avec un homme loin de chez lui, Ofir Raul Graizer propose un film sur le mensonge, et la trahison, sans jamais sombrer dans la caricature et les jugements à l’emporte-pièce.

Il raconte la genèse du film : « Je le connaissais, lui et sa famille. Un jour, j’ai appris par sa femme qu’il était mort. C’était il y a dix ans et j’ai voulu construire un film sur son histoire. Elle a vécu une double tragédie – tout d’abord, d’avoir perdu son mari, mais également de découvrir qu’il l’avait trahie pendant toutes ces années. Comment faire le deuil d’une personne qui vous a menti ? C’était la question principale que je voulais aborder, de différents points de vue et notamment de celui de l’amant secret, un personnage fictif. Il ne peut pleurer la mort de son amant, il n’a ni cimetière, ni famille, ni enterrement. Sa tragédie à lui n’a pas de voix. Et je souhaitais que les deux personnages puisse échanger, je souhaitais leur donner une voix, dans un endroit important: la cuisine ».

La cuisine, les pâtisserie, la pâte… sont généreusement filmés par la caméra d’Ofir, qui choisit ce terrain gourmand, voir sensuel, pour faire se rencontrer les principaux protagonistes de cette intrigue qui aura pour cadre Berlin, et Jérusalem.

Berlin où les deux garçons se connaissent, s’aiment et partagent une liaison au grès des voyages professionnels d’Oren. Puis Jérusalem, quand Thomas s’y expatrie sur les traces de son amant défunt, pour mieux comprendre…

Deux mondes très différents, dont les images; les sons, la musique révèlent les contradictions, mais plus l’histoire avance, plus ces différences sont éclatées, tordues et commencent à se fondre ensemble . Le Berlin chaud et romantique devient froid et mélancolique, et la Jérusalem froide et mélancolique devient vivante et sonore, puis cela s’inverse à nouveau. Parce que les points de vue des protagonistes et du regard qu’il pose sur leur environnement a évolué.

Si le réalisateur réussit le défi de filmer Jérusalem, sans que la guerre n’y soit d’une façon ou d’une autre montrée, il se polarise sur les tempêtes intérieures, les conflits, les batailles dont les protagonistes sont les victimes à travers des sentiments qui les réunissent puis les séparent…

Alors si les multiples tentatives du scénario de provoquer les idées reçues et de bafouer les conformités sont plutôt réussies, que dire du rebondissement final, qui pourra laisser plus d’un spectateur dubitatif… Vous comprendrez en allant voir The Cakemaker !


The cakemaker
film de Ofir Raul Graizer
Avec Tim Kalkhof Sarah Adler…
Distribution Damnedfilms

Sortie nationale le 6 juin 2018