Peux tu tracer pour nos lecteurs en quelques phrases ton parcours atypique ?

J’ai squatté assez tôt les scènes de théâtre, vers onze ans. J’ai suivi une formation à Lyon, avant de monter une compagnie avec trois autres ami(e)s « Les Représentantes », puis de tout quitter, pour des raisons personnelles, et partir vivre dans une communauté d’artistes, aux USA.

Je suis resté là-bas deux ans, avant de suivre les Train Hoppers ( ceux qui vivent illégalement sur les trains marchands ) dans leurs aventures. J’ai alors vagabondé sur ces terres marginales pendant trois années de plus, passant par l’Inde, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle Calédonie etc

Je désirais une vie romanesque, je voulais insuffler ma voix et mon corps pour les rendre outils d’une parole d’artiste. Durant ces années j’ai écrit, composé de la musique, peiint, performé, réalisé des films… Chaque instant était prompt à se transformer en oeuvre, en partage collectif. Toujours dans le but de soigner, guider le monde, comme un rituel, un sortilège.

Mon corps est devenu le véhicule d’oeuvres.

Ma vie est mon oeuvre, mon quotidien un art de vivre. Tout est lié dans ce que je fais et présente, c’est un tout.

On l’a compris,  tu embrasses plusieurs disciplines artistiques sans souci de les hiérarchiser. Qu’est ce qui te fait vibrer dans chacune d’entre elles ? Et comment aménages-tu les espaces-temps et énergie nécessaires à chacune ?

J’ai toujours été un alchimiste, à transformer mon rapport aux choses et au monde en poème visuel. Mon imaginaire déborde rapidement de l’encrier de mon esprit et vient se propager dans ma réalité, laissant peu de places aux limites.

Lorsque je n’écris pas, je compose, je peins, je joue… Chaque chose se répond et se nourrit. Des mois d’écriture vont nourrir mes compositions futures et ainsi de suite. C’est un processus fluide en constante évolution, je ne force jamais les choses. Si le trait ne sors pas sincèrement alors j’abandonne la toile un temps,  pour retrouver mes claviers ou ma caméra.

Mes films sont le lieu où tous mes outils se rassemblent. J’écris le scénario, je dirige les comédiens, je filme, je monte puis je compose la musique.

Le temps fait bien les choses, et les projets se suivent naturellement, passant d’acteur de ciné, à théâtre, puis écrivain, réalisateur… Je porte une de ces casquettes qui changent de couleur en fonction de la chaleur. Le monde et mes aventures me guident vers les outils que je vais utiliser. J’essaye d’être le plus à l’écoute possible pour proposer quelque chose de cohérent, et non pas chaotique. Ce que j’offre demande une certaine attention si on veut comprendre tout ce que je donne à voir, entendre.

Tu viens de terminer le tournage de la saison 2 de la Web série « Les Engagés ». Comment es tu arrivé sur ce projet et que t’a-t-il apporté ?

J’y suis arrivé par le plus grand des hasards, comme toujours quand les choses doivent se faire. Un acteur m’a vu jouer sur le plateau d’un court métrage, à Lyon et il m’a dit que je correspondait parfaitement à ce personnage « Bastien » que la production avait du mal à trouver… De lien en lien, je me suis retrouvé en casting à Paris, et il semblerait que je les ai convaincu !

Ce projet m’apporte plus d’intégrité dans mon champs artistique. C’est un de ces projets rêvés, moi qui ai grandi avec des séries marquantes telles que « Six Feet Under » ou « Queer as Folk », faire parti de la première série LGBT française est un rêve de gosse, et une responsabilité que je veux avoir en tant qu’artiste. Je veux pouvoir défendre ces messages de liberté et de respect dans tout ce que je fais. Le monde sera un si bel endroit lorsque tout le monde vivra sa vie comme il l’entend, au plus profond de ses entrailles, sans peur du regard ou des intentions négatives d’autrui.

