Dans « J’embrasse pas » de Téchiné, sorti en 1991, Manuel Blanc interprétait un jeune prostitué qui refusait d’embrasser ses « clients ».

Sauvage n’est-il qu’un énième film sur la prostitution masculine ? Celles et ceux  qui s’y rendraient pour cette unique raison auraient tout faux. Car si du début à la fin du long-métrage de Camille Vidal Nacquet, (qui par certains côtés a les contours d’un reportage), le spectateur se perd dans les situations les plus glauques auxquelles sont confrontées les prostitués de rues, ce qu’on retient comme une évidence, c’est la rencontre sans fard avec un garçon hors du commun, c’est l’humanité totale de ce jeune type, qui efface toute la crasse qui l’entoure.

Alors ce qui pourra dérouter certains spectateurs, c’est la capacité d’endurance et d’acceptation de Léo, qui ne revendique rien, qui accepte tout… D’écueils en épreuves toujours plus dégradantes, Léo résiste, mû par une capacité de résilience sans fin.

Mais par quoi est-il  réellement animé ce jeune paumé… c’est la question a laquelle chacun trouvera sa réponse. Car le parti-pris du scénario est de ne pas juger, mais de nous donner à voir et à aimer ce garçon brut, oh combien empathique, qui illumine de son aura les situations les plus sombres.

Contrairement aux autres prostitués qui revendiquent leur hétérosexualité, lui embrasse ses clients et ne s’abstient pas de donner de la tendresse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui, disons le franchement, c’est un personnage quasiment « christique » que filme Camille Vidal-Narquet, avec un bémol de taille : Léo ne rachète nullement les péchés des autres, il donne de l’amour, c’est tout.

Certaines scènes abondent dans ce sens : quand Léo sert contre lui la femme médecin qui le soigne, comme s’il lui transmettait par ce geste tout l’amour du monde, ou quand un amant tient dans ses bras Léo ensanglanté, blessé… on pense à la Piéta. Ces images religieuses d’amour et de sacrifice sont-ils le fruit du hasard ou votre chroniqueur se laisse t-il aller à des fantasmes ????

Encore une fois, chacun(une) trouvera une interprétation personnelle.

Le débat est ouvert.

Ce qui par contre est une évidence, c’est le talent fou déployé par Félix Maritaud, qui emmène son personnage dans des extrémités avec la ferveur d’un grand, qui excelle dans les scènes intimistes, qui porte le film sur ses belles épaules… car présent dans chaque scène, sans jamais nous lasser.

Sauvage ne sera pas la croix de Félix Maritaud, mais un révélateur de son talent immense et singulier qui ne tient pas du miracle, mais de son travail ! On va entendre parler de ce garçon !

SAUVAGE est sur les écrans à partir du 29 août 2018