Quand la lutte des classes sert la fascination d’un garçon issu d’un milieu modeste pour SON meilleur ami,  lui, riche héritier de la haute société britannique, c’est l’Invitation, le très excitant second livre traduit en Français d’Elizabeth Day, journaliste (et romancière) à la carrière précoce.

Pourquoi l’invitation ? Le couple formé par Ben et Séréna, thèse parfaite de ce que la société britannique peut produire de plus odieux, à qui tout réussit, fortune, naissance (cela va de soi), beauté, glamour…. relations, enfants épanouis… invite donc le gratin londonien pour les 40 ans de Ben. Sont invités Martin et Lucy, qui naviguent à vue dans le sillage de Ben et Séréna, les maîtres du monde. Mais Martin n’est pas n’importe qui. C’est celui qui a tout mis en oeuvre pour devenir le meilleur ami de Ben et à être adopté par sa riche famille… Lors de cette réception, un événement tragique va avoir lieu…

Par un procédé habile et totalement maîtrisé de retours en arrière dans le passé, du parcours croisé de ces quatre-là, on reconstitue un puzzle maléfique, un jeu d’échec  sublimé où chaque joueur avance ses pions avec intelligence, naïveté, sincérité ou avec duplicité… c’est selon.

Servi par une fascinante étude de caractères bien trempés, par des seconds rôles tout sauf gratuits, par des « tics » olfactifs relatifs aux odeurs corporelles des personnages, un sens exacerbé chez Martin alors que son homosexualité latente est, elle, enfouie… la mécanique parfaite de l’intrigue fonctionne à plein régime.

Bien sûr, on pensera très fort au personnage de M. Ripley, créé par la fantastique Patricia Highsmith, qui « dévore » avec perfidie son ami intime, afin de lui voler son identité… mais autre contexte, mœurs et époque différentes, inventivité contrôlée de l’auteur et une fin totalement inattendue… on ne peut que saluer le génie de Elizabeth Day, qui signe sans doute un des thrillers psychologiques les plus captivants de l’année.


L’invitation
Elizabeth Day
traduit de l’anglais par Maxime Bernée
Belfond