Une histoire d’amour entre deux futurs professionnels du ballon rond, ça fait désordre et c’est interdit, au même titre que la drogue ou la pédophilie. Oui on en est encore là !
Les mœurs footballistiques ont du mal à évoluer et ce film audacieux nous alerte intelligemment sur une réalité qui fait mal ! Marcel Gisler, son réalisateur, explique dans cet interview tirée du dossier de presse la genèse de son film et les règles du jeu rétrogrades de l’univers du foot. Extraits publiés par Genres.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous interroger sur le milieu du football ? Quelles ont été vos influences ?

C’est l’un des co-auteurs du film qui est venu vers moi avec cette idée en 2010. lui est un grand fan de foot, moi je l’étais moins. Quand il m’en a parlé, j’ai d’abord eu peur que le sujet soit trop commun : c’est une question traitée dans les médias depuis des années et j’étais persuadé qu’un film de ce genre devait déjà exister. Mais on a découvert que ce n’était pas du tout le cas, il n’existait pas de film sur une histoire d’amour homosexuelle dans le milieu du football professionnel. Je trouvais cela intriguant, et surtout incompréhensible, que l’homosexualité dans le football soit encore un tabou aujourd’hui. Dans beaucoup d’autres milieux ce problème n’existe plus, du moins dans les pays démocratiques occidentaux. Je me suis dit que cet interdit pouvait offrir une trame intéressante pour raconter une histoire d’amour touchante.

Comment avez-vous travaillé avec le club de foot de St Pauli et le Berner Sport Club Young Boys (BSC YB) de Berne pour mettre en scène cette fiction ?

Le BsC YB nous a soutenus dès les débuts du projet. Pendant l’écriture du scénario ils m’ont ouvert les portes du club pour que je puisse explorer la réalité du terrain. le directeur sportif a lu le scénario et m’a fait part de ses conseils. Et pendant le tournage ils ont mis à notre disposition leur infrastructure, leur logistique, leurs maillots et surtout leur nom. l’équipe était composée en partie de joueurs du club amateur du FC Berne et en partie d’acteurs, parce que la véritable équipe du BsC YB était en plein championnat national. le coach, dont j’avais besoin pour les chorégraphies des mouvements du jeu, faisait également partie du FC Berne. En ce qui concerne st. Pauli, eux aussi ont tout de suite été prêts à soutenir le film. C’est probablement le club le plus libéral et le plus ouvert d’Allemagne sur les questions liées à la sexualité. ils ont toujours été politiquement à gauche, anti-homophobes et antifascistes. le tournage des jeux, dans le grand stade rempli à Hambourg à la fin du film, était plus compliqué car nous devions travailler avec des effets spéciaux. Mais là encore le club nous a fourni tout le soutien nécessaire.

Comment avez-vous construit les personnages de Mario et Léon ? Vous êtes-vous documenté sur des exemples de carrières interrompues par un coming-out ?

Il y a très peu d’exemples connus de carrières interrompues par un coming-out. En Allemagne il y a eu deux cas de ce genre dans le football professionnel, et ils n’ont pas fait les choses dans cet ordre : ils ont d’abord arrêté leurs carrières, avant de révéler plus tard leur homosexualité. l’un des deux est Marcus Urban, qui est très engagé sur les questions de diversité dans le sport de haut niveau. il m’a parlé de la pression énorme qui pèse toujours sur les professionnels du milieu. Outre le talent sportif, il leur faut disposer d’une constitution psychique très forte pour tenir le coup. Un joueur homosexuel doit non seulement supporter la même pression que les autres professionnels, mais aussi être dans un jeu de cache-cache permanent. Cela m’a donné l’idée de créer deux caractères différents qui souffrent du même conflit. Mario est le joueur au cuir épais, qui supporte mieux la pression. léon est quant à lui moins apte à réprimer ses désirs, il est moins doué pour se mentir à lui-même.

Le film montre l’importance des sponsors dans la perpétuation du silence sur l’homosexualité. Dans quelle mesure est-ce une réalité dans le football professionnel ? Quelle est l’influence des pays d’accueil des compétitions dans le maintien de ce statu quo ?

Les sponsors ne sont pas seuls responsables du maintien du statu quo, c’est un système qui se décline sous de nombreuses formes. il y a d’abord les stéréotypes liés à la masculinité, encore très prégnants dans le milieu du foot et qui sont complètement incompatibles avec l’idée que les gens ont de l’homosexualité. Cette dernière est toujours perçue comme une négation de la masculinité, et associée à la sensiblerie, la faiblesse. D’autre part, le football professionnel est un business, où un joueur qui révèle son homosexualité prend le risque de diminuer sa valeur sur le marché. Beaucoup de clubs se refuseraient à l’acheter, surtout dans des pays moins tolérants sur ces questions. les deux prochains championnats du monde auront lieu en russie et au Qatar, deux pays où les homosexuels sont mal traités ou même persécutés par la loi. Cela en dit long sur les priorités de la FiFA : c’est l’argent avant les droits de l’homme.

Interview extraite du Dossier de Presse réalisé par Epicentre Films

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Mario
réalisé par Marcel Gisler
Distribution Epicentres films
En salles le 1er août 2018.
Egalement disponible en DVD