Le choc, Gai-pied censuré !

Mercredi 18 mars 1987, 16 heures. Gérard Vappereau, directeur de publication du magazine, reçoit une lettre recommandée à en-tête du ministère de l’Intérieur. Elle est signée Dominique Latournerie, directeur des Libertés publiques auprès de Charles Pasqua, qui dirige la place Beauvau depuis un an, depuis que la France s’est choisi une majorité de droite et un gouvernement de cohabitation, le tout premier du genre. Le courrier invoque l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, qui permet aux autorités d’interdire l’affichage, la vente et la publicité de « publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique. » Gai Pied est dans la ligne de mire et dispose de 15 jours pour présenter ses observations. Au-delà, le magazine serait retiré des ventes en kiosques… Le choc est rude et inattendu. Mais le journal va immédiatement réagir et prévenir ses réseaux pour dénoncer cette tentative de censure et de...

1er décembre 1988, le monde se lève contre le SIDA

Le monde entier mobilisé Placée sous l’égide de l’OMS, cette journée doit symboliser les actions des associations, des particuliers et des pouvoirs publics dans le cadre de la lutte contre le sida, partout à travers le monde. Plus de 700 manifestations diverses sont prévues aux quatre coins de la planète. Des présidents, des premiers ministres, des ministres de la santé et de hautes personnalités prévoient des déclarations sur les radios et les télés. Réunions, colloques et forums sont organisés pour réfléchir sur le droit, l’éthique, les progrès scientifiques, la recherche, les modifications de comportement, les soins de santé, les rapports entre le sida et les domaines sociaux, médicaux et sanitaires… Et la journée est enfin consacrée aussi aux malades et aux séropositifs, ainsi qu’au souvenir des milliers d’hommes et de femmes emportés par la maladie. Associations et médias en campagne Paris participe bien sûr à l’événement, qui coïncide peu ou prou au quatrième anniversaire de l’association Aides. Une manifestation gaie se tient à 18h au Champ-de-Mars, sous...

Petite et grande histoire des droits : le Moyen-Âge (6)

• Grégoire Ier, dit le Grand (540-604), 64e pape ; selon lui, la punition de Sodome par le soufre et le feu montre par analogie la puanteur et la souillure de la chair et de ses désirs pervers • édition de la Loi salique entre le IV et le VIe siècle. L’un de ses buts étaient de mettre fin à la faide, la vengeance privée chez les Francs, les Saliens puis chez les quatre grands du royaume des Francs : Wisogast, Arogast, Salegast, Widogast ; après Clovis, elle sera remaniée par Charlemagne (798) et les successeurs. Rédigés en latin et comportant de forts emprunts au droit romain, ses 65 ou 100 titres portent sur les sujets les plus variés : un individu tué par faide devait voir sa tête plantée sur un pieu de fortification ou au bout d’une lance par son meurtrier afin que ce dernier fût signalé aux autorités ; tarifs que doit payer la partie coupable à la partie lésée, toucher la main...

1987 : la une coup de tonnerre du Nouvel Obs

Fin octobre 1987. Le monde se débat et se noie dans l’épidémie de sida. En France, le seuil des 2 000 cas recensés a été atteint à mi-année. La lutte contre le sida a été déclarée « grande cause nationale pour l’année 1987 », et le nouveau plan gouvernemental a décidé la vente libre de seringues en pharmacie et l’abrogation de la loi interdisant la publicité pour les préservatifs. L’AZT est distribuée depuis un an, encore au compte-goutte. Aucune nouvelle rassurante à l’horizon... C’est dans ce contexte noir que Le Nouvel Observateur publie un numéro coup de poing. Le 30 octobre, la une de l’hebdo affiche, en grosses lettres rouges, « Mon sida ». Et un regard, celui de Jean-Paul Aron, écrivain et intellectuel français. Première annonce publique Pour la première fois en France, une personnalité annonce officiellement sa maladie. D’autres sont mortes avant lui, sans dire. D’autres au contraire ont dû fermement démentir des rumeurs insistantes, comme Isabelle Adjani, obligée de venir témoigner sur le...

