David Lachapelle, Anthony Gayton, Justin Monroe, Simen Johan… autant de références et d’évocations qui si elles semblent évidentes de prime abord sont à évacuer assez vite, tant « l’écriture » photographique de Marc Kiska est singulière et personnelle. Dans son ouvrage « Outlandish /Room/ » le photographe semble vouloir se frayer un chemin, ce sera tortueux, boueux et brumeux, escarpé… au cœur de la ville ou dans des bois sombres, dans l’intimité d’une chambre exiguë ou bien perdus dans de vastes forêts oniriques, ses photographies sont comme des balises d’un parcours initiatiques au milieu des méandres et troubles adolescents. Dans des mises en scènes soignées, de réelles compositions plastiques, que l’on devine parfois empruntées aux grand maîtres de la Renaissance, les corps et les objets de Marc Kiska, naviguent entre ombres et illuminations, sont comme des offrandes déposées sur un autel. Des offrandes et même des sacrifices, que l’on imagine dans ces temples païens, des toits d’immeubles de villes anonymes, des maisons hitchcockiennes ou encore des lieux abandonnés aux entrelacs de branches et de ronces… tout cela pétris de référence à la mythologie nordique, comme naturellement absorbé par le photographe né en France en 1983, et qui aujourd’hui vit et travaille au milieu de la nature en Norvège. Des corps, des nus photographiés et dont l’aura suinte de ce quelque chose qui n’est ni tout à fait à la mélancolie, ni vraiment une façon de défier le monde des adultes. La grande force des travaux réunis dans cet ouvrage, c’est de ne pas tout dévoiler et de paradoxalement produire des choses hyper narratives, particulièrement lorsqu’il s’agit de séries autour d’un même personnage. On ne s’étonnera d’ailleurs pas que le photographe se soit essayé avec, déjà une certaine reconnaissance, à la littérature et un premier roman, en 2017, « Les vestiges d’Alice ». Ses images semblent parcourues d’une religiosité inconnue, comme foudroyées d’accents mystiques, il est d’ailleurs intéressant de noter la redondance de cette croix, lumineuse, dans beaucoup de ses photographies. Pénétrer dans l’univers de Marc Kiska, c’est aussi avancer dans l’étrange, nager dans des flous nimbés de couleurs, ou dans des noirs et blancs quasi-cinématographiques, c’est accepter le surréalisme, ne pas s’étonner des baskets, des tas d’ordures, d’un chapelet de saucisses, des oiseaux ou d’une anguille (véritable totem freudien…) qui tutoient le divin. C’est en quelques images, avoir ce sentiment de l’incertitude, cette impression d’avancer sur la crête, tiraillé entre la délicatesse et la rébellion qui peut en jaillir, c’est n’être jamais très loin de cette ligne qui sépare le fantastique d’un monde trop morne.

Crédits photos :

  • The Raven’s nest treasures III (détail), © Marc Kiska
  • Superboy II, © Marc Kiska
  • Missing shoe II, © Marc Kiska

Outlandish /Room/