Tu vas publier ton premier bouquin à la rentrée. Peux-tu en parler ?

« Carpe Noctem » est inspiré de mon vécu aux USA, c’est un road trip queer et marginal au coeur de ces royaumes invisibles, de ces communautés et autres lieux à l’ombre de l’administration Trumpienne. Comment des individus, une nouvelle génération, tente d’acquérir une dignité en déconstruisant, en bâtissant de nouveaux mondes hors de tout cadre.

C’est une odyssée de Grands Vivants, ceux qui tentent encore des quêtes romanesques plus immense que ce qu’on nous propose docilement. Ce roman est mon sortilège pour faire exploser la docilité des sentiments dont on nous gave, une bombe d’amour et de liberté qu’il me tarde de balancer.

Il sortira vers le début de l’année 2019 je pense aux éditions « Le Sélénite ». Il sera également la matière première à un spectacle du même nom que je travaille en ce moment avec le groupe de musique « Bobun Fever », dont la première date est le 6 octobre au Point Éphémère à Paris. Ce sera une trilogie.

Mon rêve secret est d’adapter « Carpe Noctem » en long métrage.

Qu’est ce que t’apporte l’écriture ?

Une certaine introspection sur moi-même et le monde. Je suis toujours poussé à aller plus loin que ce que je vois, toujours paré d’un lyrisme qui m’est propre et me rappelle un semblant de maison, de refuge.

Si je suis parfaitement honnête elle me donne également un sentiment d’immortalité. Savoir que mes mots auront plus de force que mon corps, qu’ils seront capable de chatouiller les esprits des générations à venir, si je fais bien mon travail.

L’écriture est ce qu’il y a de plus libre. On peu écrire un poème et laisser la feuille dans un train, un bar. Les mots finiront toujours par trouver le bon destinataire.

Tu as réalisé un clip où tu traces le portrait d’un garçon qui parle librement de sa sexualité et de ses fantasmes. Ce film intitulé « Sex tape » est-il un one shot ou sera-t-il décliné ?

La vidéo dont tu parles s’inscrit dans mon projet de série documentaire « Sex tapes ». « Arnaud » est la 8ème personne à se prêter à cet exercice.

Tous mes projets sont assez marginaux et traitent parfois d’univers, réalité, éloignés de certain(e)s. Avec cette série documentaire je voulais dresser le portrait de mon époque, à travers la sexualité, qui est le berceau de beaucoup de sujets, et ainsi parler au plus grand nombre en les décomplexant, en les mettant face à des personnes qui mettent des mots sur ce qu’ils ressentent dans leur intimité.

J’ai pour intention de créer une autre série documentaire en parallèle «  Love Tapes », et ainsi aller fouiller les entrailles des relations amoureuses moderne.

Es-tu un garçon qui vit à fond le présent en en tirant le meilleur, ou es-tu animé par de grandes ambitions ? Si tant est que les deux soient indissociables ?

Je suis animé et à l’écoute du présent, j’essaye d’en faire ma priorité, c’est ainsi que les portes se sont toujours ouvertes pour moi et que ma vie continue de s’enrichir, sans peur du futur.

Mais je suis également un garçon qui désire une vie romanesque, alors j’imagine que ce désir devient ambition quand je travaille.

J’ai déjà la joie de réaliser beaucoup de rêves. Je vais sortir mon premier roman, je joue cet été au festival in d’Avignon, j’ai de beaux projets musicaux, cinéma etc

Toutes ces choses que l’on pourrait rattacher à une certaine ambition sont en réalité la preuve de mon ancrage au présent. Je suis rentré il y a peu de temps en France, de cet immense road trip, et les choses se sont enclenchées rapidement pour moi, par ce que j’étais à l’écoute de mon environnement, de mon coeur.


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La page YouTube de Claudius Pan est accessible ici :

La mini web-série « Les Engagés »