Chroniques

Avoir beaucoup de choses à dire, sur tout plein de choses… apporter un nouvel éclairage sur le monde.

Avant internet, la drague sur le 3615

Au milieu des années 80, la France découvre peu à peu les joies de la télématique. Alors que ni Internet ni les mails n’existent encore, les PTT proposent aux foyers français une petite boîte cubique qui leur permet de se connecter à un réseau public, le Minitel. Le 16 janvier 1986, les gais à leur tout ont leur propre service, et vont pouvoir se lancer à corps perdu dans des discussions nocturnes interminables. Le journal Gai Pied Hebdo lance son tout nouveau réseau télématique ; le 3615 GPH est lancé. Le journal n’en est pas à sa première tentative. En décembre 84, il avait déjà lancé le 614.91.66 CLIPP et son service GRAFFITI, qui proposait déjà peu ou prou le même contenu. Mais ce premier service minitel était entre les mains d’une association qui touchait tous les bénéfices et n’en reversait qu’une petite part à Gai Pied. Au bout de quelques mois, Gérard Vappereau, directeur du journal, a donc dénoncé ce contrat initial (non sans...

Fin de vie, ne les laissez pas décider pour vous !

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La biographie plombée d’un écrivain maudit

Si Guillaume Dustan fut un feu de paille dans l'univers littéraire, il s'imposa comme un sacré trublion qui parvint à force de coups d'éclat, de scandales, de provocations... à obtenir une reconnaissance médiatique qui ne reposait pas sur la dimension de son œuvre mais sur la noirceur du propos. Dans les années 90, Guillaume Dustan donc, écrivain séropositif - ou l'inverse - surfa sur la baise sans capote, communément appelée bareback. Ses prises de position déclenchèrent d'une part la concupiscence de Thierry Ardisson, de Technikart... tous ces médias et journalistes à la recherche du sensationnel qui l'adoubèrent, pendant que dans le même temps l'association de lutte contre le sida Act-Up en fit son ennemi juré. Pour incarner ce combat, on opposa Dustan et Didier Lestrade, président emblématique de l'association. Les écrits de Dustan (moins d'une dizaine de textes d'autofiction), un genre dont il promut la reconnaissance à travers la collection Le Rayon Gay qu'il dirigea au sein de la maison d'édition aujourd'hui défunte Balland, ne furent pas,...

GayKitschCamp, pour que vive le patrimoine LGBT

Créée en 1989, l'association culturelle GayKitschCamp a pour vocation de promouvoir le patrimoine LGBT. Après avoir organisé en parallèle le festival de films QuestionDeGenre à Lille de 1991 à 2005, elle s’est incarnée en centre de documentation/librairie de 2000 à 2005. Installée ensuite à Montpellier, elle se concentre aujourd’hui sur sa première activité : faire découvrir à des chercheurs, des étudiants et des amateurs, des textes constitutifs de l'histoire homosexuelle au sein de la maison d’édition QuestionDe­Genre/GKC. Cette maison d’édition a lancé puis accompagné les publications d’études homosexuelles en France. Entretien avec Patrick Cardon, responsable depuis sa création et immense figure de la culture LGBT. Hugues Demeusy : Patrick, pourquoi ce nom de GayKitschCamp? Patrick Cardon : A l’origine, une affiche entrevue pour une exposition à Anvers sur le kitsch (resignification de choses banales et surtout anachroniques) et sur le camp (humour gay). Nous ajoutâmes gay, pour affirmer une identité. Quels furent ses débuts ? Gay « sans commentaire » ; Kitsch « Le temps qui passe » ; Camp « Le temps qu’il fait » : C’est ainsi qu’en...

