Alors que la rentrée littéraire bat son plein, le 12 octobre, vous saurez qui est le lauréat du prix du Roman Gay 2018. Il sera remis au Centre LGBT Paris, à partir de 18 heures. Pourquoi cette idée d’un prix « communautaire », quelles sont ses ambitions ? C’est ce que Genres a voulu savoir en rencontrant Gérard Coyet, son organisateur 

Hugues Demeusy : Pourquoi avoir créé ce prix littéraire ?

Gérard Goyet : Le Prix du Roman Gay a été créé en 2013 à l’initiative des Éditions du Frigo, nées deux ans auparavant pour respecter les derniers souhaits de deux amis disparus.  Leur rêve était d’être édités, ce à quoi ils ne sont pas parvenus. Ensuite, pour diversifier et élargir nos activités, et pour combler un vide, nous avons créé le « Prix Du Roman Gay ». Militant à ma façon depuis très très longtemps dans les combats LGBT, parce que l’homophobie est malheureusement toujours d’actualité et la visibilité un des moyens pour lutter contre, faire vivre ce Prix devenait une évidence et un défi !

Pourquoi un prix du roman gay, et sur quels critères s’exerce votre sélection ?

Il n’y a pas de critère de sélection côté auteur.e.s. Le Prix Du Roman Gay ne se voulant absolument pas ghettoïsant, la notoriété, le genre et l’orientation sexuelle (dont l’abstinence) des auteur.e.s ne rentrent évidemment pas en ligne de compte, écrivains avant tout.. Mais les romans doivent être de langue française originale (depuis 2015, ce prix littéraire est ouvert à tous les pays francophones ou en partie francophones) et ils doivent appartenir à une littérature d’inspiration homosexuelle masculine. Il existe je crois un prix du roman lesbien et ce n’est évidemment pas par ostracisme mais pour ne pas partir dans tous les sens (quoique). Le Prix va s’ouvrir aussi peu à peu aux recueils de Nouvelles, au Théâtre et à la Poésie… peut-être aux Essais un jour ? Les Maisons d’Éditions réputées y participent, mais aussi les auteur.e.s auto-édité.e.s, en partenariat avec des éditeurs/imprimeurs ou des petits éditeurs indépendants voire alternatifs. Beaucoup de titres participants sont des autobiographies romancées mais il est admis qu’il y a toujours une part de l’écrivain dans tout ce qu’il écrit. Une histoire mettant en scène des personnages homosexuels, assumés, en recherche ou en devenir, qu’ils baisent ou non, premier ou second rôles, attachants ou insupportables, comme les rencontres que nous faisons ou aimerions faire… … est le premier critère de sélection. Un peu en résistance contre ce procédé qui consiste de nos jours encore à transposer des personnages homosexuels en caractères hétérosexuels, souvent employé par les réalisateurs, metteurs en scène et par les écrivains eux-mêmes. Il y a de nombreux et illustres exemples. C’est dommage que ce ne soit pas le contraire !

Comment se déroule la pré-selection ?

Les romans sont proposés par les auteur.e.s et par les maisons d’édition ou suggérés par des journalistes, blogeuses.eurs, lectrices, lecteurs les ayant beaucoup aimés. Deux comités de lecture (en Belgique et en France) en sélectionnent une cinquantaine qui sont visibles sur le site des éditions du Frigo. Le jury choisit d’abord une short-list de 12 titres puis les six ou sept primés… car outre le Prix du roman gay, sont attribuées des récompenses complémentaires : une Mention spéciale du Jury, le Coup de cœur, le Prix découverte, le Prix du roman gay policier, le Prix de la romance gay, le Prix du roman court, le Prix du roman historique, un Prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre…

Qui sont les membres du Jury  ?

Les membres du jury sont anonymes (pour éviter les conflits d’intérêt). Des écrivains, critiques, blogueurs.euses, chroniqueurs.euses, lecteurs, lectrices,  libraires et éditeurs.trices. Le président du jury est Cyrille Prestianni, critique littéraire et président entre autres de la Belgian Pride et de la Maison Arc-En-Ciel de Liège.

Avez-vous le sentiment que ce prix acquiert de la notoriété et est-il reconnu dans le milieu de l’Édition, des libraires et dans le milieu littéraire globalement ?

Doucement mais surement oui… la notoriété arrive et cette année sera décisive pour cela… C’est bien sur important pour favoriser encore plus la visibilité de ces romans. Les « grosses » maisons d’édition sont chaque fois partie prenante lorsqu’un de leurs romans est récompensé. Elles le mentionnent dans leur catalogue et le mettent en avant sous bandeau. Certaines hésitent encore à accepter cette « étiquette » sauf si le roman a besoin d’une deuxième chance. D’ailleurs un débat sur le sujet de la reconnaissance des œuvres LGBT et de leur diffusion sera organisé par le Centre LGBT parisien, dans la foulée de la soirée palmarès, le dimanche 15 octobre.

Votre ambition est-elle de faire mieux connaitre et de rendre plus accessible des textes traitant de l’homosexualité ou avez-vous une démarche plus communautaire ?

Les deux je suppose… peut-être que certains diront que dans un monde parfait ce Prix n’aurait plus de raisons d’être… Je pense pourtant qu’il pourrait continuer d’exister comme devrait rester l’envie de préserver le côté positif de l’esprit communautaire, non le communautarisme qui exclut mais la communauté qui partage, nous réconforte, nous soutient et nous tire vers le haut. Pour l’instant en tous cas, la littérature gay, comme l’écrit Pierre Salducci « participe à l’ouverture d’un espace d’amitié. Elle donne des compagnons, même fictifs, aux jeunes homosexuels en quête d’une indispensable reconnaissance. Elle jette des ponts. Elle participe à rendre habitable notre monde ».

 Quels sont les auteurs récompensés dont vous êtes le plus fier ?

Tous et toutes je dirais et même toutes et tous les auteur.e.s qui participent à ce Prix… car écrire est une passion dévorante et il faut toutes et tous les encourager.

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