Petite et grande histoire des droits : le Moyen-Âge (7)

• vers 1130 à Sens, un nouveau style architectural apparaît lors de la construction de la cathédrale Saint-Étienne... Début de l’art ogival, sculpteurs et peintres commencent à exalter le corps féminin avec, au choix, l'apparence de la vierge Marie ou d'Eve. •  les femmes de haut lignage prennent part à l'art poétique et participent à l'exercice du pouvoir, à l'égal de leur mari ou en remplacement de celui-ci, comme Aliénor d’Aquitaine (1120-1204) qui divorce du roi de France et se remarie avec le futur roi d'Angleterre ! En 1147, elle prend part à la deuxième croisade, traversant l'Europe et l'Anatolie à cheval, la Méditerranée en bateau. Son de son arrière-petite-fille, Blanche de Castille (1188-1252) qui gouverne, au nom de son fils âgé de 12 ans avec le titre de baillistre puis de 1249 à 1252 quand son fils Louis (saint) part à la croisade. On peut dire que les femmes perdront leur autonomie à la Renaissance, avec le retour du droit romain et son statut...

Rock Hudson, la fin de l’âge d’or hollywoodien

Le 2 octobre 1985, Rock Hudson meurt à Los Angeles, à l’âge de 59 ans. Un choc immense se propage immédiatement dans le monde entier. Parce que cet icône du Hollywood des années 50, ce beau mec qui faisait tomber les filles, ce républicain conservateur, a révélé deux mois plus tôt qu’il était gay, et atteint du sida. Il incarne à jamais la première victime people connue de tous (Klaus Nomi, disparu dès septembre 83, a ouvert le bal, mais reste moins connu du grand public)… Le 25 juillet, donc, Rock Hudson a fini par sortir du placard, à l’occasion d’une interview accordée au journaliste Taryn O’Connor. Il a avoué être atteint par cette terrible maladie, qui commence tout juste à faire des ravages, et pour laquelle n’existe encore aucun traitement. L’acteur n’y cache pas qu’il ne pèse plus que 55 kilos et se décrit comme « une épave à la dérive ». Une vraie confession, où il parle de sa vie comme d’un péché...

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...

Novembre 1981, première crise à radio Fréquence Gaie

Revenons au début des années 80, et aux débuts de feu la radio homo parisienne... En juillet 1981, l’association Fréquence Gaie est créée, anticipant la libération de la bande FM et l’autorisation des radios libres, promises par le nouveau Président, François Mitterrand. Elle est soutenue par Patrick Oger, qui finance les installations et la location d’un petit appartement rue de Belleville. La diffusion commence dès le 10 septembre, et c’est un vrai succès. Très vite, plus de 100 personnes participent à l’animation de la station, qui au bout de 6 mois sera écoutée par 40.000 auditeurs chaque semaine et rentrera dans le peloton de tête des radios libres les plus écoutées en Ile-de-France… Mais en interne, la situation se tend très rapidement. De plus en plus de collaborateurs reprochent à leur nouveau président son culte du secret : il s’obstine à garder l’anonymat (officiellement, on ne doit parler que de « Patrick O. » dans les médias), ce qui est vécu comme une trahison ; sa...

GayKitschCamp, pour que vive le patrimoine LGBT

Créée en 1989, l'association culturelle GayKitschCamp a pour vocation de promouvoir le patrimoine LGBT. Après avoir organisé en parallèle le festival de films QuestionDeGenre à Lille de 1991 à 2005, elle s’est incarnée en centre de documentation/librairie de 2000 à 2005. Installée ensuite à Montpellier, elle se concentre aujourd’hui sur sa première activité : faire découvrir à des chercheurs, des étudiants et des amateurs, des textes constitutifs de l'histoire homosexuelle au sein de la maison d’édition QuestionDe­Genre/GKC. Cette maison d’édition a lancé puis accompagné les publications d’études homosexuelles en France. Entretien avec Patrick Cardon, responsable depuis sa création et immense figure de la culture LGBT. Hugues Demeusy : Patrick, pourquoi ce nom de GayKitschCamp? Patrick Cardon : A l’origine, une affiche entrevue pour une exposition à Anvers sur le kitsch (resignification de choses banales et surtout anachroniques) et sur le camp (humour gay). Nous ajoutâmes gay, pour affirmer une identité. Quels furent ses débuts ? Gay « sans commentaire » ; Kitsch « Le temps qui passe » ; Camp « Le temps qu’il fait » : C’est ainsi qu’en...