Les mots de Nina Bouraoui

« Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements.
C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat.
J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre.
Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt.
Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission.
Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale. »
Nina Bouraoui présente en ces termes son dernier roman autobiographique.

Entre l’Algérie et Paris, l’enfant devient femme et lesbienne

Une écriture qui tranche dans le vif, grave, brute, sans enjolivures… Nina Bouraoui fait s’entrechoquer ses souvenirs de l’enfance Algérienne et les errances nocturnes parisiennes avec une bande de femmes tout à la fois proches et étrangères, vers un lieu des nuits germanopratines des années 80, le Katmandou, tenu par l’écrivaine Elula Perrin (grande prêtresse des nuits lesbiennes d’alors).
Mais pas de voyeurisme dans ces pages (aucune description de ce lieu pourtant culte), mais des rencontres, des peurs, des désirs, des illusions, des reculs… décrits avec rudesse et sans complaisance.
Et toujours cet objectif, cet appel irrémédiable qui demeure contre vents et marées. Etre soit est plus fort que tout.
Au final, une impression de violence rentrée, de rage intérieure sourde, de douleur presque, pas forcement séduisante. Et pourtant ce livre accroche, interpelle, reste… la vérité a toujours raison.
La gaieté, la légèreté sont pour plus tard, peut-être !

Tous les hommes désirent naturellement savoir,
Nina Bouraoui
JC Lattes
Photo : Fabrice Normand