Vietnam – Rencontre avec Lily, présidente de PFLAG

Au Vietnam, nous avons eu l’honneur de rencontrer Lily, son fils et un couple d’amies lesbiennes. Lily est responsable de l’association PFLAG (Parents, Families and friends of Lesbians and Gays). Ce fut pour nous une rencontre très émouvante. Lily nous a confié son histoire, mais ne parlant pas anglais, c’est son fils Teddy (le principal sujet de l’histoire) qui nous l’a traduite, ce qui amplifiait d’autant plus l’émotion ambiante. Il était parfois difficile de retenir nos larmes. Après leur avoir présenté rapidement notre famille, notre histoire et notre projet nous leur avons posé quelques questions et Lily et son fils nous ont répondu longuement avec un témoignage des plus poignant. J’avais osé leur demander comment s’était passé l’annonce du coming out de Teddy et comment sa Maman l’avait accepté. Je ne connaissais pas du tout leur histoire mais je savais qu’elle aurait une fin positive puisqu’ ils étaient là tous les deux ce jour-là et que Lily est présidente de PFLAG au Vietnam. Je ne m’attendais pas à être aussi émue...

Tout ce qui est à toi… de Sandra Scoppettone

L’autrice Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1936. Elle publie ses premiers romans policiers sous le pseudonyme de Jack Early, mais révèle finalement sa véritable identité lorsque sa série de romans policiers ayant pour héroïne Lauren Laurano, une détective privée lesbienne vivant à New York, rencontre le succès. Elle fait son coming out en 1970 et vit à Long Island avec sa compagne. Le roman Tout ce qui est à toi est construit comme un roman policier. Le travail de détective de Lauren y est décrit avec soin, tout comme la progression de son enquête. Les morts, les fausses pistes (parfois un peu trop nombreuses) et les révélations se succèdent avec un bon rythme qui permet au suspense de se maintenir, sans pour autant tomber dans l’exagération. Dès les premières pages de l’histoire, nous nous retrouvons plongé-e-s dans le début des années 1990, avec des cabines téléphoniques à chaque coin de rue et le démarrage d’Internet et de ses dangers. Pour autant, les violences...

Le choc, Gai-pied censuré !

Mercredi 18 mars 1987, 16 heures. Gérard Vappereau, directeur de publication du magazine, reçoit une lettre recommandée à en-tête du ministère de l’Intérieur. Elle est signée Dominique Latournerie, directeur des Libertés publiques auprès de Charles Pasqua, qui dirige la place Beauvau depuis un an, depuis que la France s’est choisi une majorité de droite et un gouvernement de cohabitation, le tout premier du genre. Le courrier invoque l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, qui permet aux autorités d’interdire l’affichage, la vente et la publicité de « publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique. » Gai Pied est dans la ligne de mire et dispose de 15 jours pour présenter ses observations. Au-delà, le magazine serait retiré des ventes en kiosques… Le choc est rude et inattendu. Mais le journal va immédiatement réagir et prévenir ses réseaux pour dénoncer cette tentative de censure et de...

Rien de tel qu’une femme pour faire le ménage !

"Rien de tel qu'une femme pour faire le ménage", disait Valérie Pécresse. Parfois, ça aide à balayer les idées de merde ! Retrouvez le travail et l’humour de Nawak au quotidien sur son blog et sa page Facebook.

Le beau livre #11, Garçons de joie, Nicole Canet

Il est dans les villes des endroits rares et précieux, des endroits que l’on ne voudrait n’avoir que pour soi, et dont on rechigne à donner l’adresse : la galerie de Nicole Canet, « Au bonheur du jour » est de ceux-là. Là où s’épanchent sur papier les désirs, là où sursaute d’un trait d’encre, d’inavouées passions, de curieux chromos et des obsessions derrière les crayons… dans sa nouvelle exposition « Garçons de joie » qu’accompagne la parution d’un ouvrage au titre éponyme, la promesse est tenue. Et c’est Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, mais aussi l’auteur de « La mauvaise vie » qui signe la préface de cet ouvrage dans un texte tout en suggestion, il y écrit notamment « L’un des grands mérites de Nicole Canet (…) est de nous rapporter des images insolites de ces temps envolés, de ces lieux qu’on ne trouve plus, de tous ceux qui ont écrit sans le savoir une histoire qu’on ne raconte guère. » Pousser les portes de ce bar un peu...